"Pars en guerre contre le monde" (René Char)
Répétons-le, ce n'est pas par ses outrances que René Girard peut nous tromper mais bien en collant au plus près de la vérité du désir. Sa force est de s'appuyer sur la "vérité romanesque" pour réfuter le "mensonge romantique" et montrer la structure mimétique du désir. Il est certain que nous devons tenir compte du témoignage de la littérature et des mythes. On verra pourtant qu'il n'importe pas tant de constater que le désir s'origine dans l'Autre, mais comment chacun se positionne dans le jeu entre la Loi, l'objet et le rival.
Ainsi la question de la violence fondatrice ne semble pas acceptable sous cette forme et nous lui préférerons le sacrifice fondateur qui nous touche plus profondément que la rivalité imaginaire ou la force des coups. La violence n'est pas dans l'émotion animale mais dans la rupture des liens, la violation de la Loi, du pacte de parole. Ce n'est pas seulement la communauté qui se déchire et s'entre-tue mais surtout la perte des différences, du sens, de l'orientation des désirs, un effondrement du monde qui suppose un ordre préalable. Certains tabous pourraient être interprétés aujourd'hui comme une "réduction des coûts de transaction", tout comme les règles de politesse. On peut même dire que toute norme réduit les conflits, mais on ne doit pas donner crédit à l'illusion d'un monde imaginaire de rivalité bestiale, saturé de désir avant tout langage symbolique. C'est plutôt la Loi elle-même qui génère cette "panique" et son image inversée dans un chaos destructeur. La subjectivité y étant complètement impliquée, on tombe toujours sur ces questions dans la fascination et la méconnaissance qui ne sont pas seulement la fonction du sacrifice mais tout autant du désir, de la dette et de la communication en général. Il faut être attentif au fait que les lois, même divines, peuvent toujours être transgressées et, de ce fait, génèrent le désir et l'imaginaire transgressif autour duquel tout va se jouer désormais. C'est là où intervient la violence qui doit périodiquement briser la Loi pour la régénérer, faire la guerre pour goûter la paix et refaire communauté au nom d'une Loi au-dessus des intérêts privés. Le sacrifice occupe une fonction similaire aux fêtes et aux repas, moment de réconciliation autour d'un meurtre sans doute puisqu'on y tue souvent le veau, le cochon ou l'agneau mais le blé ferait aussi bien l'affaire. On ne peut dire qu'il y a toujours violence (contrairement à la fondation de nos nations et Empires par la guerre ou l'équilibre de la terreur). Le meurtre ne signifie pas tant une violence que la prise d'une vie qui passe dans l'au-delà symbolique, et réclame une vengeance qui unit la communauté dans le partage de sa dépouille, le banquet grec ou gaulois. On peut tout-à-fait soutenir que le meurtre est la plus grande des violences mais d'une part il n'y a pas toujours meurtre, et d'autre part il faut distinguer la violence comme désordre, transgression qui peut régénérer la Loi en montrant sa nécessité, de la violence comme réponse à la violence et à l'indifférenciation ou perte de la Loi, à distinguer aussi du meurtre fondateur qui réunit une communauté dans la même menace, ainsi que du sacrifice qui signifie la valeur du désir et la circulation de la dette.
Tout ceci s'articule au sens, au langage plus qu'à l'imaginaire. Croire que le désir se résume à la rivalité avec l'autre voilà qui permet de l'imaginer sans limites tout en se donnant un objet solide, mais il y a un hic, c'est que le désir de l'homme n'est pas naturel, son objet n'est pas fixe, ni assuré et pas plus la rivalité, de l'un ou de l'autre. Le désir résulte plutôt déjà de la Loi, du langage, du sacré qui peut être la cause de la violence déchaînée. Le désir est d'abord, comme le don, sacrifice, séparation, perte engagée dans l'échange et c'est ce que la violence occulte dans son extériorité qu'il suffirait de ramener à une rivalité apaisée, si ce n'est à l'amour chrétien. Ce n'est pas que la rivalité soit absente de ce que Lacan appelait la jalouissance, ni l'agressivité imaginaire, mais toujours déjà pris dans les jeux de langage où la rivalité actuelle renvoie à la répétition d'une rivalité mythique, celle de la constitution du désir dans l'Oedipe. L'objet du désir est bien un fétiche et le désir désir de l'Autre mais non dans l'immédiateté animale et bien plutôt comme désir mythique au prix d'une jouissance sacrifiée. Il est vrai par contre que le désir n'étant pas visible, c'est toujours l'autre qui apparaît autonome et le désir (narcissique) vise à s'emparer de cette autonomie mythique (perdue) pour se poser prématurément comme autonome au regard des autres.
La lecture de la Bible est intéressante, décidément inépuisable de Buber, Benjamin ou Lévinas jusqu'à Girard. Le recours au texte sacré n'est pourtant pas innocent et par son ultime recours permet de fonder onto-théologiquement une clôture du sens, comme déjà donné, qui est négation du désir dans son incertitude, sa mise en question de l'être, le sacrifice de soi qu'il exige et qui définit l'amour. On accordera donc à Lévinas que la Bible réduit la Loi à la responsabilité du prochain, dans la fragilité de son visage, alors que pour Girard le prochain n'est que le rival, l'amour étant second qui surmonte la culpabilisation de l'Autre. Il est raisonnable de voir dans la Bible, comme le montre Girard, une réflexion sur le sacrifice qui va du bouc émissaire au sacrifice de soi mais il s'illusionne sur ce qui serait ici la révélation chrétienne alors qu'on trouve la même évolution en Egypte, en Chine, en Inde, en Perse. Le sacrifice a presque partout tendance a devenir simplement représenté, symbolique, de plus en plus intériorisé comme sacrifice de soi, conversion intérieure.
Le véritable caractère du sacrifice n'est pas dans sa violence mais dans la séparation, le douloureux arrachement, et la métaphore, la substitution symbolique, le transport du sens, le bouc émissaire, la communication au-delà. Plus que violence, la destruction de l'objet est passage au symbole. S'il y a bien un fétiche, c'est quand on le sacrifie, de même qu'un mort devient sacré car il porte un sens immuable dans l'au-delà. C'est pourquoi ce n'est pas la violence du sacrifice qui compte mais son caractère anti-naturel et définitif, son caractère symbolique et donc métaphorique. On ne peut sacrifier que le meilleur et le sacrifice désigne ainsi ce qui vaut pour tous. La destruction des biens dans le potlatch a la même signification et le principe de la métaphore, comme de la valeur et du désir, c'est qu'on peut toujours trouver un autre objet de substitution pour représenter la valeur. On pourrait dire, du rôle du sacrifice dans les engagements pris solennellement, qu'il s'agit "d'augmenter les coûts de transactions pour rendre plus coûteuses les défections". En tout cas il est sensé signifier le prix qu'on y attache, le sérieux des mots et l'équivalent d'une écriture, de la signature d'un contrat. Le sacrifice ne met donc pas fin, sinon momentanément, aux rivalités qu'il oriente plutôt et avec plus de force vers le même objet, renforçant fascination et méconnaissance mais renforçant du même coup la Loi qui intériorise la violence dans ses règles. Ainsi, on peut dire du sacrifice comme métaphore qu'il fonde le fétichisme, l'objectivation, "la confusion de la carte et du territoire", du mot et de l'objet, en même temps qu'il oriente la circulation des désirs et de la dette dans une Loi instituée par ce sacrifice. Il faut insister sur le caractère de langage du sacrifice, de symbolisation qui détruit son objet, opérant la séparation nécessaire à l'échange mais signifiant aussi l'intensité du désir et la bonne foi du sacrifiant.
La critique du sacrifice et du fétichisme est une histoire aussi vieille que le sacrifice. On peut aller plus loin que le christianisme en ce sens, mais il est vrai qu'il est habité, depuis la destruction des idoles, de cette critique de la confusion du symbole et du sens dont l'incarnation sera l'exception sacrifiée. S'il ne semble pas qu'on puisse partir de l'imaginaire pour reconstituer le sacrifice, mais bien du langage et de la Loi, cela ne veut pas dire que l'imaginaire n'y a aucune part mais qui est simplement secondaire, rapport à la Loi avant d'être rapport au rival. Ainsi, il faut être prudent sur les vertus ambivalentes du symbolique et de la Loi, aussi bien du côté des anarchistes que des adorateurs de l'ordre pouvant déchaîner en déferlement imaginaire car la Loi est obstacle et modèle plus que la rivalité encore. Le caractère contradictoire de la Loi par rapport à la violence apparaît clairement avec la vengeance, le prix du sang, les représailles, l'échange des morts. On comprend bien que la menace de mort réduit les meurtres d'un côté mais, en même temps, assure la répétition d'une vendetta sans fin. On peut simplement dire que la Loi canalise la violence, lui donne des règles (oeil pour oeil). Quand à l'absence de Loi, qui ne peut être totale pour un être parlant, c'est encore pire même si cela ne mène pas toujours à l'explosion de violence mais au moins à la réduction des libertés. La question est délicate, nous le verrons, puisqu'elle engage chacun et que la Loi est à la fois bien et mal, ordre et transgression, indispensable et arbitraire. Il faut l'examiner dans son caractère historique concret et actuel du passage de la Loi à la concurrence généralisée.
L'état de nature sensé précéder le sacrifice n'est donc que pure hypothèse alors que ce serait plutôt notre réalité actuelle que cet état mythique reflète dans la perte de la Loi et la rivalité généralisée qui se déchaîne, non comme violence mais comme marché, ce qui est une différence de taille. Il ne suffit pas de constater la sécularisation générale, le désenchantement du monde, le travail du scepticisme de délégitimation du sacré, car ce n'est pas un phénomène nouveau mais commun à la plupart des décadences. Ainsi les religions perse ou chinoise on pu dégénérer en bureaucraties utilitaristes sans plus de conséquence que la perte d'influence, la conversion à d'autres religions. Ce qui distingue la tradition juive, n'en déplaise à Girard, ce n'est pas tant l'innocence de la victime (Job est d'ailleurs sumérien) que le péché originel. Ce en quoi on est bien au-delà du "désir mimétique" puisque toujours déjà pris dans la circulation de la dette, et le sacrifice devenu superflu. C'est la culpabilité qui est fondatrice du sujet du savoir, et de la responsabilité du sujet (de contredire les fautes du sens en pardonnant celles des autres). Sans cette intériorisation de la dette comme culpabilité, il ne pourrait y avoir déclin de la Loi.
La société anomique actuelle présente tous les symptômes bien connus de la désorientation et de l'isolement qui ne sont pas la créativité et la libération qu'on aurait pu espérer de cette érosion des religions-politiques. La délégitimation religieuse consécutive à la rencontre de traditions différentes pousse déjà à la désagrégation des communautés, mais plus encore l'élévation du niveau de formation qui augmente la sélection et diversifie les parcours, accentuant la division du travail et la diversité des statuts. Le marché du travail et l'individualisme salarial complètent le tableau d'un éparpillement que certains appellent avec anticipation Multitudes alors qu'on est loin encore de la conscience d'une diversité qui nous réunit. Il y a un manque de représentation des différences. Pourtant ça tient ferme. C'est que la Loi continue à régner, la dure loi de l'argent et du dollar-Roi. La désacralisation juive se dévoile n'être, en fin de compte, que le règne de l'équivalence généralisée, la réduction des rapports naturels et humains aux rapports d'argents et aux intérêts matériels. Il n'y a pas disparition de la Loi mais réduction à l'interdit de l'inceste (disparition des injonctions positives, on ne sait plus à qui se marier) où il faut voir la base de l'individualisme et du mythe oedipien. Religion de l'Empire qui, au nom d'un rapport direct à l'Empereur, détruit les corps intermédiaires et les anciennes divisions sociales, favorisant le détachement des communautés originelles ainsi que le développement des rapports marchands ou d'une "société civile" démilitarisée en s'arrogeant le monopole de la violence (Elias). Plutôt que de faire trembler les murs d'imprécations contre ce qui apparaît relever du discours marchand qui sonnerait notre fin humaine, il faut profiter de l'occasion pour remarquer qu'il ne s'agit pas d'un destin irrémédiable nous soumettant à jamais à la marchandise, comme si on se transformait en pierre, mais seulement d'un changement de discours. Ce qui signifie d'une part qu'il y aura d'autres changements de discours, et surtout qu'il n'y a pas disparition des hiérarchies dans une société de marché, comme on nous le serine, il s'agit toujours d'une imbrication des différents discours aux équilibres changeants et nous avons actuellement une domination du discours marchand, non pas la disparition des autres rapports sociaux. Certes le discours marchand prospère sur le déclin du religieux et de la Loi mais s'il n'y a plus de Loi commune, c'est tout de même bien là où il y a le plus de lois, le commerce et le travail, que se réfugie la subjectivité et le sacrifice sous la forme de la dette et du travail comme sacrifice de soi.
Le déclin de la Loi sociale et des rites de reconstitution de l'unité autour du sacrifice, de l'identification ou des luttes a pour effet de faire passer la régulation sociale de la "contrainte" (sociale) à la séduction (individuelle), condition et question du roman d'amour. Ce n'est pas qu'il manque de tentatives de reconstruire des communautés, c'est qu'il n'y en a que trop et que chacun ayant à choisir son langage ne règne plus que cacophonie dans cette trop grande Babel. L'intéressant est de constater dans ce contexte le passage de la Loi commune à la jouissance individuelle ou plutôt le déclin d'une jouissance transgressive obéissant à des codes sociaux et rites sacrificiels, pour une jouissance privée excessive et sans limite qu'il faut payer de plus en plus de sacrifice de soi jusqu'à la dépression. S'il y a bien déchaînement imaginaire et concurrence généralisée, la violence est de plus en plus intériorisée comme indifférence, et visible, la plupart du temps, seulement par télévision interposée. C'est donc en souffrances individuelles que se traduit l'absence de support institutionnel et de normes sociales ainsi que la montée de l'indifférenciation qui se paye en multiplication des conflits et des victimes, même si ce n'est pas sur le terrain animal ni politique mais dans les dures lois symboliques de l'économie que se jouent nos vies mises en concurrence. On peut voir dans cet effacement des différences et des repères sociaux, les manifestations d'une période transitoire "Les périodes de libération sexuelle précédent souvent quelque déchaînement violent"177.
Il faut regarder plus en détail cette exigence de jouissance, qui a la même structure que le sacrifice, qui en est la père-son-alisation comme scène primitive. "Toute fonction apparaît deux fois : d'abord au niveau social, puis au niveau psychologique" observe Vygotski. On pensait d'autant moins à la possibilité d'identifier la jouissance à la Loi que, de par la Loi elle-même, la jouissance se présente d'abord comme interdite, transgression, soit l'exact contraire du sacrifice qui rétablit la limite. Ce que la psychanalyse a montré, d'après Lacan, c'est pourtant bien que la Loi est nécessaire à la jouissance transgressive dans la substitution d'objet par où s'opère la circulation des désirs ; et la répression même est inventée lorsqu'elle manque, pour maintenir un désir essoufflé. Si la Loi s'identifie ainsi à la jouissance, on comprend le succès de la psychanalyse, sorte de devenir public de notre vie privée, lorsque cette jouissance ne peut plus être socialisée, lorsque la Loi vient à manquer. L'idée d'une jouissance non transgressive est le rêve de la Loi, d'un désir positif délivré du ressentiment et de la culpabilité (Nietzsche) par la grâce d'un quelconque bouc émissaire qui en expulserait le mauvais côté. On ne peut dire que ce soit tout-à-fait impossible puisque nous y sommes presque. Ce n'est pas pour arranger les choses.
C'est bien sûr une idiotie de croire trouver dans l'histoire individuelle la cause des troubles sociaux ou même de nos symptômes, conformément au mythe oedipien d'une Loi réduite à l'interdiction de l'inceste maternel. C'est pourtant bien ce qui se passe dans toute personnalisation, qui a toutes les allures du mécanisme du bouc émissaire généralisé. Chacun devient responsable de ce qu'il est devenu comme de son histoire et de ses parents même. Le père ne servant lui-même que de cause substitutive, ne peut être que défaillant à fonder une Loi partout absente. Là n'est pas l'essentiel de la psychanalyse, heureusement, mais seulement la façon de poser la question de cette défaillance du sens dans le transfert. Car ce qui importe dans l'Oedipe, ce n'est pas l'histoire mais la structure triangulaire. Seul le choix de la névrose a des racines historiques.
L'Oedipe n'est pas mis en cause par les critiques de Girard qui a sans doute raison d'axer son interprétation de la tragédie de Sophocle sur l'innocence d'Oedipe, prenant simplement sur lui les péchés du monde pour sauver sa ville selon le principe du bouc émissaire qui rétablit l'unité en dirigeant toute la vengeance sur lui. Fort bien. Tout cela n'explique pas en quoi ce qu'on lui reproche c'est justement ce que Freud décrit comme le complexe d'Oedipe qui en sortirait plutôt renforcé. Sous cet éclairage, l'Oedipe apparaît d'abord comme la fondation de la Loi, des différences et des noms qui ne doivent pas se confondre entre Père et fils, Mère ou épouse. Pas question de désir mais seulement de séparation et d'identité, savoir qui on est. Du moins la Loi nous marque dès l'origine par la place qui nous est assignée. Ce que montre la psychanalyse malgré les simplifications de Girard, c'est que se joue dans ce triangle la signification du désir, ce que Lacan appelle la Signification du phallus, où l'interdit désigne au désir son objet au prix de la castration et de l'identification au Père. Il faut insister sur le fait que l'autonomie est d'abord supposée au Père auquel on tente de s'identifier et que c'est justement ce qui nous manque, l'astre qui nous guide. Le désir n'est pas seulement rivalité, il est donc aussi histoire et répétition. La sexualité est ce qui noue désir et différence, où Foucault voyait la question de l'identité, chargée traditionnellement d'interdits organisant l'échange.
Pour Girard le désir est simplement mimétique, je désire ce que l'autre désire, alors que pour la psychanalyse, comme pour Paul, je désire ce que la Loi m'interdit. Certes la jouissance est une jouissance jalouse, un désir de désir. Kojève et Lacan sont partis de là. Cela ne suffit pas à réduire le désir à la rivalité imaginaire qui vaut surtout par l'obstacle qu'elle représente sur le chemin d'une jouissance qui consiste entièrement dans son impossibilité, sa distance, son irréalité, son caractère symbolique, son attente décidée qui est souffrance nourrie d'espoir. L'Autre ici n'est pas un rival mais bien pire, un Père castrateur, c'est-à-dire une jouissance prélevée sur le corps, à la mesure de la béatitude espérée. Sacrifice, Père, Loi ne sont pas seulement l'obstacle mais aussi bien la condition de la jouissance transgressive dans son ambivalence sacrée, productive, suréelle. Que la mère soit interdite n'a aucune autre importance que de cristalliser les fantasmes de fusion sexuelle reportés sur des substituts de la mère. Il ne s'agit que d'une opération symbolique qui n'est pas réelle mais qui objective le désir en le nommant par l'interdit. Dans ce dispositif d'objectivation, tout comme dans le désir mimétique, l'important est la façon dont on se positionne par rapport à la Loi et sa transgression comme par rapport à la fétichisation de l'objet du désir.
Pour Girard aussi, cette question de la fascination de l'objet est primordiale, dans le même sillage que Baudrillard ou même Bourdieu, le système des objets est rapporté à des rapports sociaux, des besoins de distinction, des rivalités imaginaires. Les romanciers illustrent bien la fondation du désir dans l'Autre. Est-ce de façon si immédiatement mimétique comme Girard le prétend ? Ce serait perdre toute la littérature, tous les marivaudages et perversions d'un désir qui se déploie en constructions complexes autour de son objet pour le maintenir à distance sacrée. Bataille témoigne de ce que l'érotisme est du même ordre que le sacrifice, la jouissance appartenant à la part maudite, la dépense, la perte de soi. Il ne suffit donc pas de dire que le désir est désir de désir puisqu'il ne s'épuise pas dans la rivalité mais doit signifier surtout le prix qu'il est prêt à payer pour cette fascination, cet appel à une béatitude qui nous exile de l'être mais qui est aussi construction de l'autonomie du sujet. Ramener Bataille dans l'affaire, c'est rappeler qu'il ne suffit pas de démonter l'opération, le fétichisme du désir, le caractère de pur signe du ballon qu'on se dispute, car ce qu'on perd du coup dans cette "traduction" du désir, c'est la jouissance tout simplement alors que l'érotisme monte ses dispositifs pour maintenir et faire durer l'illusion, la tension du désir dans sa structure maniaco-dépressive où tout se paye.
Il ne suffit donc pas de ne pas y croire, c'est qu'on croit à autre chose. Il n'est pas plus suffisant de vouloir y croire et se bricoler une Loi à soi. L'important est comment on y croit. C'est ici que se déploient toutes les nuances, qui seules importent et qui vont de la schizophrénie à la paranoïa en passant par l'hystérie, la phobie, l'obsession et la perversion. On ne peut guère argumenter en ces matières intimes qui mettent en cause la foi, pas seulement religieuse mais dans la réalité et la Loi. Le schizophrène pris dans les flux matériels n'y croit pas, ne voit pas de mise qui vaut l'enjeu d'une perte du corps en permanence sollicité par un extérieur menaçant. L'hystérique ne veut pas y croire mais prise dans la Loi elle n'a de cesse de la contester, de la dénoncer, la délégitimer. Discours de la plainte d'une Loi ou d'un maître qui n'est pas à la hauteur. Ce n'est pas la faute du maître, c'est une posture de dénigrement et l'hystérique cherche un maître pour le dominer. Le phobique a peur d'y croire et préfère l'évitement alors que l'obsessionnel y croit trop, toujours pris en faute dans une dette impossible à payer et reculant la jouissance, la contournant, y faisant obstacle. On est ici dans le plus grand fétichisme et objectivisme alors même qu'on aborde les fétichistes et les pervers qui s'affrontent à la croyance par la transgression et la jouissance qui renforce l'interdit. Comme toujours l'exception confirme la règle et la culpabilité confirme la Loi. Quant au paranoïaque, chacun sait qu'il s'y croit et que la jalousie est ici à son comble avec le délire de persécution. Le fétichisme de l'objet du désir devient un fétichisme du sujet complètement assujetti au moment où il se croit tout-puissant. Le choix de la névrose (ou psychose) dépend de l'expérience de la jouissance et de la séparation. En tout cas il faut passer par l'objectivation du désir, sa dispute, sa circulation sauf à sombrer dans l'ennui ou pire. On peut dire que tout désir est religieux, faisant aussitôt apparaître que tout religieux est désir, rejetant la charge de la cause sur l'Autre. L'important est la façon dont on prend part au jeu.
On ne joue pas aux billes pourtant, c'est notre vie que nous jouons, loin des bonnes manières, avec la tentation du sacrifice et du martyr qui donne sens de témoignage. C'est ce qui fait sans doute l'obscur attrait du nazisme le retour aux sacrifices humains et l'unanimité des foules scellée par le meurtre et la culpabilité collective, la volonté de redonner sa dimension sociale au sacrifice, à la Loi et à la transgression. Comme toujours, c'est par le "sacrifice de sa personne au peuple", que le chef demandait au peuple des sacrifices et ce sont ces sacrifices qui justifiaient le sacrifice des autres peuples. Hitler appelait idéalisme la faculté de se sacrifier pour les siens, pour l'espèce, vertu de la race. Le néo-paganisme est bien un retour du sacrifice de victimes qu'on sait maintenant innocentes ce qui en décuple l'horreur nous dit Girard. Il n'est donc pas question de revenir aux scènes sacrificielles (il y en a encore tant), le mouvement de symbolisation et d'intériorisation du sacrifice est irréversible. "Dans un univers technique, on ne peut plus se payer le luxe de remplacer les causes techniques par des coupables" cs 21. Cela n'en rend que plus difficile à chacun d'en supporter le poids trop Père-solennellement, bouc émissaire d'une société absente. En tout cas il faudra peut-être apprendre à vivre "hors-la-loi", dans un au-delà de la Loi.
Tout ce qu'on peut dire c'est que la délégitimation de la loi comme norme commune nous livre encore plus à la concurrence. L'indécidable, le doute, le scepticisme sur la légitimité attisent les conflits. L'interdit et la Loi sont ici pacificateurs en fixant un sens commun (même contestable et contesté). En même temps, ce qui s'objective ainsi, de façon toujours contestable, c'est la liberté comme non-nécessaire (arbitraire, norme) et contre-nature, c'est-à-dire parole au-dessus des contingences du monde, au risque de la vie s'il le faut. La liberté pour indispensable qu'elle soit est aussi dangereuse et rencontre immédiatement la question de la sécurité et de la Loi. La mort de Socrate garde son caractère exemplaire, délivrée de tout sacré mais payant le prix de l'appartenance à la cité jusque dans son injustice. Il ne s'agit pas de la mort fantastique d'Empédocle, encore moins de justice mais du poids des mots et de la Loi. Il y a déjà un rejet quasi bureaucratique de tout pathos, des cris de sa femme. Le sacrifice est ici dépouillé de sa séduction, de toute fascination ambivalente pour ne plus signifier que le prix accordé à la parole et à la Loi.
Un des derniers refuges du sacrifice aujourd'hui se trouve encore dans le travail où chacun sacrifie son désir au projet collectif. Sans doute l'oeuvre comme toute fiction prendra la place du sacrifice puisque le travail ne peut plus se limiter désormais à sacrifier son temps et mobilise la subjectivité dans une production qui implique la liberté, l'imprévu, la créativité, le désordre avant la solution. On peut y voir un renforcement de l'aliénation ou une libération, en tout cas un changement de rapport à la Loi. Le sport et la politique ou les jeux récupèrent une part du sacrifice alors que la fête se perd avec la transgression. Globalement l'inflation d'images semble provoquer une dévaluation de la fascination, ce qui va plutôt, malgré la pollution visuelle vers une désobjectivation, un dépassement de l'aveuglement du désir jaloux et de la mise en scène de l'expulsion du mal. Mais notre monde marchand semble indestructible alors même que sa complexité le rend de plus en plus fragile.
Comme René Girard le suggère, il faut comprendre le sacrifice comme opérateur de clôture holistique (à un niveau supérieur) sur le mode du don assurant la circulation sociale. Ce qu'on sacrifie, c'est la fermeture sur soi pour s'inclure dans une totalité de niveau supérieur. C'est l'histoire répétée des rites, des mythes et du roman : commencer par une transgression ou une rivalité, ouverture dangereuse sur l'inconnu et mort de l'ancienne identité, pour se clôturer sur le sacrifice et la renaissance de l'initié qui rétablit la totalité menacée, fermeture finale (Lévi-Strauss analyse ainsi le Boléro de Ravel). Ce qui est paradoxal avec le roman (initiatique) c'est de devoir trouver une solution individuelle à une question sociale. C'est là où intervient la vérité romanesque contre le mensonge romantique : "L'expérience romanesque détruit un mythe de souveraineté personnelle qui se nourrissait, il faut le croire, de dépendance servile à l'égard d'autrui". On comprend, par contre, que le sacrifice correspond ici à ce que chacun doit abandonner pour le retrouver dans les autres, sacrificié avec la même confiance que le don créant des liens.
Le mythe de Robinson, du self made man est bien mis en pièce par le Roman qui succède à l'épopée depuis Don Quichotte, déchiré entre un idéal inaccessible et une vie de raté. "Plus le désire aspire à la différence, plus il engendre l'identité" 216. Plus l'individualisme règne, plus le désir est effectivement mimétique (modes) mais sous une forme inavouable et inconsciente. Nous ne nous sauverons pas tout seuls. Cette curieuse idée du salut individuel, d'appel direct à l'Empereur, est ce que l'écologie nous presse d'abandonner. Que nous le voulions ou non, la responsabilité est collective et les victimes des catastrophes climatiques sont innocentes.
Mais revenons à René Girard, dont l'intérêt a été de rappeler en plein formalisme structuraliste la dimension existentielle de l'incarnation, l'enjeu sacrificiel du religieux et de la fête. Fasciné par son objet il a cru pouvoir assimiler une violence qui est violation de la Loi à la brutalité animale. L'exaspération de la violence qui est un emballement imaginaire a une autre portée quand elle brise les limites sacrées. S'il y a bien une violence sans Loi, la violence de la Loi est souvent plus dévastatrice au nom de l'honneur ou d'un dieu.
Il serait dommage de ne pas donner toute sa place malgré tout au mécanisme du bouc émissaire, de la recherche de coupables qui est bien une nécessité linguistique, de clôture du sens, de nomination utilisant la métaphore. On a en effet ici le paradigme qui rassemble rites, tragédies, philosophies et sciences dans une version primitive de la dialectique et de la cause qui pèse encore de tout son poids sur nos raisonnements. Le mécanisme part toujours d'un conflit, une menace, une contradiction, une indifférenciation. Le deuxième temps consiste à isoler une cause interne, son identification et son expulsion pour se séparer du premier temps. C'est ce que disent Hegel et Lénine : le parti se renforce en s'épurant. Car le troisième temps est celui de la réconciliation, de la guérison, de l'unité et de l'ordre retrouvés, de la synthèse finale. Admettre la prégnance de ce schéma aussi bien dans les mythes ou les romans que dans la philosophie ou la science ne disqualifie en rien la recherche des véritables causes mais avertit plutôt du risque de solutions mythiques, de prendre le mot pour la chose, de méconnaissance du désir et du symbolique. Il ne faut pas oublier surtout qu'on peut toujours substituer une métaphore à une autre métaphore, une cause à une cause, une interprétation à une interprétation, renvoyant à une répétition de l'origine. La fascination et la réconciliation se retrouvent dans la satisfaction d'une solution à un problème, satisfaction de "l'interprétation" aussi temporaire que la catharsis du sacrifice et qui s'offre pareillement à sa déconstruction. "La culture est une manière de se remettre de la terreur" Sloterdijk, intox. 26. Ce n'est pas un mince résultat d'arriver à unifier ainsi sciences et religions par le mécanisme du bouc émissaire comme métaphore et interprétation, mais c'est à condition d'en retenir le caractère métaphorique d'objectivation et de négation, non sa violence imaginaire.
L'importance de la mimesis, de l'imitation ne doit pas non plus être sous-estimée mais on peut préférer l'imaginaire lacanien à cette rivalité simpliste annulant l'histoire et la répétition. Il est vrai que d'un autre côté la psychanalyse a tendance a sous estimer l'actuel mais on ne peut annuler le narcissisme sous prétexte qu'on ne peut se désirer soi-même ! curieuse objection identique à celle de Husserl qui refusait qu'on puisse se parler à soi-même, avoir une communication de soi à soi. Le narcissisme est une introjection du moi-idéal, une réflexion à partir de l'objectivation de soi, même s'il est bien évident qu'il n'y a de narcissisme que par rapport à un Autre. Reconnaître le narcissisme ne doit pas nous porter à méconnaître l'insuffisance originelle du sujet et la projection de l'autonomie dans l'autre d'abord. Mieux, il faut voir dans le narcissisme un besoin vital et qui ne saurait être comblé que par les autres. Pour se trouver aimable il faut être aimé. C'est le désir de l'autre qui me fait vivre, son regard qui peut confirmer l'identification au miroir.
Reconnaître le rôle du sacrifice, de la "destruction créatrice", ne semble pas devoir nous amener à parler d'un nécessaire meurtre fondateur malgré Freud, ni d'une indispensable unité contre la victime ou l'ennemi. Il faut plutôt que chacun sacrifie au projet commun. Ce n'est pas pour négliger la place du meurtre, réelle et assez singulière dans notre Révolution puisque le Roi, à se faire bouc émissaire à Varenne, a permis à la République de se fonder sur son meurtre ; mais la magie étant insuffisante, la culpabilité revient sous le spectre des suspects, de l'ennemi intérieur, nouveau bouc émissaire jusqu'à la Terreur sacrificielle, jusqu'à perdre toute mesure et menacer tout le monde indistinctement, incapable enfin de fonder un Etre suprême de simple imposture achevant d'effacer les différences. Si l'on dit que la Révolution se termine avec l'exécution de Robespierre, c'est que son meurtre efface celui du Roi, et rétablissement de la Loi, prenant dimension de fondateur de la République alors même qu'il a fallut un Empire pour rétablir les libertés et quelques roitelets avant le triomphe de la République bourgeoise. C'est donc plus aléatoire et compliqué que ce que nous en dit Girard mais il ne faut pas minimiser cette dimension souterraine du sacré, la nécessité de traiter la violence par la violence, l'insupportable d'une indifférence exacerbant les rivalités où "ce qui est rejeté du symbolique revient dans le réel". L'unanimité se fait toujours pour sauver nos différences, assurer séparation et circulation. La curieuse égalité française ne serait donc que l'égalité des conjurés partageant la culpabilité du meurtre au contraire de la démocratie américaine, fédération de communautés. La place du meurtre confère au pouvoir, à son détenteur, une dimension sacrée ambivalente, dimension religieuse de la politique sans doute indispensable à une laïcité intraitable. Ce serait une erreur pourtant de s'appuyer sur cet exemple pour prétendre comme Girard que la "scène primitive" est toujours réelle alors que Freud a montré son caractère habituel de reconstruction fantasmatique.
Il ne s'agit pas de prétendre dire le dernier mot sur ces questions cruciales mais plutôt d'engager à reprendre la réflexion avant son recouvrement par la bonne nouvelle évangélique "des choses cachées depuis la fondation du monde". Nous n'avons pas épuisé toute la richesse de ce livre qui perd dans l'enthousiasme du concept fourre-tout de violence (véritable "bouc émissaire"), la vérité qu'il frôle souvent au point qu'il ne s'agit que d'en réorganiser légèrement l'enchaînement des causes. La plupart des thèses d'ailleurs ne sont pas originales. On est souvent très près de Lacan malgré une opposition de fond. Ainsi, après que nous ayons montré que la violence doit être d'abord comprise comme violation (ce que André Jacob appelle violance), et que donc, la Loi précède sa transgression, on peut retrouver beaucoup des conclusions du livre qu'il faudrait étudier plus précisément.
D'abord ce soupçon de ce que toute guerre est une guerre civile (avec ses voisins), c'est-à-dire médiée par la Loi. Cela n'empêche pas les rivalités imaginaires, l'agressivité du plus proche (le narcissisme de la petite différence), plutôt par nécessité d'opposition, de différenciation symbolique. Le déchaînement patriotique est secondaire, de l'ordre de l'ensorcelement qui est déjà sacrifice pour sauver la patrie. En tout cas, désormais il est certain qu'il n'y a plus d'ennemi extérieur, le risque est bien devenu complètement intérieur et systémique dans l'Empire menacé par le sacrifice terroriste. Ce n'est pas la même violence pourtant, la même logique que celle qu'on peut voir dans les jeux, les sports ou les fêtes permettant de reconstituer l'unité sur l'exception, le -1 constituant l'extériorité à partir de l'intériorité, sur le mode des sacrifices rituels. Il est intéressant de souligner que la fonction des fêtes tient de la tragédie et sont destinées à mal tourner, le vin remplace le sang de la victime et les beuveries la mort initiatique, mais le sens de la fête se perd. La violence des familles n'est pas du même ordre non plus, elle tient à la proximité et à la dépendance, aux conflits de partage et d'honneur. On sait qu'elle a été considérable et la plupart des meurtres restent familliaux. Là encore, pas de violence pure, animale, plutôt une cruauté trop humaine, une dépendance trop grande des autres. C'est l'absence de tiers qui peut caractériser ces violences, l'échec de la métaphore paternelle, de la symbolisation ou les contradictions de la justice. L'absence de tiers caractérise aussi l'acte sexuel qui tient pourtant de la cérémonie, du théâtre où tente de se reconstituer la "signification du phallus" par la reproduction de l'origine. L'acte sexuel est le lieu où se rejoue la scène primitive sacrificielle, de l'enthousiasme et de la possession, privatisation du rite qui perd aussi de son caractère sacré avec sa violence, pour glisser à l'échange de satisfactions ou même au sport. Les femmes y sont moins victimes et plus consentantes malgré les féministes qui voudraient assimiler toute pénétration à un viol et faire peser la menace de la Loi sur tout raport sexuel. C'est chacun qui devient victime de soi-même, pris dans une intensification, une expérimentation de soi-même (Sloterdijk) qui prend les allures de rite privé et de mythologie individuelle sans issue car seul le désir de l'autre peut me sauver, me donner assez de reconnaissance pour reconnaître mes dettes à mon tour, au grand jeu de l'amour. C'est pourquoi il n'y a pas de sagesse possible, détachée de la circulation des désirs avec son lot de folies, de sacrifices et de perdants.
Ce qui est touchant et désolant à la fois, comme d'une trop aveuglante lumière, c'est la prétention prophétique de démystification universelle : "personne n'a rien à envier à personne" sans se rendre compte qu'en dénonçant le fétichisme de la marchandise avec la prétention de nous livrer le grand secret, les choses cachées derrière le désir absorbé par son objet, il en vient à donner un statut de réalité objective à un monde sans désir qui n'a aucune consistance. Au fond il voudrait reproduire le sacrifice sans sacrifice, la destruction de l'objet du désir pour réaliser la réconciliation sociale. C'est la fonction du saint pour Lacan, ce qu'il appelle déchariter : détruire ou se séparer de l'objet du désir ou de la plainte pour laisser apparaître le fantasme qui organise la valorisation de l'objet. Il ne suffit pourtant pas de comprendre en quoi le désir est illusion mais pourquoi nous préférons ses promesses trompeuses au morne ennui d'un monde sans désir, pourquoi nous avons besoin de donner corps à notre existence, nous mesurer aux autres et nous refléter dans les choses, entrer dans la danse des mots. On n'a rien à gagner à l'échange d'un monde d'objets enchantés pour une réalité invivable d'un prosaïsme désespérant où tout se vaut. Il faut plutôt accepter le caractère cyclothymique de la jouissance, notre position de disciple, tendue vers le dépassement de soi, un idéal irréalisable de sagesse et d'autonomie qui ne peut s'atteindre que par le désir de l'Autre. Il ne s'agit pas tant de rivalité que d'illusion créatrice et de l'impossible signification ou fixion du sens qui ne peut venir que d'un tiers. La violence du sacré est dans ses promesses, sa contre-nature, le prix qu'on est prêt à payer pour sauver le sens de sa vie et le rêve d'un monde meilleur, d'un désir interdit ou désir de l'autre auquel s'identifie la subjectivité, le facteur affectif. Si le désir transgressif est destructeur, pris dans les noeuds de la Loi, et si le désir de l'autre fait vivre ce n'est pas sans partager une transgression, du moins dans le meilleur des cas.
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PROFIL DU PHILOSOPHE
APOLLONIUS, ADEPTE DE PYTHAGORE
"Je ne suis qu'un homme, mais tout homme peut, par la contemplation et la philosophie, s'élever jusqu'aux dieux." Placée en exergue, cette phrase résume et exprime la quintessence des Vers d'Or. Nul autre philosophe, qu'Apollonius, ne suivit d'aussi près la pensée pythagoricienne. Apollonius illustre de manière vivante la doctrine du Sage de Samos. Vêtu de lin, ne consommant pas de viande, il applique pour lui-même toutes les règles de vie constituant l'Enseignement Philosophique. Non content d'instaurer la réforme de la morale, de corriger les erreurs et les abus du clergé, Apollonius paye de sa personne en offrant à ses contemporains l'image même de la sagesse. Il veut se donner en exemple dont chacun puisse s'inspirer. L'impression produite sur ses contemporains les marque profondément. De son vivant, il est vénéré à l'égal d'un Dieu, craint pour ses pouvoirs surnaturels et admiré pour ses qualités généreuses. Il lutte pour maintenir la doctrine pythagoricienne dans le culte consacré aux dieux antiques. Sa parole est souvent opposée à celle du Christ et, il n'est pas exagéré de dire que deux religions s'affrontèrent à travers leur personnalité. Les foules, toujours avides de démonstrations, jugèrent souvent la qualité de leur enseignement à la lumière de leurs prodiges respectifs. La liste de ses miracles est telle, que pendant plusieurs années il fut impossible de départager les mérites d'Apollonius et du Christ. L'influence d'Apollonius fut durable. Quatre siècles après sa mort, les honneurs continuèrent à lui être rendus.
APOLLONIUS DE TYANEDossiers publics, Périodique de documentation genevoise
Né un ou deux ans avant le début de 1'ère chrétienne, Apollonius de Tyane est l’un des grands tenants de la doctrine pythagoricienne. Sa parole est souvent opposée à celle du Christ et il n’est pas exagéré de dire que deux religions s'affrontèrent à travers leurs personnalités. Ne disait-il pas: « Je ne suis qu'un homme » et « tout homme par la contemplation et la philosophie peut s'élever jusqu'aux dieux ». Les foules, avides de démonstrations, jugèrent souvent la qualité de leurs enseignements à la lumière de leurs prodiges respectifs, et pendant plusieurs années, il fut impossible de départager les mérites du Christ de ceux d'Apollonius de Tyane, tant les miracles furent nombreux de part et d'autre. Or, Apollonius, venu à Genève, ville alors consacrée au culte celtique, inspira une dédicace gravée sur une dalle proche du temple solaire, à la place de la cathédrale actuelle. Il est donc passionnant de savoir qu'Apollonius de Tyane est sans doute le plus ancien philosophe et le premier ésotériste qui ait fréquenté notre ville.
29 mars 1977
APOLLONIUS DE TYANE, vie et oeuvres
A 1'occasion du trentième anniversaire de la loge Apollonius de Tyane, je vais tenter de résumer ce que l'on connaît de ce personnage historique. Mon approche se fonde sur deux ouvrages; le premier est intitulé: Apollonius de Tyane ou le séjour d'un Dieu parmi les hommes. II a été écrit par Mario Meunier et a été publié à Paris aux Éditions Bernard Grasset en 1936, réédité ensuite par le procédé offset en 1978, aux Éditions d'Aujourd'hui. Je ne sais s'il est encore disponible en librairie.
Le second ouvrage s'intitule: Apollonius de Tyane, le philosophe réformateur du premier siècle de notre ère. 11 a été écrit en anglais par G.R.S. Mead, traduit en français et publié à Paris par les Publications Théosophiques de la Bibliothèque Théosophique en 1906. J'ignore s'il a été réédité depuis et je doute qu'on puisse encore le trouver en librairie.
Ces deux ouvrages sont empreints d'une partialité évidente en faveur du personnage d'Apollonius de Tyane, dont on ne sait, en réalité, que peu de choses. Leurs auteurs respectifs ne font (et comment pourrait-il en être autrement à près de deux mille ans de distance!) que compiler des ouvrages antérieurs, qu'ils accommodent à leur sauce pour présenter Apollonius de Tyane de la façon qu'il sied le mieux à leurs convictions.
Mario Meunier a "essayé de rendre accessible et de faire revivre dans I'esprit même de sa légende, la curieuse et attrayante figure d'un des derniers représentants de la sagesse antique...". Son avant-propos de 14 pages résume consciencieusement la vie d'Apollonius, mais on ne peut affirmer que tout s’est déroulé de la manière dont il le rapporte, car il se fie à la biographie d'Apollonius de Tyane écrite par Philostrate plus d'un siècle après la mort du tyanéen.
G.R.S. Mead est plus prudent dans son approche, i1 tente de séparer la légende de la réalité et, en sous-titre, il nous précise le but de sa démarche: Étude critique des seuls documents qui existent sur la vie d'Apollonius de Tyane; Exposé des diverses opinions concernant ce philosophe; Aperçus sur les associations religieuses et sur les communautés du 1er siècle de notre ère; Influence possible de la pensée hindoue sur la pensée grecque. Nous entrevoyons déjà dans quelle direction l'auteur anglais, théosophe, souhaite nous orienter... Mead, comme Meunier, souhaite réhabiliter I'image d'Apollonius de Tyane, quelque peu ternie au cours de l'histoire par 1'emprise croissante du Christianisme. Ces deux auteurs ont en commun la même vénération de Pythagore, vénération qu'ils attribuent également à Apollonius. L'époque d'Apollonius de Tyane
Nous disposons de peu d'informations sur les conditions de la vie religieuse au premier siècle de notre ère. Non seulement le temps historique, bientôt deux millénaires nous séparent de cette époque, mais l'avènement du Christianisme d'une part et 1'éclosion de la pensée rationnelle de 1'autre, ont considérablement transformé le mode de pensée et de vie des êtres humains depuis lors. II existait à cette époque beaucoup de cultes divers, nécessitant souvent un parcours initiatique, mystères phrygiens, bachiques, mystères d'Isis, de Mithra, d'Éleusis. Ces derniers se trouvaient sous l'égide de l'État, et les respectables citoyens d'Athènes se devaient d'être initiés à ces mystères. Dans son traité De la vie contemplative, Philon signale 1'existence de nombreux groupes d'hommes abandonnant leurs biens pour se retirer du monde et se dévouer à la recherche de la sagesse et à la pratique de la vertu. La vie religieuse se confondait souvent avec la recherche de la vérité, généralement attribuée à la pratique de la vie philosophique. La confusion des "genres" entre philosophie et religion, mythe et réalité objective, apparaît jusque dans la biographie d'Apollonius écrite par Philostrate, qui mélange les faits historiques et la poésie sophiste... Notre rationalité nous a accoutumé depuis deux siècles à ne plus mélanger les faits et les commentaires, le récit mythique du fait historique...
Comment Apollonius de Tyane est parvenu jusqu'à nous
La biographie d'Apollonius de Tyane fut commandée à Philostrate par Julie Domna, mère de Caracalla, impératrice de Rome sous le règne de Septime Sévère, en 1'an 216 après J.-C., soit plus de cent ans après la mort du sage. Philostrate est un homme de lettres qui vécut de 175 à 245 après J.-C. Il est 1'auteur de la seule biographie d'Apollonius, qui fut écrite en grec(1). Cet ouvrage est fondé d'une part, sur des récits obtenus dans les villes ou Apollonius a vécu, et d'autre part, sur des notes de Damis, un disciple d'Apollonius qui 1'accompagna au cours de plusieurs de ses voyages. Julie Domna aurait aussi remis à Philostrate des lettres d'Apollonius de Tyane que 1'Empereur Hadrien possédait. Le second document connu sur Apollonius de Tyane fut écrit vers l'an 305 de notre ère par Hiéroclès, philosophe grec, gouverneur de Palmyre. Dans son ouvrage intitulé : L'ami de la vérité, Hiéroclès oppose aux miracles du Christ les miracles qu'auraient accompli Apollonius de Tyane, selon la biographie de Philostrate. Eusèbe de Césarée répondit à Hiéroclès dans un traité intitulé : Contra Hieroclem, dans lequel il nie 1'existence des miracles attribués à Apollonius de Tyane. "Si ceux-ci ont réellement existé, ils ne peuvent être que l’œuvre du démon", selon Eusèbe. La controverse ouverte par Hiéroclès et Eusèbe fut reprise au XVIème siècle, lors des rééditions de la biographie de Philostrate, pour perdurer jusqu'au XIXème siècle. Pour les chrétiens, au cours de l'histoire, Apollonius est tantôt un magicien, tantôt un sage. Jean Chrysostome qualifie Apollonius de menteur et d'être malfaisant. Saint-Jérôme dit de lui qu'il trouve toujours matière à s'instruire et à s'améliorer. Au Vème siècle, Saint-Augustin pense qu'on ne peut le comparer à Jésus, mais qu'il est un homme vertueux. Plus tard, au XIème siècle, le moine Xiphilin qualifie Apollonius de magicien et d'adroit escamoteur. Selon Nicetas, il existait encore à Byzance au XIIème siècle, certaines portes de bronze consacrées jadis par Apollonius, qui durent être fondues car elles étaient devenues, même pour les chrétiens, un objet de superstition. Signalons encore qu'à Rome, un temple fut élevé à la mémoire d'Apollonius, aux frais du trésor de 1'Empire, sur la décision de Caracalla.
Quelques aperçus sur la vie d'Apollonius de Tyane
Apollonius est né à Tyane, au sud de la Cappadoce, de parents fortunés, au début de 1'ère chrétienne. A 1'age de quatorze ans, il fut envoyé à Tarse pour étudier. Il alla ensuite à Égée, où il fut admis dans le temple d'Esculape, vers 1'âge de vingt ans. II hérita alors des biens familiaux qu'il partagea avec son frère qui menait une vie dissolue. Il distribua une part de sa fortune à ses proches parents, car il estimait qu'il avait peu de besoins personnels et qu'il n'allait pas se marier.
Il mangeait seulement les produits de la terre : fruits et légumes, afin, disait-il, de se purger 1'esprit. Il ne buvait pas de vin "qui trouble 1'esprit". Il fit vœu de silence pour cinq ans durant lesquels il voyagea et étudia. Puis, il y a un trou dans sa biographie d'une durée de quinze à vingt ans. On le signale ensuite, à Antioche où il consacre ses matinées aux "choses" divines et les après-midi aux enseignements de la vie éthique et pratique. Grand voyageur, il alla jusqu'en Inde, dans la vallée du Gange, où il rencontra des bouddhistes. Selon les commentaires, i1 serait parti pour l'Inde à la recherche d'une communauté particulière et il revint chargé d'une mission. On signale sa présence à Babylone, Ninive, à Chypre, puis en Ione, en Asie Mineure, dans les villes de Smyrne, Pergame, Troie, et en Crète, avant d'être à Rome en 66, sous le règne de Néron. Ce dernier promulgua cette année-là, un édit proscrivant les philosophes et Apollonius partit alors pour l'Espagne, à Cadix. Il rencontra l'apôtre Paul à Rome, où ce dernier fut décapité. Apollonius quitta ensuite 1'Espagne pour la Sicile, et de là il repartit en Grèce, avant de s'embarquer pour I'Égypte et de remonter le Nil jusqu'en Éthiopie. II revint à Rome, attira la suspicion de l'Empereur Domitien qui le fit emprisonner, puis jugé et acquitté en 1'an 81. On signale encore que Vespasien, Titus et Néron furent des admirateurs d'Apollonius qu'ils connurent avant leur arrivée au pouvoir à Rome. Apollonius repartit pour la Grèce après l’issue heureuse de son procès, renvoya son disciple Damis à Rome, et il mourut à l'âge de quatre-vingt ans environ.
Quelques aspects sur les oeuvres d'Apollonius de Tyane.
Apollonius passe pour un prophète, un thaumaturge. Il semble être un disciple de Pythagore pour qui le vrai philosophe est celui qui connaît les secrets de la nature, non de la lecture et des discours d'autrui. Le sentier de la philosophie est la vie du philosophe.
Apollonius passa beaucoup de temps à rétablir les rites dans les temples de diverses divinités. Il condamnait les combats de gladiateurs, mais approuvait les jeux olympiques. Il aurait fréquenté, en Éthiopie notamment, ceux que l'on a appelé les "gymnosophistes", les philosophes nus, c'est-à-dire les membres de communauté composés de ceux qui avaient abandonné tous biens matériels et pratiquaient des mortifications. Comme je 1'ai signalé précédemment, on lui attribue des miracles. Les cas relatés se rapportent surtout à la guérison de malades. II lisait dans les pensées et avait un don de prophétie. II faut cependant rappeler que la notion théologique du miracle est postérieure à la vie d'Apollonius. II semblait écouter la voix intérieure de son daïmon comme Platon. On signale également à son propos un don de prescience. II refusa une fois de s'embarquer sur un bateau qui fit naufrage. Il eut une vision à distance d'un temple incendié à Rome. Alors qu'il était à Alexandrie, on raconte qu'il eut la vision de l'assassinat de l'Empereur Domitien à Rome. Il interprétait les songes. II eut de nombreux disciples imitant son mode de vie, mais n'a jamais fondé d'École. Il était végétarien, menant une vie ascétique. Parmi ses disciples, on peut citer Musonius et Démétrius à Rome.
Des paroles et sermons attribués à Apollonius, on peut extraire les recommandations suivantes :
"De ne rien posséder et cependant posséder toutes choses."
"Accordez-moi, O dieux, de posséder peu et de ne désirer rien."
"Je prie pour que la justice règne, et les lois soient respectées; pour que les sages soient pauvres et les autres riches par des moyens honnêtes." Sur la notion d'entraide entre les hommes, Apollonius un jour montra en exemple un moineau gazouillant, entraînant tous les autres à sa suite. II était venu annoncer aux autres moineaux la présence de grains de blé renversés sur une route, plus loin. Parmi les conseils qu'il donna à Vespasien sur la manière d'être un bon roi, on peut relever celui-ci : "Ne comptez pour rien 1'argent amassé, en quoi vaut-il plus que le sable amoncelé par le hasard ? Ne comptez pour rien non plus l'argent prélevé par les lourds impôts qui écrasent le peuple : l’or qui vient des larmes est vil et maudit. Mieux qu'aucun roi vous emploierez vos richesses, si vous secourez ceux qui sont dans le besoin, et si vous laissez les riches jouir en paix de leurs biens." Apollonius glorifiait la sagesse : "Le sage doit être capable de mourir pour ses idées et la vérité doit lui être plus chère que la vie". Il répondit un jour qu'on lui demanda ce qu'il pensait du fameux dicton : "Connais-toi toi même !" - "Je crois que l'homme sage qui se connaît lui-même, et qui vit en constante communion avec son esprit véritable, qui combat avec cet esprit à sa droite, ne s'abaissera jamais aux craintes qui effraient le commun des mortels; et qu'il n'osera plus commettre ce que la plupart des hommes commettent sans honte aucune."
Apollonius a écrit de courtes lettres d'après le mode du scytale lacédémonien(2) dont j'extrais les suivantes :
"Il n’est pas possible à l'homme de ne pas commettre d'erreurs, seul un caractère noble reconnaît en avoir commis."(3) "Pythagore dit que 1'art le plus divin est celui de guérir. Si l’art de guérir est si divin, il doit s'occuper de l'âme autant que du corps, car nul être n’est sain, lorsque ce qu'il y a de supérieur en lui est malade."(4)
"Héraclite fut un sage, mais il ne conseilla jamais au peuple d'Éphèse d'effacer la boue par de la boue !"(5) "Si quelqu'un se dit mon disciple, qu'il ne fréquente pas les lieux publics, qu'il ne tue aucun être vivant; qu'il ne mange pas de viande, qu'il soit délivré de 1'envie, de la malignité, de la haine, de la calomnie, du ressentiment, et qu'il ait son nom inscrit parmi les noms de ceux qui ont obtenu la libération."(6) Cette dernière lettre résume la pratique de la sagesse conseillée par Apollonius. On est plus proche du sage, au sens traditionnel, à la recherche d'une vérité intégrant 1'ensemble du mode de vie de 1'être, que du philosophe grec orateur, même si les grecs anciens, à 1'exception des sophistes peut-être, tentaient de vivre selon les préceptes qu'ils enseignaient. Pour Apollonius de Tyane, je ne suis pas sûr qu'il faille lui attribuer le qualificatif de philosophe, comme 1'a fait G.R.S. Mead dans son ouvrage, car Apollonius n'a pas écrit une oeuvre philosophique à 1'exemple de Platon ou d'Aristote. Je crains que le sous-titre de Mario Meunier : Le séjour d'un Dieu parmi les hommes, emprunté à la biographie d'Apollonius par Philostrate ne convienne guère mieux au personnage. Eugène de Faye, dans : Origène, sa vie, son oeuvre, sa pensée, décrit ainsi 1'Apollonius de Philostrate : "Apollonius représente le philosophe parfait tel que le rêvaient la plupart des contemporains d'Origène. Il est tour à tour directeur de conscience comme Sénèque, éducateur comme Épictète, prédicateur et orateur populaire à la manière de Dion de Pruse, ascète et mystique comme 1'a été selon toute vraisemblance, l'Apollonius véritable"(7). De mon analyse, il semble que ces deux qualificatifs d'ascète et de mystique peuvent être retenus au sujet d'Apollonius de Tyane, auxquels on peut ajouter celui de sage.
P.-P. R.
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2 Le scytale était une baguette ou bâton dont on se servait pour écrire les lettres chiffrées. "Autour de ce bâton on enroulait en spirale une bande de parchemin sur laquelle on écrivait le message dans le sens de la longueur. Lorsque la bande était déroulée, le message était inintelligible. Celui qui recevait le message, pour le lire, enroulait la bande sur un bâton exactement de la même grosseur que celui dont on s'était servi pour écrire." (Lexique de Liddel et Scott) De là vient que le nom de scytale fut donné aux messages spartiates, d'un laconisme proverbial. 3 Lettre adressée aux Éphores (magistrats de Sparte). 4 Lettre adressée à Criton.
5 Lettre adressée aux prêtres de Delphes.
6 Lettre adressée à Criton.
APOLLONIUS RENCONTRA LES HOMMES QUI SAVAIENT TOUT
Au premier siècle de notre ère, à la frontière de Babylone, un garde questionna un voyageur grec de belle apparence - « Quels présents apportes-tu à notre souverain? demanda-t-il. - Toutes les vertus, répliqua le Grec.
- Penses-tu que notre roi ne les a pas? s'enquit l'officier.
- Il peut les avoir, mais il ne sait pas s'en servir », répondit hardiment le voyageur qui s'appelait Apollonius de Tyane.
Malgré 1'insolence de ses propos, le voyageur fut autorisé à passer la frontière babylonienne, le garde estimant que le roi pourrait trouver quelque intérêt à rencontrer 1'excentrique visiteur.
Apollonius était né en Cappadoce vers l’an 4 av. J.-C. Ses maîtres cessèrent de l'instruire lorsqu'il eut quatorze ans, à cause de son intelligence innée. Le jeune garçon, à seize ans, prononça les vœux qui le liaient à 1'école de Pythagore et s'attacha au temple d'Aegae. Sa sagesse et ses réussites médicales étendirent si vite sa réputation que l’on disait en Cappadoce aux gens pressés: « Pourquoi tant de hâte? Courez-vous voir le jeune Apollonius? »
Un prêtre d'Apollon lui apporta un jour une carte gravée sur cuivre, lui disant qu'elle indiquait le chemin de la Cité des Dieux. Apollonius fut bientôt en route vers l’est. A Mespila (Ninive), un certain Damis lui offrit ses services comme guide. La biographie du philosophe grec fut écrite, plus tard, par Philostrate à la demande de l'impératrice byzantine Domna.
Après de dures étapes qui les menèrent en Inde, les deux voyageurs, panant des bords du Gange, tournèrent au nord en direction de 1'Himalaya. Il est à présumer qu'ils allèrent au Tibet, car le voyage prit dix-huit jours. Comme le sage grec et son dévoué compagnon approchaient de 1'Olympe asiatique, d'étranges phénomènes commencèrent à se produire. Le chemin qu'ils empruntaient s'effaçait derrière eux. Le paysage était mouvant et il semblait aux voyageurs qu'ils avançaient dans un site enchanté. Aux limites de cette région merveilleuse, un jeune garçon vint à leur rencontre et s'adressa, en grec, au philosophe, comme si la venue de celui-ci était attendue. Apollonius de Tyane fut alors présenté au maître du pays que Philostrate appelle Iarchas.
La fabuleuse contrée regorgeait de merveilles scientifiques. Il y avait des puits d'où sortaient des colonnes de lumière qui s'élevaient dans l’air comme celles des projecteurs. Des pierres phosphorescentes illuminaient la ville d'une clarté comparable à
Par andoar
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Publié dans : alliés substanciels
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Jeudi 22 septembre 2005
"Pour juger des choses grandes et haultes, il faut un'ame de mesme, Michel Eyquem de Montaigne naquit en 1533 à Montaigne, comme son père, Pierre Eyquem de Montaigne (qui avait alors 38 ans et mourut en 1568, âgé de 72 ans et tourmenté d'une maladie de pierre à la vessie que devait connaître plus tard son fils aîné). Sa mère s'appelait Antoinette de Louppes [descendante de juifs du Portugal ou de Tolède nommés Lopez]. Il eut comme frères Thomas, seigneur de Beauregart et d'Arsac, Pierre, seigneur de la Brousse et Bertrand de Mötaigne. Il eut trois soeurs: Jane, épouse du seigneur de Lestona, Léonor de Mötaigne dont il fut le parrain, ayant lui-même alors 19 ans, et Marie de Mötaigne. Il fut éduqué en latin et garda toute sa vie l'amour des Lettres, passant toutefois progressivement de la poésie à l'histoire. On sait qu'il s'intéressa aussi aux récits de voyages et rencontra un Sauvage des Amériques, ce dont il fit le magnifique chapitre XXXI du livre I des Essais: Des cannibales, où éclate avec efficacité sa critique des préjugés, et, en tout premier lieu, de l'ethnocentrisme [en pleine époque des guerres de religion!]. D'ailleurs, ouvert au dialogue, il déplora comme Ronsard, mais en des termes choisis l'échec de la tentative oecuménique du Colloque de Poissy (1561): «Combien de querelles et combien importantes a produit au monde le double du sens de cette syllabe, Hoc!». Il épousa en 1565, à 32 ans, Françoese de la Chassaigne, de 11 ans plus jeune que lui. En 1570, son premier enfant, une fille nommée Thoinette, naquit et mourut à l'âge de deux mois. En 1571 lui naquit Léonor, baptisée par l'oncle de Montaigne Pierre Eyquë de Mötaigne, seigneur de Gaujac et chanoine de S. André de Bourdeaus, et par la soeur de Montaigne, Léonor. En 1573, une troisième fille, Anne, ne vécut que sept semaines. Suivit une quatrième fille, en 1574, qui ne vécut que trois mois. Une cinquième fille, née en 1577, mourut un mois après. Née en 1583, Marie, son sixième enfant, ne vécut que quelques jours. Décoré par le Roi (Henri III) en 1571 de l'ordre de Saint-Michel et nommé Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi; honoré aussi par Henri de Bourbon, roi de Navarre et futur Henri IV, en 1577 du titre de Gentilhomme de sa Chambre; élu maire de Bordeaux en 1580-81; Montaigne sera embastillé à Paris en 1588 sur ordre indirect d'Henry de Guise, et libéré le même jour sur celui de la Reine mère [Catherine, fille de Laurent de Médicis]. Voilà une vie rien moins que tranquille. Sauf une dernière correspondance en 1590 avec Henri IV qui lui offrit alors une place auprès de lui, Montaigne, à la fin de sa vie, devenait cependant davantage un spectateur de la vie publique. Ayant écrit depuis 1572, Montaigne avait publié les deux premiers livres des Essais depuis 1580, puis y avait ajouté un troisième livre et des modifications en 1588 et il y travaillait encore en 1592. "Montaigne s'est découvert en écrivant les Essais, et son livre l'a fait en même temps qu'il faisait son livre", va jusqu'à dire Maurice Rat. Ce fut, en tout cas, l'oeuvre d'une vie, par ailleurs déjà bien remplie. Sources principales: Notes manuscrites de Montaigne sur son exemplaire des "Éphémérides" de Beuther, et la Chronologie de Montaigne établie par Maurice Rat in Montaigne: Oeuvres complètes, collection La Pleïade, éditions Gallimard. Mais, quel est vraiment l'homme Michel Eyquem, seigneur de Montaigne? Répondre à cette question supposerait avoir auparavant défini l'humanité pour soi et pour les autres. Quelles actions retenir, quelles attitudes, quels faits? Faut-il souligner les honneurs qui lui furent rendus avec ce titre de Chevalier de l'ordre de Saint-Michel (par ordre du Roi, représenté par le marquis Gaston de Foix, en 1571), tombé en désuétude pour avoir été trop prodigué (cf. les Essais, chapitre VII, livre II)? Faut-il les passer sous silence? Eh quoi, l'amitié d'Henri de Bourbon, le futur Roi Henri IV (qui l'avait déjà nommé Gentilhomme de sa Chambre par lettres patentes en 1577) n'a-t-elle pas été méritée par les conseils de clémence de Montaigne, alors qu'il recevait le roi de Navarre en son château (en compagnie de Condé, de Rohan, de Turenne, etc. en 1584, et encore en 1587 après sa victoire de Coutras)? Notre chance est que Montaigne ait écrit ses Essais entièrement sur lui-même, ou presque. Presque, parce qu'ils sont émaillés de citations grecques et latines, ce qui en fait aussi un livre d'érudition et d'histoire comparée. Presque sur lui-même, car ce lui-même est en question; Montaigne parle de lui comme Socrate cherchait à se connaître lui-même: en tenant compte davantage de l'être que de l'apparaître à quoi, si souvent, se réduit l'identité de la vanité. Par conséquent, pour Montaigne comme pour Rousseau, qui, deux siècles plus tard, fit son objet d'études de lui-même, lui aussi en faisant référence à Socrate, une biographie est impertinente pour comprendre l'oeuvre. Accorder de l'importance à une biographie de Montaigne ou de Rousseau, c'est, de plus, risquer de confondre leur vie à leur époque et la conception de la vie qui est dans leurs oeuvres. Improbable et trop parfaite société, d'ailleurs, celle qui permettrait aux grands esprits qui y vivent d'y vivre selon leur esprit; aussi bien n'écrivent-ils pas sous la dictée des événements de leur vie sociale. Non, Montaigne ne fut pas modéré parce qu'il était riche, car il le fut comme tel philosophe grec qui vécut dans la misère; non, Rousseau ne critiqua pas les injustices sociales parce qu'il était pauvre, car son dégoût de la richesse avait une source bien plus profonde. Voici, cependant, un point d'ancrage dans les Essais pour tenter de se représenter son attitude devant la vie - et, disons-le, devant l'argent: Montaigne, dans le chapitre XIV du livre I des Essais: "Que le goust des biens et des maux depend en grande partie de l'opinion que nous en avons", nous dit avoir vécu en trois sortes de conditions depuis sa sortie de l'enfance (1533-?): 1/ Pendant près de vingt ans: sans revenus assurés, dépendant du hasard et du secours d'autrui, sans métier et sans obligation, il vécut en incertitude. "Je ne fus jamais mieux". Ses amis lui prêtaient d'autant plus volontiers qu'ils savaient quelle attention il portait à les rembourser. "Je sens naturellement quelque volupté à payer comme si je deschargeois mes espaules d'un ennuyeux poix et de cette image de servitude; aussi, qu'il y a quelque contentement qui me chatouille à faire une action juste et contenter autruy". 2/ Sa deuxième période, ridicule et honteuse de prudence, selon lui, a été d'avoir de l'argent. Il chercha alors à faire des économies, en secret, pour parer aux coups du sort. "Cela ne se passait pas sans penible sollicitude". Fort heureusement, le plaisir ressenti à dépenser beaucoup lors d'un certain voyage (celui de 1580-1581 en Italie, par la Suisse et l'Allemagne ou l'un de ses voyages ultérieurs à Paris?) mit fin à cette seconde période placée sous le signe du certain. 3/ Sa troisième "sorte de vie" (?-1592), beaucoup plus plaisante, consiste à dépenser tout ce qu'il gagne: "je vis du jour à la journée". Il n'amasse que pour de grosses dépenses et n'achète pas de terres, échapant ainsi à l'avarice, "cette maladie si commune aux vieux". Le surcroît de biens n'augmente pas l'appétit de boire, manger, dormir et embrasser sa femme. "Richesse, gloire, santé n'ont qu'autant de beauté et de plaisir que leur en preste celuy qui les possede". Mise à part donc la période insouciante de sa jeunesse, c'est cette troisième sorte de vie qui caractérise Montaigne. Ayant pour valeurs l'étude et la connaissance (de soi), il pouvait supporter, sans les rechercher, l'abstinence de vin et de jouissance. Sa maladie dite de la pierre, si douloureuse à l'occasion, et la goutte, ressentie dès 1588, ne parvinrent pas à entamer sa confiance dans la vie. La dévastation de ses biens, lors d'un épisode des guerres de religion, ne le conduisit pas au désespoir: il fera presque sien le mot de Socrate répondant à sa femme le plaignant d'être injustement condamné: "Aurais-tu préféré que ce fut justement?". Si la mort prématurée de son ami, de cet autre soi-même, Étienne de La Boétie avait failli lui ôter jadis le goût de vivre, Montaigne, en bon émule des stoïciens, combattit cette amitié perdue par l'amour d'une femme, mais un amour "tempéré", c'est-à-dire faisant place à d'autres préoccupations. Quel paradoxe ce serait de se représenter Montaigne, par exemple comme le maire de Bordeaux (qu'il fut de 1580-81 à 1586), comme le seigneur et le magistrat qu'il a été en une époque révolue, selon les moeurs et coutumes de son temps, selon son origine sociale! Lire les essais, c'est bien tenter de faire la connaissance d'un homme, mais cet homme est et n'est pas Michel de Montaigne. Il l'est car c'est à travers les expériences (les essais) de sa propre vie que l'auteur s'adresse à nous en réfléchissant tout haut; il ne l'est pas, car cette personne à découvrir, lectrice ou lecteur, c'est toi: c'est de toi qu'il s'agit, car il s'agit de ce qu'il y a d'humain en chacun de nous. Lisons donc les Essais. Bonne lecture! "Parce que c'était lui, parce que c'était moi." Il écrivit le Discours sur la servitude volontaire, intitulé aussi Contr'un. Cette oeuvre d'un esprit aussi fin et lettré, écrite à 16 ans et corrigée à 22, le rendit célèbre par "l'appel à la liberté" (le mot est de Montaigne) qu'elle contient. On sait que Montaigne voua à La Boétie une véritable passion d'amitié, qu'il jugera lui-même excessive lorsque, en 1563, il subira l'expérience de la mort de cet être cher par-dessus tout. D'ailleurs, en 1571 (jusqu'à 1574 au plus tard), Montaigne se retira dans sa "librairie", à l'âge de 38 ans, pour se consacrer à la méditation, en mémoire de son ami. La lecture des philosophes stoïciens fut alors, on le pense, appropriée dans les deux sens du terme. Note sur le Discours de la servitude volontaire: "La nature nous a donné à tous toute la terre pour demeure, elle nous a tous logés dans la même maison, nous a tous formés sur le même modèle afin que chacun pût se regarder et quasiment se reconnaître dans l'autre comme dans un miroir, elle nous a fait à tous ce beau présent de la voix et de la parole pour mieux nous rencontrer et fraterniser et pour produire, par la communication et l'échange de nos volontés." La Boëtie, Discours de la servitude volontaire, sur le Web en traduction anglaise. Montaigne à la mairie de Bordeaux _____________________.____________ LES ESSAIS . ![]() Une curiosité sur le serveur Gallica de la BNF Préface à une édition des Essais de juin 1635 "Lecteur, ayant à desirer de t'estre agreable, je me pare du beau titre de ceste alliance, Son oeuvre dans La Pleïade, présentée par M. Rat, incluant Un doute qui est le fruit de l'effort de connaissance de soi (aussi esloignée de nous, et aussi bien au dessus _____________________.____________ LES SENTENCES ![]() 1. Extrema homini scientia ut res sunt boni consulere, caetera securum. Eccl. Le bout du savoir pour l'homme est de considérer comme bon ce qui arrive, et pour le reste d'être sans souci. 2. Cognoscendi studium homini dedit Deus ejus torquendi gratia. Eccl., I. 3. Citation grecque. Stobée, Sentences. 4.Omnium quae sub sole sunt fortuna et lex par est. Eccl., 9. 5. Citation grecque. Sophocle, Ajax, 552. 6. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, I, 19. 7. Orbis magnae vel parvae earum rerum quas Deus tam multas fecit notitia in nobis est. Eccl. 8. Citation grecque. Sophocle, Ajax, 124. 9. O miseras hominum mentes! O pectora caeca! Ô malheureux esprit des hommes! Ô coeurs aveugles! En quelles ténèbres de la vie, et dans quels grands périls s'écoule ce tout petit peu de temps que nous avons! 10. Citation grecque. Euripide, dans Stobée, De superbia. 11. Omnia cum caelo terraque marique 12. Vidisti hominem sapientem sibi videri? Magis illo spem habebit insipiens. Prov. 26 13. Quare ignoras quomodo, anima conjungitur corpori, nescis opera Dei. Eccl. II. 14. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, I, 21. 15. Citation grecque. Platon, Cratyle. 16. Citation grecque. 17. Nolite esse prudentes apud vosmetipsos. Ad Rom. XII. 18. Citation grecque. Stobée, De superbia, sermo, XXII, p. 189. La superstition obéit à l'orgueil comme à son père. 19. Citation grecque. Hérodote, VII, 10. 20. Summum nec metuas diem nec optes. Martial, Épigrammes, X, 47. 21. Nescis homo, hoc an illud magis expediat, an aeque utrumque. Eccl. II. 22. Homo sum, humani a me nihil alienum puto. Térence, Heautontimorumenos, I, 1. 23. Ne plus sapias quam necesse est, ne obstupescas. Eccl., 7. Ne sois pas plus sage qu'il ne faut, de peur d'être stupide. 24. Si quis existimat se aliquid scire, nondum cognovit quomodo oportet illud scire. Cor. VIII. 25. Si quis existimat se aliquid esse, cum nihil sit, ipse se seducit. Ad Galat. VI. 26. Ne plus sapite quam oporteat, sed sapite ad sobrietatem. Rom. XII. 27. Citation grecque. Xénophane. 28. Citation grecque. Euripide, cité par Stobée, De superbia, sermon 119, ed. de 1559, p. 609. Qui sait si vivre est ce qu'on appelle mourir, et si mourir c'est vivre? 29. Res omnes sunt difficiliores quam ut eas possit homo consequi. Eccl. I. 30. Citation grecque. Homère, Iliade, XX, 249. 31. Humanum genus est avidum nimis auricularum. Lucrèce, De natura rerum, IV, 598. 32. Quantum est in rebus inane. Perse, I, 1. 33. Per omnia vanitas. Eccl., I. 34. ... Servare modum finemque tenere Garder la mesure, observer la limite et suivre la nature. 35. Quid superbis, terra et cinis? Eccl. X, 9. 36. Vae qui sapientes estis in oculis vestris. Isa. V. Malheur à vous qui êtes sages à vos propres yeux! 37. Fruere jucunde praesentibus, caetera extra te. Jouis agréablement du présent, le reste est en dehors de toi. 38. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, I, 6 et 27. À tout raisonnement on peut opposer un raisonnement d'égale force. 39. .. Nostra vagatur Notre esprit erre dans les ténèbres et ne peut, aveugle qu'il est, discerner le vrai. [Michel de l'Hospital fut ce conseiller du roi (Charles IX) à l'origine de tentatives de paix et de tolérance entre catholiques et protestants ; cf. la note sur le Colloque de Poissy de 1561, dans la page sur l'Édit de Nantes. En somme, en matière de tolérance, le doute a du bon. Note de l'éditeur HTML]. 40. Fecit Deus hominem similem umbrae de qua post solis occasum quis judicabit? Eccl. 7. 41. Solum certum nihil esse certi et homine nihil miserius aut superbius. Pline, Histoire naturelle, II, 7. 42. Ex tot Dei operibus nihilum magis cuiquam homini incognitum quam venti vestigium. Eccl. XI. 43. Citation grecque. Euripide, Hippolyte, 104. 44. Citation grecque. Ménandre, dans Stobée, CXVII. 45. Citation grecque. Épictète, Enchiridion. 46. Citation grecque. Euripide, Colchide. Il est bien que le mortel ait des pensées qui ne s'élèvent pas au-dessus des hommes. 47. Quid aeternis minorem Pourquoi fatiguer ton esprit d'éternels projets qui te dépassent? 48. Judicia Domini abyssus multa. Psalm. 35. 49. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, I. 50. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, 22. 51. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, 23. 52. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, 26. 53. More duce et sensu. 54. Judicio alternante. Par le raisonnement alternatif. 55. Citation grecque. Sextus Empiricus. 56. Citation grecque. 57. Citation grecque.
Par andoar
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Mercredi 21 septembre 2005
Par andoar
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Mercredi 1 juin 2005
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