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"Pars en guerre contre le monde" (René Char)

 

Mercredi 1 juin 2005
 

 

Après le Déluge
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     Aussitôt après que l'idée du Déluge se fut rassise,
     Un lièvre s'arrêta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes, et dit sa prière à l'arc-en-ciel, à travers la toile de l'araignée.
     Oh! les pierres précieuses qui se cachaient, - les fleurs qui regardaient déjà.
     Dans la grande rue sale, les étals se dressèrent, et l'on tira les barques vers la mer étagée là-haut comme sur les gravures.
     Le sang coula, chez Barbe-Bleue, aux abattoirs, dans les cirques, où le sceau de Dieu blêmit les fenêtres. Le sang et le lait coulèrent.
     Les castors bâtirent. Les "mazagrans" fumèrent dans les estaminets.
     Dans la grande maison de vitres encore ruisselante, les enfants en deuil regardèrent les merveilleuses images.
     Une porte claqua, et, sur la place du hameau, l'enfant tourna ses bras, compris des girouettes et des coqs des clochers de partout, sous l'éclatante giboulée.
     Madame *** établit un piano dans les Alpes. La messe et les premières communions se célébrèrent aux cent mille autels de la cathédrale.
     Les caravanes partirent. Et le Splendide-Hôtel fut bâti dans le chaos de glaces et de nuit du pôle.
     Depuis lors, la Lune entendit les chacals piaulant par les déserts de thym, - et les églogues en sabots grognant dans le verger. Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c'était le printemps.
     Sourds, étang; - écume, roule sur le pont et passe par-dessus les bois; - draps noirs et orgues, éclairs et tonnerres, montez et roulez; - eaux et tristesses, montez et relevez les déluges.
     Car depuis qu'ils se sont dissipés, - oh, les pierres précieuses s'enfouissant, et les fleurs ouvertes! - c'est un ennui! et la Reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu'elle sait, et que nous ignorons!

***

*


Barbare
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     Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays,
     Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques; (elles n'existent pas).
     Remis des vieilles fanfares d'héroïsme, - et qui nous attaquent encore le coeur et la tête, - loin des anciens assassins, -
     Oh! le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques; (elles n'existent pas).
     Douceurs!
     Les brasiers, pleuvant aux rafales de givre. - Douceurs! - Ces feux à la pluie du vent de diamants jetée par le coeur terrestre éternellement carbonisé pour nous. - O monde!
     (Loin des vieilles retraites et des vieilles flammes, qu'on entend, qu'on sent.)
     Les brasiers et les écumes. La musique, virement des gouffres et choc des glaçons aux astres.
     O douceurs, ô monde, ô musique! Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes, - ô douceurs! - et la voix féminine arrivée au fond des volcans et des grottes arctiques... - Le pavillon...

***

*


Mystique
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     Sur la pente du talus, les anges tournent leurs robes de laine, dans les herbages d'acier et d'émeraude.
     Des prés de flamme bondissent jusqu'au sommet du mamelon. A gauche, le terreau de l'arête est piétiné par tous les homicides et toutes les batailles, et tous les bruits désastreux filent leur courbe. Derrière l'arête de droite, la ligne des orients, des progrès.
     Et, tandis que la bande, en haut du tableau, est formée de la rumeur tournante et bondissante des conques des mers et des nuits humaines,
     La douceur fleurie des étoiles, et du ciel, et du reste descend en face du talus, comme un panier, contre notre face, et fait l'abîme fleurant et bleu là-dessous.

***

*


Aube
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     J'ai embrassé l'aube d'été.

     Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries se regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

     La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

     Je ris au wasserfall qui s'échevela à travers les sapins: à la cime argentée je reconnus la déesse.

     Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville, elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et, courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

     En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

     Au réveil, il était midi.

***

*


Fleurs
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     D'un gradin d'or, - parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, - je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures.
     Des pièces d'or jaune semées sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un dôme d'émeraude, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d'eau.
     Tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.

***

*


Being Beauteous
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     Devant une neige, un Être de beauté de haute taille. Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s'élargir et trembler comme un spectre ce corps adoré; des blessures écarlates et noires éclatent dans les chairs superbes. Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se dégagent autour de la vision, sur le chantier. Et les frissons s'élèvent et grondent, et la saveur forcenée de ces effets se chargeant avec les sifflements mortels et les rauques musiques que le monde, loin derrière nous, lance sur notre mère de beauté, - elle recule, elle se dresse. Oh! nos os sont revêtus d'un nouveau corps amoureux.
     O la face cendrée, l'écusson de crin, les bras de cristal! le canon sur lequel je dois m'abattre à travers la mêlée des arbres et de l'air léger!

***

*


Antique
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     Gracieux fils de Pan! Autour de ton front couronné de fleurettes et de baies, tes yeux, des boules précieuses, remuent. Tachées de lies brunes, tes joues se creusent. Tes crocs luisent. Ta poitrine ressemble à une cithare, des tintements circulent dans tes bras blonds. Ton coeur bat dans ce ventre où dort le double sexe. Promène-toi la nuit, en mouvant doucement cette cuisse, cette seconde cuisse, et cette jambe de gauche.

***

*


Royauté
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     Un beau matin, chez un peuple fort doux, un homme et une femme superbes criaient sur la place publique: "Mes amis, je veux qu'elle soit reine!" "Je veux être reine!" Elle riait et tremblait. Il parlait aux amis de révélation, d'épreuve terminée. Ils se pâmaient l'un contre l'autre.

     En effet ils furent rois toute une matinée, où les tentures carminées se relevèrent sur les maisons, et tout l'après-midi, où ils s'avancèrent du côté des jardins de palmes.

***

*


Enfance
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I

     Cette idole, yeux noirs et crin jaune, sans parents ni cour, plus noble que la fable, mexicaine et flamande; son domaine, azur et verdure insolents, court sur des plages nommées, par des vagues sans vaisseaux, de noms férocement grecs, slaves, celtiques.
     A la lisière de la forêt, - les fleurs de rêve tintent, éclatent, éclairent, - la fille à lèvre d'orange, les genoux croisés dans le clair déluge qui sourd des prés, nudité qu'ombrent, traversent et habillent les arcs-en-ciel, la flore, la mer.
     Dames qui tournoient sur les terrasses voisines de la mer; enfantes et géantes, superbes noires dans la mousse vert-de-gris, bijoux debout sur le sol gras des bosquets et des jardinets dégelés, - jeunes mères et grandes soeurs aux regards pleins de pèlerinages, sultanes, princesses de démarche et de costumes tyranniques, petites étrangères et personnes doucement malheureuses.
     Quel ennui, l'heure du "cher corps" et "cher coeur"!

II

     C'est elle, la petite morte, derrière les rosiers. - La jeune maman trépassée descend le perron. - La calèche du cousin crie sur le sable. - Le petit frère - (il est aux Indes!) là, devant le couchant, sur le pré d'oeillets, - les vieux qu'on a enterrés tout droits dans le rempart aux giroflées.
     L'essaim des feuilles d'or entoure la maison du général. Ils sont dans le midi. - On suit la route rouge pour arriver à l'auberge vide. Le château est à vendre; les persiennes sont détachées. - Le curé aura emporté la clef de l'église. - Autour du parc, les loges des gardes sont inhabitées. Les palissades sont si hautes qu'on ne voit que les cimes bruissantes. D'ailleurs il n'y a rien à voir là dedans.
     Les prés remontent au hameaux sans coqs, sans enclumes. L'écluse est levée. O les calvaires et les moulins du désert, les îles et les meules!
     Des fleurs magiques bourdonnaient. Les talus le berçaient. Des bêtes d'une élégance fabuleuse circulaient. Les nuées s'amassaient sur la haute mer faite d'une éternité de chaudes larmes.

III

     Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.

     Il y a une horloge qui ne sonne pas.

     Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.

     Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.

     Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.

     Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.

     Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse.

IV

     Je suis le saint, en prière sur la terrasse, comme les bêtes pacifiques paissent jusqu'à la mer de Palestine.

     Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque.

     Je suis le piéton de la grand'route par les bois nains; la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d'or du couchant.

     Je serais bien l'enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet suivant l'allée dont le front touche le ciel.

     Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L'air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant.

V

     Qu'on me loue enfin ce tombeau, blanchi à la chaux avec les lignes du ciment en relief, - très loin sous la terre.
     Je m'accoude à la table, la lampe éclaire très vivement ces journaux que je suis idiot de relire, ces livres sans intérêt.
     A une distance énorme au-dessus de mon salon souterrain, les maisons s'implantent, les brumes s'assemblent. La boue est rouge ou noire. Ville monstrueuse, nuit sans fin!
     Moins haut, sont des égouts. Aux côtés, rien que l'épaisseur du globe. Peut-être les gouffres d'azur, des puits de feu? C'est peut-être sur ces plans que se rencontrent lunes et comètes, mers et fables.
     Aux heures d'amertume, je m'imagine des boules de saphir, de métal. Je suis maître du silence. Pourquoi une apparence de soupirail blêmirait-elle au coin de la voûte?

***

*


Vies
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I

     O les énormes avenues du pays saint, les terrasses du temple! Qu'a-t-on fait du brahmane qui m'expliqua les Proverbes? D'alors, de là-bas, je vois encore même les vieilles! Je me souviens des heures d'argent et de soleil vers les fleuves, la main de la compagne sur mon épaule, et de nos caresses debout dans les plaines poivrées. - Un envol de pigeons écarlates tonne autour de ma pensée. - Exilé ici, j'ai eu une scène où jouer les chefs-d'oeuvre dramatiques de toutes les littératures. Je vous indiquerais les richesses inouïes. J'observe l'histoire des trésors que vous trouvâtes. Je vois la suite! Ma sagesse est aussi dédaignée que le chaos. Qu'est mon néant, auprès de la stupeur qui vous attend?

II

     Je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m'ont précédé; un musicien même, qui ai trouvé quelque chose comme la clef de l'amour. A présent, gentilhomme d'une campagne maigre au ciel sobre, j'essaie de m'émouvoir au souvenir de l'enfance mendiante, de l'apprentissage ou de l'arrivée en sabots, des polémiques, des cinq ou six veuvages, et quelques noces où ma forte tête m'empêcha de monter au diapason des camarades. Je ne regrette pas ma vieille part de gaîté divine: l'air sobre de cette aigre campagne alimente fort activement mon aigre scepticisme. Mais comme ce scepticisme ne peut désormais être mis en oeuvre, et que, d'ailleurs, je suis dévoué à un trouble nouveau, - j'attends de devenir un très méchant fou.

III

     Dans un grenier, où je fus enfermé à douze ans, j'ai connu le monde, j'ai illustré la comédie humaine. Dans un cellier j'ai appris l'histoire. A quelque fête de nuit, dans une cité du Nord, j'ai rencontré toutes les femmes des anciens peintres. Dans un vieux passage à Paris on m'a enseigné les sciences classiques. Dans une magnifique demeure cernée par l'Orient entier, j'ai accompli mon immense oeuvre et passé mon illustre retraite. J'ai brassé mon sang. Mon devoir m'est remis. Il ne faut même plus songer à cela. Je suis réellement d'outre-tombe, et pas de commissions.

***

*


Ornières
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     A droite l'aube d'été éveille les feuilles et les vapeurs et les bruits de ce coin du parc, et les talus de gauche tiennent dans leur ombre violette les mille rapides ornières de la route humide. Défilé de féeries. En effet: des chars chargés d'animaux de bois doré, de mâts et de toiles bariolées, au grand galop de vingt chevaux de cirque tachetés et les enfants, et les hommes, sur leurs bêtes les plus étonnantes; - vingt véhicule, bossés, pavoisés et fleuris comme des Carrosses anciens ou de Contes, pleins d'enfants attifés pour une pastorale suburbaine. - Même des cercueils sous leur dais de nuit dressant les panaches d'ébène, filant au trot des grandes juments bleues et noires.

***

*


Marine
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     Les chars d'argent et de cuivre,
     Les proues d'acier et d'argent,
     Battent l'écume,
     Soulèvent les souches des ronces.
     Les courants de la lande,
     Et les ornières immenses du reflux,
     Filent circulairement vers l'est,
     Vers les piliers de la forêt,
     Vers les fûts de la jetée,
     Dont l'angle est heurté par des tourbillons de lumière.
     La cascade sonne derrière les huttes d'opéra-comique. Des girandoles se prolongent, dans les vergers et les allées voisins du méandre, - les verts et les rouges du couchant. Nymphes d'Horace coiffées au Premier Empire, - Rondes sibériennes, - Chinoises de Boucher.

***

*


Mouvement
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     Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve,
     Le gouffre à l'étambot,
     La célérité de la rampe,
     L'énorme passade du courant
     Mènent par les lumières inouïes
     Et la nouveauté chimique
     Les voyageurs entourés des trombes du val
     Et du strom.

     Ce sont les conquérants du monde
     Cherchant la fortune chimique personnelle,
     Le sport et le confort voyagent avec eux;
     Ils emmènent l'éducation
     Des races, des classes et des bêtes, sur ce vaisseau
     Repos et vertige
     A la lumière diluvienne,
     Aux terribles soirs d'étude.

     Car de la causerie parmi les appareils, le sang, les fleurs, le feu, les bijoux,
     Des comptes agités à ce bord fuyard,
     - On voit, roulant comme une digue au-delà de la route hydraulique motrice,
     Monstrueux, s'éclairant sans fin, - leur stock d'études;
     Eux chassés dans l'extase harmonique,
     Et l'héroïsme de la découverte.

     Aux accidents atmosphériques les plus surprenants,
     Un couple de jeunesse, s'isole sur l'arche,
     - Est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne? -
     Et chante et se poste.

***

*


Villes
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     Ce sont des villes! C'est un peuple pour qui se sont montés ces Alleghanys et ces Libans de rêve! Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Les vieux cratères ceints de colosses et de palmiers de cuivre rugissent mélodieusement dans les feux. Des fêtes amoureuses sonnent sur les canaux pendus derrière les chalets. La chasse des carillons crie dans les gorges. Des corporations de chanteurs géants accourent dans des vêtements et des oriflammes éclatants comme la lumière des cimes. Sur les plates-formes au milieu des gouffres, les Rolands sonnent leur bravoure. Sur les passerelles de l'abîme et les toits des auberges l'ardeur du ciel pavoise les mâts. L'écroulement des apothéoses rejoint les champs des hauteurs où les centauresses séraphiques évoluent parmi les avalanches. Au-dessus du niveau des plus hautes crêtes, une mer troublée par la naissance éternelle de Vénus, chargée de flottes orphéoniques et de la rumeur des perles et des conques précieuses, la mer s'assombrit parfois avec des éclats mortels. Sur les versants, des moissons de fleurs grandes comme nos armes et nos coupes, mugissent. Des cortèges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines. Là-haut, les pieds dans la cascade et les ronces, les cerfs tètent Diane. Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune brûle et hurle. Vénus entre dans les cavernes des forgerons et des ermites. Des groupes de beffrois chantent les idées des peuples. Des châteaux bâtis en os sort la musique inconnue. Toutes les légendes évoluent et les élans se ruent dans les bourgs. Le paradis des orages s'effondre. Les sauvages dansent sans cesse la Fête de la Nuit. Et, une heure, je suis descendu dans le mouvement d'un boulevard de Bagdad où des compagnies ont chanté la joie du travail nouveau, sous une brise épaisse, circulant sans pouvoir éluder les fabuleux fantômes des monts où l'on a dû se retrouver.
     Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette région d'où viennent mes sommeils et mes moindres mouvements?

***

*


Villes
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     L'acropole officielle entre les conceptions de la barbarie moderne les plus colossales; impossible d'exprimer le jour mat produit par le ciel, immuablement gris, l'éclat impérial des bâtisses, et la neige éternelle du sol. On a reproduit, dans un goût d'énormité singulier, toutes les merveilles classiques de l'architecture, et j'assiste à des expositions de peinture dans des locaux vingt fois plus vastes qu'Hampton-Court. Quelle peinture! Un Nabuchodonosor norwégien a fait construire les escaliers des ministères; les subalternes que j'ai pu voir sont déjà plus fiers que des Brennus, et j'ai tremblé à l'aspect des gardiens de colosses et officiers de construction. Par le groupement des bâtiments en squares, cours et terrasses fermées, on a enivré les cochers. Les parcs représentent la nature primitive travaillée par un art superbe, le haut quartier a des parties inexplicables: un bras de mer, sans bateaux, roule sa nappe de grésil bleu entre des quais chargés de candélabres géants. Un pont court conduit à une poterne immédiatement sous le dôme de la Sainte-Chapelle. Ce dôme est une armature d'acier artistique de quinze mille pieds de diamètre environ.
     Sur quelques points des passerelles de cuivre, des plates-formes, des escaliers qui contournent les halles et les piliers, j'ai cru pouvoir juger de la profondeur de la ville! C'est le prodige dont je n'ai pu me rendre compte: quels sont les niveaux des autres quartiers sur ou sous l'acropole? Pour l'étranger de notre temps la reconnaissance est impossible. Le quartier commerçant est un circus d'un seul style, avec galeries à arcades. On ne voit pas de boutiques, mais la neige des chaussées est écrasée; quelques nababs, aussi rares que les promeneurs d'un matin de dimanche à Londres, se dirigent vers une diligence de diamants. Quelques divans de velours rouge: on sert des boissons polaires dont le prix varie de huit cents à huit mille roupies. A l'idée de chercher des théâtres sur ce circus, je me réponds que les boutiques doivent contenir des drames assez sombres. Je pense qu'il y a une police; mais la loi doit être tellement étrange, que je renonce à me faire une idée des aventuriers d'ici.
     Le faubourg, aussi élégant qu'une belle rue de Paris, est favorisé d'un air de lumière, l'élément démocratique compte quelque cent âmes. Là encore, les maisons ne se suivent pas; le faubourg se perd bizarrement dans la campagne, le "Comté" qui remplit l'occident éternel des forêts et des plantations prodigieuses où les gentilshommes sauvages chassent leurs chroniques sous la lumière qu'on a créée.

***

*


Métropolitain
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     Du détroit d'Indigo aux mers d'Ossian, sur le sable rose et orange qu'a lavé le ciel vineux, viennent de monter et de se croiser des boulevards de cristal habités incontinent par de jeunes familles pauvres qui s'alimentent chez les fruitiers. Rien de riche. - La ville.

     Du désert de bitume fuient droit, en déroute avec les nappes de brumes échelonnées en bandes affreuses au ciel qui se recourbe, se recule et descend formé de la plus sinistre fumée noire que puisse faire l'Océan en deuil, les casques, les roues, les barques, les croupes. - La bataille!

     Lève la tête: ce pont de bois, arqué; ces derniers potagers; ces masques enluminés sous la lanterne fouettée par la nuit froide; l'ombre niaise à la robe bruyante, au bas de la rivière; ces crânes lumineux dans les plants de pois, - et les autres fantasmagories. - La campagne.

     Ces routes bordées de grilles et de murs, contenant à peine leurs bosquets, et les atroces fleurs qu'on appellerait coeurs et soeurs, damas damnant de langueur, - possession de féeriques aristocraties ultra-rhénanes, Japonaises, Guaranies, propres encore à recevoir la musique des anciens - et il y a des auberges qui, pour toujours, n'ouvrent déjà plus; - il y a des princesses, et si tu n'es pas trop accablé, l'étude des astres. - Le ciel.

     Le matin où, avec Elle, vous vous débattîtes parmi ces éclats de neige, ces lèvres vertes, ces glaces, ces drapeaux noirs et ces rayons bleus, et ces parfums pourpres du soleil des pôles. - Ta force.

***

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Promontoire
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     L'aube d'or et la soirée frissonnante trouvent notre brick au large en face de cette villa et de ses dépendances qui forment un promontoire aussi étendu que l'Épire et le Péloponnèse, ou que la grande île du Japon, ou que l'Arabie! Des fanums qu'éclaire la rentrée des théories; d'immenses vues de la défense des côtes modernes; des dunes illustrées de chaudes fleurs et de bacchanales; de grands canaux de Carthage et des embankments d'une Venise louche; de molles éruptions d'Etnas et des crevasses de fleurs et d'eaux. Des glaciers, des lavoirs entourés de peupliers d'Allemagne, des talus de parcs singuliers; et les façades circulaires des "Royal" ou des "Grand" de quelque Brooklin; et leurs railways flanquent, creusent, surplombent les dispositions de cet hôtel, choisies dans l'histoire des plus élégantes et des plus colossales constructions de l'Italie, de l'Amérique et de l'Asie, dont les fenêtres et les terrasses, à présent pleines d'éclairages, de boissons et de brises riches, sont ouvertes à l'esprit des voyageurs et des nobles, qui permettent aux heures du jour, à toutes les tarentelles illustres de l'art de décorer merveilleusement les façades de Palais Promontoire.

***

*


Scènes
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     L'ancienne Comédie poursuit ses accords et divise ses idylles;
     Des boulevards de tréteaux.
     Un long pier en bois d'un bout à l'autre d'un champ rocailleux où la foule barbare évolue sous les arbres dépouillés.
     Dans des corridors de gaze noire, suivant le pas des promeneurs aux lanternes et aux feuilles,
     Des oiseaux comédiens s'abattent sur un ponton de maçonnerie mu par l'archipel couvert des embarcations des spectateurs.
     Des scènes lyriques, accompagnées de flûte et de tambour, s'inclinent dans des réduits ménagés sur les plafonds autour des salons de clubs modernes ou des salles de l'Orient ancien.
     La féerie manoeuvre au sommet d'un amphithéâtre couronné de taillis, - ou s'agite et module pour les Béotiens, dans l'ombre des futaies mouvantes, sur l'arête des cultures.
     L'opéra-comique se divise sur notre scène à l'arête d'intersection de dix cloisons dressées de la galerie aux feux.

***

*


Parade
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     Des drôles très solides. Plusieurs ont exploité vos mondes. Sans besoin, et peu pressés de mettre en oeuvre leurs brillantes facultés et leur expérience de vos consciences. Quels hommes mûrs! Des yeux hébétés à la façon de la nuit d'été, rouges et noirs, tricolorés, d'acier piqué d'étoiles d'or; des faciès déformés, plombés, blêmis, incendiés; des enrouements folâtres! La démarche cruelle des oripeaux! - Il y a quelques jeunes, - comment regardaient-ils Chérubin? - pourvus de voix effrayantes et de quelques ressources dangereuses. On les envoie prendre du dos en ville, affublés d'un luxe dégoûtant.
     O le plus violent Paradis de la grimace enragée! Pas de comparaison avec vos Fakirs et les autres bouffonneries scéniques. Dans des costumes improvisés, avec le goût du mauvais rêve, ils jouent des complaintes, des tragédies de malandrins de demi-dieux spirituels comme l'histoire ou les religions ne l'ont jamais été. Chinois, Hottentots, bohémiens, niais, hyènes, Molochs, vieilles démences, démons sinistres, ils mêlent leurs tours populaires, maternels, avec les poses et les tendresses bestiales. Ils interpréteraient des pièces nouvelles et des chansons "bonnes filles". Maîtres jongleurs, ils transforment le lieu et les personnes et usent de la comédie magnétique. Les yeux flambent, le sang chante, les os s'élargissent, les larmes et des filets rouges ruissellent. Leur raillerie ou leur terreur dure une minute, ou des mois entiers.
     J'ai seul la clef de cette parade sauvage.

***

*


Ville
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     Je suis un éphémère et point trop mécontent citoyen d'une métropole crue moderne, parce que tout goût connu a été éludé dans les ameublements et l'extérieur des maisons aussi bien que dans le plan de la ville. Ici vous ne signaleriez les traces d'aucun monument de superstition. La morale et la langue ont été réduites à leur plus simple expression, enfin! Ces millions de gens qui n'ont pas besoin de se connaître amènent si pareillement l'éducation, le métier et la vieillesse, que ce cours de vie doit être plusieurs fois moins long que ce qu'une statistique folle trouve pour les peuples du Continent. Aussi comme, de ma fenêtre, je vois des spectres nouveaux roulant à travers l'épaisse et éternelle fumée de charbon, - notre ombre des bois, notre nuit d'été! - des Érinnyes nouvelles, devant mon cottage qui est ma patrie et tout mon coeur puisque tout ici ressemble à ceci - la Mort sans pleurs, notre active fille et servante, un Amour désespéré et un joli Crime piaulant dans la boue de la rue.

***

*


Départ
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     Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
     Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
     Assez connu. Les arrêts de la vie. - O rumeurs et Visions!
     Départ dans l'affection et le bruit neufs!

***

*


A une raison
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     Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie.
     Un pas de toi, c'est la levée des nouveaux hommes et leur en-marche.
     Ta tête se détourne: le nouvel amour! Ta tête se retourne: le nouvel amour!
     "Change nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps", te chantent ces enfants. "Élève n'importe où la substance de nos fortunes et de nos voeux", on t'en prie.
     Arrivée de toujours, tu t'en iras partout.

***

*


H
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     Toutes les monstruosités violent les gestes atroces d'Hortense. Sa solitude est la mécanique érotique; sa lassitude, la dynamique amoureuse. Sous la surveillance d'une enfance, elle a été, à des époques nombreuses, l'ardente hygiène des races. Sa porte est ouverte à la misère. Là, la moralité des êtres actuels se décorpore en sa passion ou en son action. - O terrible frisson des amours novices sur le sol sanglant et par l'hydrogène clarteux! trouvez Hortense.

***

*


Angoisse
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     Se peut-il qu'Elle me fasse pardonner les ambitions continuellement écrasées, - qu'une fin aisée répare les âges d'indigence, - qu'un jour de succès nous endorme sur la honte de notre inhabileté fatale?
     (O palmes! diamant! - Amour, force! - plus haut que toutes joies et gloires! - de toutes façons, partout, - démon, dieu, - jeunesse de cet être-ci: moi!)
     Que les accidents de féerie scientifique et des mouvements de fraternité sociale soient chéris comme restitution progressive de la franchise première...
     Mais la Vampire qui nous rend gentils commande que nous nous amusions avec ce qu'elle nous laisse, ou qu'autrement nous soyons plus drôles.
     Rouler aux blessures, par l'air lassant et la mer; aux supplices, par le silence des eaux et de l'air meurtriers; aux tortures qui rient, dans leur silence atrocement houleux.

***

*


Bottom
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     La réalité étant trop épineuse pour mon grand caractère, - je me trouvai néanmoins chez ma dame, en gros oiseau gris s'essorant vers les moulures du plafond et traînant l'aile dans les ombres de la soirée.
     Je fus au pied du baldaquin supportant ses bijoux adorés et ses chefs-d'oeuvre physiques, un gros ours aux gencives violettes et au poil chenu de chagrin, les yeux aux cristaux et aux argents des consoles.
     Tout se fit ombre et aquarium ardent. Au matin, - aube de juin batailleuse, - je courus aux champs, âne, claironnant et brandissant mon grief, jusqu'à ce que les Sabines de la banlieue vinrent se jeter à mon poitrail.

***

*


Veillées
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I

     C'est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.
     C'est l'ami ni ardent ni faible. L'ami.
     C'est l'aimée ni tourmentante ni tourmentée. L'aimée.
     L'air et le monde point cherchés. La vie.
     - Était-ce donc ceci?
     - Et le rêve fraîchit.

II

     L'éclairage revient à l'arbre de bâtisse. Des deux extrémités de la salle, décors quelconques, des élévations harmoniques se joignent. La muraille en face du veilleur est une succession psychologique de coupes, de frises, de bandes atmosphériques et d'accidents géologiques. - Rêve intense et rapide de groupes sentimentaux avec des êtres de tous les caractères parmi toutes les apparences.

III

     Les lampes et les tapis de la veillée font le bruit des vagues, la nuit, le long de la coque et autour du steerage.
     La mer de la veillée, telle que les seins d'Amélie.
     Les tapisseries, jusqu'à mi-hauteur, des taillis de dentelle, teinte d'émeraude, où se jettent les tourterelles de la veillée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
     La plaque du foyer noir, de réels soleils des grèves: ah! puits des magies; seule vue d'aurore, cette fois.

     

***

*


Nocturne vulgaire
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     Un souffle ouvre des brèches opéradiques dans les cloisons, - brouille le pivotement des toits rongés, - disperse les limites des foyers, - éclipse les croisées. Le long de la vigne, m'étant appuyé du pied à une gargouille, - je suis descendu dans ce carrosse dont l'époque est assez indiquée par les glaces convexes, les panneaux bombés et les sophas contournés. Corbillard de mon sommeil, isolé, maison de berger de ma niaiserie, le véhicule vire sur le gazon de la grande route effacée: et dans un défaut en haut de la glace de droite tournaient les blêmes figures lunaires, feuilles, seins; - Un vert et un bleu très foncés envahissent l'image. Dételage aux environs d'une tache de gravier.      - Ici va-t-on siffler pour l'orage, et les Sodomes et les Solymes. Et les bêtes féroces et les armées,
     - (Postillon et bêtes de songe reprendront-ils sous les suffocantes futaies, pour m'enfoncer jusqu'aux yeux dans la source de soie?).
     - Et nous envoyer, fouettés à travers les eaux clapotantes et les boissons répandues rouler sur l'aboi des dogues...
     - Un souffle disperse les limites du foyer.

***

*


Matinée d'ivresse
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     O mon Bien! O mon Beau! Fanfare atroce où je ne trébuche point! Chevalet féerique! Hourra pour l'oeuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois! Cela commença sous les rires des enfants, cela finira par eux. Ce poison va rester dans toutes nos veines, même quand, la fanfare tournant, nous serons rendu à l'ancienne inharmonie. O maintenant, nous si digne de ces tortures! Rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite à notre corps et à notre âme créés: cette promesse, cette démence! L'élégance, la science, la violence! On nous a promis d'enterrer dans l'ombre l'arbre du bien et du mal, de déporter les honnêtetés tyranniques, afin que nous amenions notre très pur amour. Cela commença par quelques dégoûts et cela finit, - ne pouvant nous saisir sur-le-champ de cette éternité, - cela finit par une débandade de parfums.
     Rire des enfants, discrétions des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d'ici, sacrés soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commençait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace.
     Petite veille d'ivresse, sainte! quand ce ne serait que pour le masque dont tu nous as gratifié. Nous t'affirmons, méthode! Nous n'oublions pas que tu as glorifié hier chacun de nos âges. Nous avons foi au poison. Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours.
     Voici le temps des ASSASSINS.

***

*


Phrases
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     Quand le monde sera réduit en un seul bois noir pour nos quatre yeux étonnés, - en une plage pour deux enfants fidèles, - en une maison musicale pour notre claire sympathie, - je vous trouverai.
     Qu'il n'y ait ici-bas qu'un vieillard seul, calme et beau, entouré d'un luxe inouï, et je suis à vos genoux.
     Que j'aie réalisé tous vos souvenirs, - que je sois celle qui sais vous garrotter, - je vous étoufferai.

     Quand nous sommes très forts, - qui recule? très gais, - qui tombe de ridicule? Quand nous sommes très méchants, - que ferait-on de nous?
     Parez-vous, dansez, riez. Je ne pourrai jamais envoyer l'Amour par la fenêtre.
     Ma camarade, mendiante, enfant monstre! comme ça t'est égal, ces malheureuses et ces manoeuvres, et mes embarras. Attache-toi à nous avec ta voix impossible, ta voix! unique flatteur de ce vil désespoir.

     Une matinée couverte, en Juillet. Un goût de cendres vole dans l'air; - une odeur de bois suant dans l'âtre, - les fleurs rouies, - le saccage des promenades, - la bruine des canaux par les champs, - pourquoi par déjà les joujoux et l'encens?

     J'ai tendu des cordes de clocher à clocher; des guirlandes de fenêtre à fenêtre; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse.

     Le haut étang fume continuellement. Quelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc? Quelles violettes frondaisons vont descendre?

     Pendant que les fonds publics s'écoulent en fêtes de fraternité, il sonne une cloche de feu rose dans les nuages.

     Avivant un agréable goût d'encre de Chine, une poudre noire pleut doucement sur ma veillée. - Je baisse les feux du lustre, je me jette sur le lit, et, tourné du côté de l'ombre, je vous vois, mes filles! mes reines!

***

*


Conte
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     Un Prince était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe. Il voulait voir la vérité, l'heure du désir et de la satisfaction essentiels. Que ce fût ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins un assez large pouvoir humain.
     Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées. Quel saccage du jardin de la beauté! Sous le sabre, elles le bénirent. Il n'en commanda point de nouvelles. - Les femmes réapparurent.
     Il tua tous ceux qui le suivaient, après la chasse ou les libations. - Tous le suivaient.
     Il s'amusa à égorger les bêtes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pièces. La foule, les toits d'or, les belles bêtes existaient encore.
     Peut-on s'extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruauté! Le peuple ne murmura pas. Personne n'offrit le concours de ses vues.
     Un soir il galopait fièrement. Un Génie apparut, d'une beauté ineffable, inavouable même. De sa physionomie et de son maintient ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe! d'un bonheur indicible, insupportable même! Le Prince et le Génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle. Comment n'auraient-ils pas pu en mourir. Ensemble donc ils moururent.
     Mais ce Prince décéda, dans son palais, à un âge ordinaire. Le prince était le Génie. Le Génie était le Prince. - La musique savante manque à notre désir.

***

*


Honte
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     Tant que la lame n'aura
     Pas coupé cette cervelle,
     Ce paquet blanc, vert et gras,
     A vapeur jamais nouvelle,

     (Ah! Lui, devrait couper son
     Nez, sa lèvre, ses oreilles,
     Son ventre! et faire abandon
     De ses jambes! Ô merveille!)

     Mais, non; vrai, je crois que tant
     Que pour sa tête la lame,
     Que les cailloux pour son flanc,
     Que pour ses boyaux la flamme,

     N'auront pas agi, l'enfant
     Gêneur, la si sotte bête,
     Ne doit cesser un instant
     De ruser et d'être traître,

     Comme un chat des Monts-Rocheux,
     D'empuantir toutes sphères!
     Qu'à sa mort pourtant, ô mon Dieu!
     S'élève quelque prière!

***

*


Vagabonds
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     Pitoyable frère! Que d'atroces veillées je lui dus! "Je ne me saisissais pas fervemment de cette entreprise. Je m'étais joué de son infirmité. Par ma faute nous retournerions en exil, en esclavage." Il me supposait un guignon et une innocence très bizarres, et il en ajoutait des raisons inquiétantes.
     Je répondais en ricanant à ce satanique docteur, et finissais par gagner la fenêtre. Je créais, par delà la campagne traversée par des bandes de musique rare, les fantômes du futur luxe nocturne.
     Après cette distraction vaguement hygiénique, je m'étendais sur une paillasse. Et, presque chaque nuit, aussitôt endormi, le pauvre frère se levait, la bouche pourrie, les yeux arrachés, - tel qu'il se rêvait! - et me tirait dans la salle en hurlant son songe de chagrin idiot.
     J'avais en effet, en toute sincérité d'esprit, pris l'engagement de le rendre à son état primitif de fils du Soleil, - et nous errions, nourris du vin des Cavernes et du biscuit de la route, moi pressé de trouver le lieu et la formule.

***

*


 
top
     Nous sommes tes grands parents.
          Les grands
     Couverts des froides sueurs
     De la terre et des verdures.
     Nos vins secs avaient du coeur.
     Au soleil sans imposture
     Que faut-il à l'homme? Boire...

     Moi. - Mourir aux fleuves barbares.

     Nous sommes tes grands parents
          Des champs...
     L'eau est au fond des osiers...
     Vois le courant du fossé
     Autour du château mouillé...
     Descendons dans nos celliers
     Après le cidre, ou le lait...

     Moi. - Aller où boivent les vaches.

     Nous sommes tes grands parents
          Tiens, prends...
     Les liqueurs dans nos armoires.
     Le thé, le café, si rares,
     Frémissent dans les bouilloires.
     Vois les images; les fleurs:
     Nous entrons du cimetière...

     Moi. - Ah! Tarir toutes les urnes.

          Éternelles Ondines,
          Divisez l'eau fine;
          Vénus, soeur de l'azur,
          Émeus le flot pur.

          Juifs errants de Norwège,
               Dites-moi la neige;
          Anciens exilés chers,
               Dites-moi la mer...

     - Non, plus ces boissons pures,
     Ces fleurs d'eau pour verres;
     Légendes ni figures
     Ne me désaltérèrent;
     Chansonnier, ta filleule
     C'est ma soif si folle;
     Hydre intime, sans gueule,
     Qui mine et désole!

     Viens! les vins sont aux plages,
     Et les flots, par millions!
     Vois le bitter sauvage
     Rouler du haut des monts;

     Gagnons, pèlerins sages,
     L'absinthe aux verts piliers...

     Moi. - Plus ces paysages
          Qu'est l'ivresse, amis?
          J'aime autant, mieux, même
          Pourrir dans l'étang,
          Sous l'affreuse crème,
          Près des bois flottants.

     Peut-être un soir m'attend
     Où je boirai tranquille
     En quelque bonne ville,
     Et mourrai ... ontent
     Puisque je s ... tent.

     Si mon mal se résigne,
     Si jamais j'ai quelque or,
     Choisirai-je le Nord
     Ou les pays des vignes?...
     Ah! songer est indigne,

     Puisque c'est pure perte;
     Et si je redeviens
     Le voyageur ancien
     Jamais l'auberge verte
     Ne peut bien m'être ouverte.

     Les pigeons qui tremblent dans la prairie;
     Le gibier qui court et qui voit la nuit;
     Les bêtes des eaux, la bête asservie;
     Les derniers papillons; ont soif aussi.

     Mais fondre où fond ce nuage sans guide...
     Oh! favorisé de ce qui soit frais,
     Expirer en ces violettes humides
     Dont les aurores chargent ces forêts.

***

*


Chanson de la plus haute tour
top

     Oisive jeunesse
     A tout asservie,
     Par délicatesse
     J'ai perdu ma vie.
     Ah! que le temps vienne
     Où les coeurs s'éprennent!

     Je me suis dit: Laisse,
     Et qu'on ne te voie.
     Et sans la promesse
     De plus hautes joies.
     Que rien ne t'arrête,
     Auguste retraite.

     O mille veuvages
     De la si pauvre âme
     Qui n'a que l'image
     De la Notre-Dame:
     Est-ce que l'on prie
     La Vierge Marie?

     J'ai tant fait patience
     Qu'à jamais j'oublie.
     Craintes et souffrances
     Aux cieux sont parties
     Et la soif malsaine
     Obscurcit mes veines.

     Ainsi la prairie
     A l'oubli livrée;
     Grandie et fleurie
     D'encens et d'ivraies;
     Au bourdon farouche
     De cent sales mouches.

     Oisive jeunesse
     A tout asservie,
     Par délicatesse
     J'ai perdu ma vie.
     Ah! que le temps vienne
     Où les coeurs s'éprennent!

***

*


Ouvriers
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     O cette chaude matinée de février! Le Sud inopportun vint relever nos souvenirs d'indigents absurdes, notre jeune misère.
     Henrika avait une jupe de coton à carreaux blanc et brun, qui a dû être portée au siècle dernier, un bonnet à rubans, et un foulard de soie. C'était bien plus triste qu'un deuil. Nous faisions un tour dans la banlieue. Le temps était couvert et ce vent du Sud excitait toutes les vilaines odeurs des jardins ravagés et des prés desséchés.
     Cela ne devait pas fatiguer ma femme au même point que moi. Dans une flache laissée par l'inondation du mois précédent à un sentier assez haut, elle me fit remarquer de très petits poissons.
     La ville avec sa fumée et ses bruits de métiers, nous suivait très loin dans les chemins. O l'autre monde, l'habitation bénie par le ciel, et les ombrages! Le Sud me rappelait les misérables incidents de mon enfance, mes désespoirs d'été, l'horrible quantité de force et de science que le sort a toujours éloignée de moi. Non! nous ne passerons pas l'été dans cet avare pays où nous ne serons jamais que des orphelins fiancés. Je veux que ce bras durci ne traîne plus une chère image.
     Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bouclés, d'autres descendant en obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D'autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent, et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymne publics? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.

***

*


 
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     O saisons, ô châteaux,
     Quelle âme est sans défauts?

     O saisons, ô châteaux,

     J'ai fait la magique étude

Par andoar - Publié dans : alliés substanciels
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Mercredi 1 juin 2005

FRAGMENTS

Ces fragments sont tirés des Stromates de saint Clément d'Alexandrie ; mais ils portent un tel caractère de doctrine chrétienne que le lecteur doit les considérer comme une preuve de plus que l'école d'Alexandrie n'a pas été étrangère à la réaction des oeuvres d'Orphée.

I.

II n'y a qu'un seul pouvoir, qu'une seule divinité, le vaste ciel qui nous entoure de ses feux ! Lui seul a loin créé. En lui roule la création, le feu, l'eau et la terre.

II.

Dieu fait toujours naître une douleur des félicités humaines. Ce sont les horreurs de la guerre et les larmes qu'elles font couler.

III.

De sa main droite, il (Dieu) touche de toutes parts aux extrémités de l'Océan, et la terre roule sous ses pieds. 

IV.

A DIEU.

Roi de l'air et des enfers, roi de la terre et des ondes, toi dont le tonnerre ébranle l'Olympe, toi que redoutent les Génies et que craignent les dieux, toi à qui obéissent les Parques inflexibles pour tout autre ; père immortel de la mère (ou toi qui es à la fois le père et la mère), toi dont la colère secoue le monde entier, toi qui déchaînes les vents, enveloppes la terre de nuages et sillonnes de tourbillons de feu la vaste étendue des airs ; la loi qui régit les astres et qui marque le temps de leurs révolutions émane de toi ; auprès de ton trône étincelant se tiennent les anges infatigables, dont la tache est de veiller aux besoins des mortels et à l'accomplissement de leurs devoirs. Le printemps qui se couronne de fleurs nouvelles et qui se pare de ses brillantes couleurs, est une création de ta volonté comme également l'hiver avec les nuages glacés qui l'environnent : et les fruits de l'automne, les raisins de Bacchus, c'est encore à toi que nous les devons .....
Inaccessible aux coups de la mort, ton nom ne peut se révéler qu'à des immortels. Viens, ô le plus grand des dieux ! accompagné de l'inflexible nécessité ; viens, dieu terrible, invincible, grand immortel, toi que l'air couronne. 

V.

Tout te qu'il cachait dans le sanctuaire de son cœur, il le fit éclater à la brillante lumière du soleil sous la forme des grandes actions. 

VI.

Aie toujours les yeux fixés sur les préceptes divins et ne les en détache pas : scrute toujours d'un regard sévère les profondeurs intellectuelles de ton âme, marche d'un pas ferme dans la voie droite et ne contemple que le roi immortel de l'univers. 

VII.

Il (Dieu) ne s'est révélé qu'à un descendant d'une famille chaldéenne. Cet homme connaissait le cours du soleil et la révolution circulaire que cet astre, toujours à la même distance de son axe, accomplit autour du globe terrestre. Il savait aussi comment le même astre guide autour des flots ses coursiers rapides comme les vents .
...... Inébranlable, il est assis au plus haut du ciel sur un trône d'or et la terre roule sous ses pieds. De la main droite, il touche aux extrémités de l'océan : sa colère ébranle les montagnes jusque dans leurs fondements ; elles ne peuvent supporter le poids de son courroux. Il est partout quoique le ciel soit sa demeure, et c'est lui qui accomplit toutes choses sur la terre, car il est le commencement, le milieu et la fin de toutes choses. Que dis-je ? il n'est pas même permis de le nommer. Rien que de penser à lui, tout mon corps frissonne ; car c'est lui qui d'en haut dirige tout ici-bas

 

HYMNES

TRADUITES PAR M. ERNEST FALCONNET.

I.

LE PARFUM DE LA DÉESSE QUI VEILLE AUX PORTES.

Le Styrax.

Écoute mes chants, ô vénérable déesse, toi qui protèges les couches des femmes, toi qui aimes les mystères de la génération ; protectrice du sexe féminin, déesse qui présides aux noces, salut. Tu es douce, tu es bonne, tu es agréable pour tous les hommes. Tu habites les édifices de tous les mortels et tu fréquentes leurs festins. Tu es invisible, mais tu veilles toujours à tous les enfantements. Tu prends pitié de ceux qui sont difficiles et tu te réjouis de ceux qui se multiplient. C'est toi qu'invoquent les femmes enceintes, toi qui peux apporter un allégement à leurs souffrances, car c'est toi qui toujours veilles sur la partie de la femme où cesse le sein. O Artémise bienveillante, de qui dépendent les heureuses délivrances, accorde-moi une agréable progéniture, préside aux douleurs des femmes qui accouchent, et conserve-les comme les conserve Junon l'excellente protectrice.

II.

LE PARFUM DE LA NUIT.

Je t'invoque, ô déesse qui engendres les dieux et les hommes. La nuit est le principe de toutes choses. Écoute-moi, grande déesse, tour a tour voilée d'obscurité ou couverte d'un brillant manteau d'étoiles. Tu aimes les lieux habités par le sommeil silencieux et par l'agréable paresse ; bonne déesse qui te plais aux festins, la mère des songes, ennemis de toutes les inquiétudes, et du repos, la plus tranquille de toutes les choses. Amie de tous, précédée du crépuscule, tu habites tour à tour la terre et le ciel ; tu viens du Tartare et tu retournes à l'Orcus en chassant devant toi la lumière, car les lois éternelles des choses t'y contraignent irrévocablement. Sois présente à nos chants, ô vénérable déesse aimée de tous, écoute les humbles prières de ceux qui te supplient ; déesse, viens à nous en fuyant les images incertaines du crépuscule.

III.

PARFUM D'OURANOS.  

L'encens

Ouranos, père de toutes choses, partie éternellement agissante du monde, principe et fin de tout l'univers, toi qui fais rouler la terre dans des cercles immenses, demeure des immortels qui tournes en tourbillonnant dans les sphères infinies, dieu céleste et terrestre qui gardes et qui voiles toutes choses, qui résumes en toi seul toutes les lois éternelles de la nature, père éternel, puissant, indomptable, changeant toujours de forme, protecteur universel, créateur de Saturne, le plus grand des dieux, viens à mes prières et accorde la vie au jeune enfant qui sert les mystères.

IV.

PARFUM DE L'ÉTHER.

Le Safran.

Flamme sacrée, qui veilles éternellement dans les palais élevés de Jupiter, portion toute puissante des étoiles, du soleil et de la lune, Éther dominateur de toutes choses, ardeur vivante de tout ce qui respire, toi qui règnes dans les hauteurs azurées, noble élément du monde, fleur flamboyante, rayon radieux, je te supplie avec prière d'être pour moi innocent et tempéré.

V.

PARFUM DU PRIMIGENIUS (DU PREMIER ÉLÉMENT GÉNÉRATEUR.)

La Myrrhe.

Je t'invoque grand couple primigène, toi qui vogues dans les airs et qui te soutiens sur des ailes d'or, semence génitrice et féconde des dieux et des hommes, divinité célèbre et mémorable sur la terre primitive, noble germe des autres divinités, qui as éloigné de tous les yeux la profonde obscurité qui les aveuglait dans le principe, toi qui planes sur les murailles du monde soutenu par tes ailes qui sont des signes favorables, toi qui répands la lumière et qui as pris de là le nom de Phanète (Lunus), dieu de la nuit, bienheureux immortel, sois-nous favorable, assiste aux sacrifices des prêtres , aux expiations universelles qu'ils te présentent.

VI.

PARFUM DES ASTRES.

Les Aromates.

Lumière flamboyante, signaux brillants du ciel, je vous invoque d'une chaste voix, vous et les génies du firmament arrondi, astres étincelants du monde, compagnons bien-aimés de la nuit, parcourant dans vos immenses orbites toutes les cavités du ciel , origine primitive de toutes choses , vous qui annoncez les destinées et indiquez les lois sévères de l'avenir ! flambeaux de la route du firmament indiquée aux premiers mortels, tribuns aériens du camp céleste, nation inquiète, toujours vague et voyageuse, nation nocturne, éparse sur le manteau sombre des nuits, flammes scintillantes, joyeuses et pleines de vigilance, je vous invoque pour les mystères sacrés de votre culte : faites briller une lueur favorable aux sacrifices par lesquels nous vous adorons.

VII.

PARFUM DU SOLEIL.

L'Encens.

O dieu dont l'œil éternel embrasse tous les ouvrages, Titan illustre, lumière toute-puissante, lumière infatigable, miroir animé de tout ce qui respire, père du matin lorsque tu es sur la droite, et de la nuit quand tu arrives à gauche, modérateur du temps, traîné par quatre chevaux à la course retentissante ; torrent de feu, aimable divinité, achevant la course par un rapide tourbillon ;  conducteur favorable des hommes pieux et hostile aux méchants ; toi qui sur ta lyre fais entendre des sons harmonieux , maître des ouvrages qui réussissent, père des tempêtes, dieu tout-puissant , rayonnant et agile, oeil du monde étoilé, qui meurs et revis chaque jour dans des flammes immortelles ; grand inquisiteur de la justice, maître du monde, fils de Jupiter, toujours présent pour les mortels, lumière de la vie , toi qui de ton fouet sifflant précipites la course de ton char attelé de quatre chevaux, nous te supplions, accorde une vie heureuse aux jeunes enfant qui se dévouent à tes mystères.

VIII. 

PARFUM DE LA LUNE.

Les Aromates.

O reine puissante, Séléné, la plus illustre des vierges, lune vigilante, habitante des airs, compagne fidèle de la nuit, lune escortée de tes fidèles étoiles, tour à tour nouvelle et devenant plus vieille, toujours brillante ; mère des siècles, toi qui protèges tous les hommes, légère de sommeil, et présidant aux signes enflammés des cieux, amante de la joie aimable et de la paix, sois présente, ô vierge splendide, brillante , étoilée, protège nos sacrifices.

IX.

PARFUM DE LA NATURE.

Les Aromates.

Nature toute-puissante, habile et sachant toutes choses, ouvrière majestueuse, reine superbe, victorieuse et invincible, vivante pour tous, la plus honorable, la plus magnifique de toutes les choses i;vierge née la première, vierge éternelle, force toute-puissante qui guides dans la nuit les étoiles des cieux, vierge dont les pieds rapides ne posent à terre que des traces légères ; toi qui ornes les dieux, fin infinie de toutes choses, commune à tous et inconnue dans tes secrètes profondeurs, née de toi-même sans père, illustre par tes vertus ; divinité merveilleuse et fleurie qui portes en toi toute les divinités ; divinité qui produis et nourris tout, qui habites le ciel et la terre et qui imposes encore tes lois aux ondes toutes-puissantes, toujours redoutable aux méchants et toujours amie des justes ; reine toute-puissante, victorieuse, éternelle ; déesse des jeunes gens et des hommes ; père et mère de tous, nourricière bienfaisante ; toute-puissante et bienheureuse déesse, perfection de toutes choses, sagesse universelle qui te meus régulièrement dans l'univers ; honorable et majestueuse déesse qui prends toutes les formes, qui dictes des lois aux mortels et qui fais courber sous ton sceptre la tête des rois ; reine intrépide, dominatrice universelle, fleur de la vie éternelle, immortelle déesse, toi seule es tout, car toi seule produis toutes choses. Je te supplie, toi et les Saisons bienveillantes, de me donner la paix et la santé et d'accroître toutes choses.

X.

PARFUM DE PAN.

Tous les Encens.

J'invoque Pan, substance universelle du monde, du ciel, de la mer profonde, de la terre aux formes variées et de la flamme impérissable. Ce ne sont là que des membres dispersés de Pan. Pan aux pieds de chèvres, dieu vagabond, maître des tempêtes, qui fais rouler les astres et dont la voix figure les concerts éternels du monde, dieu aimé des bouviers et des pasteurs qui affectionnent les claires fontaines, dieu rapide qui habites les collines, ami du son, dieu chéri des nymphes, dieu qui engendres toutes choses, puissance procréatrice de l'univers, habitant des antres, dieu irascible, armé de cornes de boucs par la volonté de Jupiter ; c'est sur toi que reposent les limites solides de la terre génératrice, les flots bruyants de la mer éternelle et l'océan qui enveloppe la terre de ses ondes salées ; c'est en toi que repose une portion de l'air et le feu, puissant élément de toutes choses, base de la flamme éternelle c'est à toi que sont soumis tous les divins éléments : tes ordres puissants changent les lois de la nature et tu peux augmenter à ton gré le nombre des années de la vie des mortels. Père tout-puissant, père triomphateur, accepte ces libations, permet que ma vie ait une fin juste et favorable, et éloigne des limites de la terre toutes les terreurs paniques.

XI.

PARFUM D'HERCULE.

L'encens.

Salut, père Titan, Hercule au cœur plein de courage, doué d'une force prodigieuse : dieu invincible aux vastes mains, habile aux combats les plus terribles, père du Temps, éternel et bienveillant, dieu aux formes changeantes, dieu sauvage, invoqué par d'innombrables prières, dominateur tout-puissant, au grand cœur, aux membres solides, divinité d'un augure favorable ; dieu procréateur, dieu illustre qui soumets toutes choses et domptes les monstres féroces, né de ton propre génie, race invincible de la terre ; dieu favorable, animé par la flamme éternellement primitive, toi qui portes sur ta tête le matin et la nuit couverte d'épaisses ténèbres, toi qui depuis ta naissance jusqu'à ta mort as supporté douze combats illustres, qui tour à tour as su te passer des immortels et t'es assis parmi eux, sois-nous propice, apporte-nous les remèdes qui charment les maladies, donne-nous des augures favorables, éloigne avec tes mains sacrées les fièvres dangereuses et chasse les maux terribles à l'aide de tes flèches rapides.

XII.

PARFUM DE SATURNE.

Le Styrax.

Souche illustre des hommes et des dieux qui habitent le ciel, Titan tout-puissant, fertile en ruses et doué d'une force prodigieuse, qui résumes toutes choses et qui termines toutes choses, lié par des chaînes mystérieuses à travers les silencieuses plaines de la terre. Saturne père du Temps, Saturne plein de fourberie, engendré par la terre et par le ciel peuplé d'étoiles ; souche primitive, Titan indestructible, dieu favorable, qui par tes membres es présent sur toute la surface du globe, sois propice à nos vœux, apporte aux mortels une fin heureuse pour leur vie.

XIII.

PARFUM DE RHÉA.

Les Aromates.

Vénérable Rhéa mère des dieux primigènes, aux formes variées ; vierge qui aimes le bruit des cymbales et le retentissement des tambours, mère puissante de Jupiter, déesse prompte à secourir les hommes, déesse belle et honorée qui partages la couche auguste de Saturne ; toi qui te plais sur les montagnes et qui aimes les hurlements sacrés des hommes, majesté bienveillante, douée d'une force prodigieuse, mère des dieux qui habitent le ciel et des hommes mortels ! c'est de toi que procèdent la terre et le ciel élevé, et la mer salée et les vents qui courent sur le monde. Déesse illustre, sois-nous favorable, protége-nous, donne-nous la paix et l'abondance de tous les biens et chasse loin de nous les pestes, les dangers et toutes les choses terribles.

XIV.

PARFUM DE JUPITER.

Le Styrax.

O vénérable Jupiter ! Jupiter éternel, nous te présentons nos prières, nos témoignages et nos vœux. O Jupiter ! toutes choses dépendent de ta divinité : la terre et les sommets immenses de la terre, les montagnes et la mer, et tout ce que l'air environne de son fluide élément, tout cela c'est à toi. Jupiter, fils de Saturne, générateur universel , commencement et fin de toutes choses ; Jupiter, qui tiens dans tes mains le tonnerre, les éclairs et la foudre, écoute-moi favorablement, accorde-moi la paix divine et le bonheur des richesses.

XV.

PARFUM DE JUNON.

Les Aromates.

O reine Junon ! illustre épouse de Jupiter, assise dans tes demeures aériennes et voilées d'azur, qui par de doux zéphyrs favorables charme le cœur des mortels, mère des nuages, génératrice des vents ! sans toi le souffle de la vie n'est pas respirable : tu pénètres toutes choses en te mêlant au souffle des vents, seule tu règnes sur toute la nature, tu la domines toute entière ; tu viens jusqu'à nous, divine Junon, dans les sifflements de l'air ; je t'en conjure, divine déesse, grande reine, viens à nous et sois-nous favorable en souriant de ta lèvre bienveillante.

XVI.

LE PARFUM DE NEPTUNE.

La Myrrhe.

Écoute-moi . Neptune à la chevelure mouillée par les ondes salées de la mer, Neptune traîné par de rapides coursiers et tenant dans la main ton trident acéré, toi qui habites toujours les immenses profondeurs de la mer, roi des ondes, toi qui presses la terre de tes eaux tumultueuses, toi qui lances au loin l'écume et qui conduis à travers les flots ton rapide quadrige ; dieu azuré à qui le sort accorda l'empire des mers, toi qui aimes ton troupeau armé d'écailles et les eaux salées de l'océan, arrête-toi sur les bords de la terre, donne un bon souffle aux navires et ajoutes-y pour nous la paix, le salut et les dons dorés des richesses.

XVII.

SUR PLUTON.

Magnanime Pluton, toi qui parcours les espaces sombres des enfers, le Tartare obscur et les immensités silencieuses voilées par les ténèbres, je t'implore en t'offrant un don favorable ; toi qui environnes de tous côtés la terre, qui produis toutes choses, toi qui as obtenu par le sort l'empire de l'Averne, demeure des immortels, dernière demeure des hommes, tu n'as pour empire que des champs environnés de ténèbres, les champs de l'Achéron lointain, éternel, inexorable, et le noir Achéron lui-même, sombre ceinture de la terre ; toi qui tiens tes droits sur les hommes des largesses de la mort, dieu puissant qui, vaincu par l'amour, enlevas la fille de Cérès au milieu d'un pré fleuri et l'entraînas sur ton char à travers les plaines azurées de la mer jusqu'à l'autre d'Ahtide, où sont les portes de l'Averne ; dieu qui sais toutes les choses connues ou inconnues, dieu puissant, dieu illustre, dieu très-saint, qui te réjouis des louanges et du culte sacré de tes autels, sois-nous propice, je t'en supplie, sois favorable à la foule qui te vénère.

XVIII.

PARFUM DE JUPITER TONNANT.

Le Styrax.

O Jupiter, qui parcours les lieux enflammés du monde retentissant, toi dont les flammes pétillantes effraient tous les esprits, dont la foudre sacrée ébranle la demeure des immortels, toi qui roules dans le ciel le torrent retentissant de tes feux, toi qui diriges les nuages, les traits rougis et les tonnerres, et qui enveloppes. de tes traits tout ce qui est animé, toi qui vomis la flamme et le bruit et qui sèmes les ruines sur ton passage ! Foudre terrible accompagnée d'une effroyable crinière, messagère ardente d'une main victorieuse, toi qui dévores tout arme indomptable et horrible, qui plonges toutes choses dans l'horreur et le tumulte, arme de Jupiter, trait rapide qui traverses les cieux précédé d'une flamme vengeresse, la terre nourricière, féconde, l'océan salé, les siècles vivants te craignent lorsque ton bruit épouvantable se fait entendre : alors on voit une lueur et un éclair rouge, et tu lances dans le ciel, dieu puissant, tu lances ta foudre étincelante. O dieu, répands ta colère sur les mers salées et sur les sommets élevés : nous connaissons ta force ! Favorise nos sacrifices, accorde à nos esprits des dons favorables, les biens de la vie, et la force et la santé, et la paix des honorables dieux, et accorde-nous aussi une nourriture toujours conforme à nos désirs.

XIX

PARFUM DE JUPITER FOUDROYANT.

Encens du Liban.

Je supplie Jupiter foudroyant, roi tout-puissant qui régit toutes choses, dieu enflammé, retentissant, qui habite les airs et commande aux nuages qui engendrent la foudre, dieu terrible, indomptable et invincible, d'accorder à mon existence une fin tranquille et heureuse.

XX.

PARFUM DES NUAGES.

La Myrrhe.

Nuages aériens, voyageurs célestes, générateurs de tous les fruits , vous qui renfermez dans votre sein les trésors de la pluie, vous qui parcourez le monde poussés par la forte haleine des zéphyrs, nuages foudroyants, enflammés, retentissants, vous qui tour à tour répandez dans l'air un inimitable murmure ou qui faites entendre d'affreux sifflements sous le souffle des tempêtes, je vous supplie maintenant de verser sur la terre, avec de doux vents, les pluies fertiles qui fécondent les fruits.

XXI.

PARFUM DE LA MER.

L'Encens du Liban.

Je t'en supplie, Thétis aux yeux bleus, à la robe d'azur, qui habites les immensités charmantes de la mer, poussée par de doux zéphyrs jusqu'aux extrémités de la terre, toi qui fais entendre sur tes rives de délicieux murmures, fière des vaisseaux que tu portes, toi qui nourris dans ton sein de nombreux troupeaux de poissons, mère de Vénus, mère des nuages ténébreux, mère de toutes les fontaines qui se répandent en douces ondes, sois-nous propice, bénis nos vœux et envoie à nos vaisseaux les vents favorables.

XXII.

ENCENS DE NÉRÉE.

La Myrrhe.

O toi qui commandes au monde liquide et qui, au sein de ton empire azuré, te réjouis des quatre-vingts vierges qui sont tes filles, dieu de la mer, puissant Nérée, base de l'océan, borne de la terre, principe de toutes choses, foi qui ébranles l'univers quand tu précipites dans les cavernes tes flots tumultueux, sois-nous propice, respecte la terre et envoie à tes prêtres sacrés la paix, les richesses et le bonheur.

XXIII.

PARFUM DES NÉRÉIDES.

Les Aromates.

Filles de Nérée, charmantes nymphes aux beaux yeux, vous qui vivez sous les eaux, habitantes des ondes agitées, vous qui au nombre de quatre-vingts voguez à la surface des mers et suivez les chars des Tritons, en vous mêlant aux génies nombreux demi-monstres que nourrit le liquide élément, à tous ceux qui habitent les mers et parcourent leur immensité, et aux dauphins errants qui regardent d'un oeil bleu, je vous en prie, comblez de vos faveurs les jeunes enfants qui vous offrent des sacrifices, car c'est vous qui les premières avez fait des fêtes avec l'auguste Bacchus, avec la déesse Proserpine, avec la mère Calliope et le puissant Apollon.

XXIV.

PARFUM DE PROTÉE.

Le Styrax.

Je t'honore, Protée, toi qui tiens les clés de la mer, Protée Primigène, toi qui d'abord pousses la nature dans ses limites, toi qui changes de différentes manières les lois sacrées de la matière, toi qui sais toutes les choses qui sont, toutes celles qui furent d'abord et celles que l'avenir nous réserve, car dans le principe la nature te confia tous ses secrets ; c'est pourquoi sois-nous propice, donne-nous des oracles véridiques et accorde à notre vie une fin heureuse.

XXV.

PARFUM DE LA TERRE.

Toutes semences excepté les Fèves et les Aromates.

O Terre, grande déesse, mère des dieux et des hommes, déesse puissante, large, fertile en toutes choses, toujours jeune, toujours chargée de beaux produits ; vierge habile, fondement du monde éternel ; toi qui enfantes tous les fruits différents, déesse auguste, éternelle, bienheureuse, fière d'être ornée des herbes du gazon, avide de pluie ; déesse autour de laquelle flottent les espaces semés d'astres et le ciel éternel, mère déesse, augmente les productions verdoyantes de la terre et soir-nous propice avec les saisons favorables.

XXVI.

PARFUM DE LA MÈRE DES DIEUX.

Plusieurs espèces de parfums.

Mère très-auguste de tous les dieux, viens à nous, grande déesse, accours aux sacrifices que nous t'offrons, attèle à ton char les lions terribles qui tuent les taureaux. Reine éternelle de l'univers, célèbre et justement honorée, toi qui te tiens au centre du monde, parce que, bonne déesse, tu commandes à toute la terre et tu nourris les hommes de ton lait divin ; c'est de toi que les dieux et les mortels tirent leur origine, c'est par toi que coule l'élément liquide et la mer elle-même ; on t'appelle Vesta, on te nomme aussi la dispensatrice généreuse des biens, parce que tu accordes aux hommes tes nombreux bienfaits. Viens à nous, ô déesse qu'on vénère en frappant sur les tambours sacrés, déesse victorieuse, protectrice des Phrygiens, grande épouse de Saturne, habitante du ciel, toi qui nourris les hommes, viens assister au culte sacré que nous t'adressons.

XXVII.

PARFUM DE MERCURE.

L'encens.

Fils bien-aimé de Maïa et de Jupiter, dieu voyageur, messager des immortels, doué d'un grand cœur, censeur sévère des hommes, dieu prudent aux milles formes, meurtrier d'Argus, dieu aux pieds ailés, ami des hommes, protecteur de l'éloquence, toi qui aimes la fourberie et les combats, interprète de toutes les langues, ami de la paix, qui portes un caducée sanglant, dieu heureux, dieu très-utile, qui présides aux travaux et aux nécessités des hommes, généreux auxiliaire pour la langue des mortels, accorde à mes prières une fin tranquille à mon existence, accorde-moi d'heureux travaux, un esprit doué de la mémoire et des discours choisis.

XXVIII.

HYMNE DE PROSERPINE.

Sois-nous favorable, Proserpine, fille illustre du magnanime Jupiter, déesse monogène, sois apaisée par cette libation ; épouse honorée de Pluton, déesse nourricière, qui domines le sombre Arverne dans les profondes entrailles de la terre, descendante illustre de Jupiter, génératrice des Euménides, déesse des enfers, que Jupiter engendra d'une semence mystérieuse ; mère de Velthurnus, toi qui domines les tempêtes, déesse aux belles formes, illustre, front orné de cornes, vierge aimée des mortels toi qui aimes à respirer le souffle délicieux des gazons, toi qui te plais à voir la végétation verdoyante de la terre, toi qui apportes également aux mortels la vie ou la mort , et qu'on appelle à cause de cela Proserpine (Pherséphonie), car tu fais vivre et tu fais mourir également, protége-nous, grande déesse ; fais pousser les moissons hors de la terre, accorde-nous la force et une santé toujours active, une vie heureuse et favorable au pied de tes autels et de ceux du terrible Pluton.

XXIX.

PARFUM DE BACCHUS.

Le Styrax.

J'honore Bacchus, qui fait un bruit effrayant, primigène, ayant une double nature et qui est trois fois revenu au monde. Bacchus, qui portes des cornes, dieu sauvage, agreste, obscur, double forme ; dieu couronné de feuilles d'arbres, dieu au front de taureau, dieu aimable, qui portes une guirlande de roses, dieu prudent, conseiller de Jupiter et de Proserpine ; dieu très-pur, uni aux immortels par des liens mystérieux, écoute favorablement nos supplications, sois-nous favorable, et plein de doux sentiments pour tous ceux qui sont rassemblés ici, viens au milieu de nous.

XXX.

HYMNE DES CURÈTES.

Curètes, habiles danseurs, qui revêtus d'armures précipitez vos pas, et de vos pieds légers faites sur la terre des sauts prodigieux, porteurs d'armes, vigilants, voleurs et prêtres de la grande déesse qui se plaît sur les montagnes, écoutez favorablement nos prières et que votre âme soit toujours bienveillante pour le bouvier.

XXXI.

HYMNE DE MINERVE.

Fille illustre de Jupiter, engendrée toute seule, déesse Minerve, déesse immortelle, terrible, heureuse, qui aimes les bruits retentissants de la guerre, déesse célèbre qui habites les cavernes, qui te plais dans les palais élevés au milieu des rochers et sur les sommets verdoyants des montagnes, déesse puissante par les armes et qui glaces de terreur les cœurs des mortels, vierge Bellone, qui te plais aux terribles exercices des batailles, illustre dans les arts, inaccessible aux ennuis, meurtrière de la Gorgone, redoutable pour les mortels impies, bienveillante et pleine de sagesse pour les hommes de bien, enfantant la guerre, déesse honnête, vengeresse de Titan, vierge inexorable pour les méchants, maintenant dans la nuit comme aux derniers instants de notre vie, sois-nous favorable, accorde-nous une paix heureuse et des jours tranquilles ; déesse illustre et habile, sois propice à nos vœux.

XXXII.

PARFUM DE LA VICTOIRE.

La Manne.

Je te supplie, Victoire toute-puissante, la plus douce des divinités pour tous les mortels, toi qui décides entre les bataillons armés, auquel des deux partis doit être accordé le prix de la bataille, à qui lu dois donner la palme en comblant ainsi tous ses vœux les plus ardents, car c'est toi qui décides tout, c'est toi qui décernes le triomphe couronné de rameaux verdoyants : viens donc à nous, illustre déesse, nous bénirons toujours tes oeuvres et nous t'environnerons de louanges.

XXXIII.

PARFUM D'APOLLON.

La manne.

Je t'implore, Phoebus, dieu illustre dans la médecine ; Phoebus Lycoréen, meurtrier de Titye, dieu vénérable de Memphis, dispensateur de la santé et des honneurs ; Apollon qui portes une lyre ; Titan célèbre, dieu de Smynthée, qui tuas te serpent Python ; toi qui portes la lumière, dieu champêtre, noble, adolescent ; Musagète, chef des muses, toi qui lances au loin tes flèches, dieu jumeau, habitant des collines, roi de Délos, qui d'un regard bienveillant distribues aux hommes les flots de la lumière divine ; dieu à la chevelure d'or, dont les préceptes et les oracles sont infaillibles, regarde-moi favorablement du haut du ciel, moi qui prie pour le peuple : car tu vois au-dessus des plaines immenses du firmament, au-dessus de la terre féconde ; et durant les heures silencieuses de la nuit obscure tu reposes sous les flammes célestes des astres. Tu as planté tes racines plus profondément encore, tu tiens jusqu'aux limites du monde, tu es le principe et la fin. Tout fleurit autour de toi : tour à tour tu chantes sur ta lyre les demeures célestes et tu descends jusqu'aux confins les plus éloignés de ta demeure ; tu conduis le ciel entier suivant le mode dorien, tu varies les générations animées, tu distribues également aux hommes les saisons, tu leur accordes des destinées pareilles, tu entremêles également l'été et l'hiver : pendant que tu donnes l'hiver à ceux qui habitent ce côté de notre globe, tu donnes l'été aux autres, et tu ramènes d'après le mode dorien le printemps délicieux pour les mortels ; aussi les hommes t'ont surnommé avec justice le dieu Pan, qui porte des cornes et qui domine le souffle des vents. Toi qui commandes aux constellations des cieux, sois-nous favorable, écoute les vœux suppliants de tes prêtres.

XXXIV.

PARFUM DE LATONE.

La Myrrhe.

O Latone, qui as engendré deux enfants, déesse vénérable, déesse au voile d'azur, déesse au grand cœur, déesse illustre, comblée de vœux, tu as mérité de concevoir dans les bras de Jupiter et d'enfanter deux enfants, Phoebus et Arthémis-Diane aux flèches puissantes, celui-ci dans l'île de Délos et celle-là dans la Haute-Ortygie, grande déesse, sois-nous donc favorable, regarde d'un oeil propice les sacrifices que nous t'offrons.

XXXV.

PARFUM DE DIANE.

La Manne.

Sois-nous favorable, ô grande reine, vierge célèbre, fille de Jupiter, déesse titanienne, déesse au grand cœur, aux flèches puissantes, déesse de la chasse aux filets, déesse visible pour tous, déesse qui portes une torche, toi qui présides aux enfantements et qui toujours en as été exempte, toi qui délies ta ceinture, toi qui rends furieuse, Diane chasseresse, qui cours la nuit, déesse dangereuse, redoutée et estimée, aux formes masculines, sainte nourrice des hommes, déesse incorruptible, déesse sauvage, puissante et bienheureuse, meurtrière des bêtes féroces, chaste divinité qui habites les forêts et qui tues les cerfs ; reine auguste, et qui jouis d'un âge toujours florissant, déesse des bois, déesse de la Crète, viens à nous, sois-nous favorable, apporte-nous les présents délicieux de la terre, les dons charmants de la paix, la santé précieuse, et relègue toutes les maladies sur des monta gnes éloignées.

XXXVI.

PARFUM DES TITANS.

L'Encens.

Titans, race illustre de la terre et du ciel, ancêtres de nos pères, habitant dans les entrailles du globe des demeures horribles, au milieu de l'empire tartare ; principe et semence de tout ce qui respire, de l'air, de la mer et de la terre qui porte des fruits ; c'est de vous que proviennent toutes les générations des hommes ; je vous adore ; éloignez de nous les colères dangereuses s'il s'en trouvait qui vinssent menacer nos maisons.

XXXVII.

PARFUM DES CURÈTES.

Curètes retentissants, Saliens qui portez les boucliers de Mars, riches habitants de l'air, de la terre et de la mer, souffles générateurs, semences conservatrices du monde, vous qui, demeurant dans les lieux sacrés de la Samothrace, courez à pleines voiles à travers l'océan jusqu'aux extrémités du monde, vous avez les premiers enseigné les sacrifices aux mortels ; Saliens éternels qui portez les boucliers de Mars, vous frappez l'océan, la mer et les chênes élevés ; vous frappez la terre du pied dans vos bonds prodigieux, et vous faites étinceler vos armes en les agitant. Toutes les bêtes féroces tremblent, le bruit et le fracas se répandent à travers les immensités azurées du ciel. Leurs pieds agiles font jaillir des nuages de poussière qui les environnent, et l'éclat des fleurs verdoyantes est terni. O génies éternels, lorsque la colère des dieux tombe sur les hommes, vous leur enlevez aussitôt leurs richesses, leur nourriture et vous frappez les coupables eux-mêmes. Alors l'océan fait entendre d'étranges mugissements, les chênes tombent avec fracas sur le sol, et l'écho céleste retentit du bruit de leur chute. O Curètes, Corybantes, redoutables et tout-puissants princes de la Samothrace, descendants illustres de Jupiter, souffles éternels, vous qui aimez le froid, vous qui habitez les temples des deux ciels, vous dont le souffle est agréable et donne la santé, dieux qui amenez les saisons, qui engendrez les fruits, dieux tout-puissants, salut.

XXXVIII.

PARFUM DE LA MÈRE CÉRÈS D'ÉLEUSIS.

Le Styrax.

Bonne Cérès, mère des dieux, la plus illustre des divinités, vénérable déesse, dispensatrice de tous les biens, toi qui nous donnes les fruits et les moissons, toi qui n'aimes que la paix et les travaux de la campagne, Cérès qui sèmes les guérets, qui les fertilises, et leur fais produire des récoltes, qui règnes dans les sanctuaires de l'étroite Éleusis, nourrice aimable, douce et bienveillante des mortels, qui la première as appris aux laboureurs à joindre les bœufs sous le joug, à les atteler à la charrue, toi qui par tes charmes rends la vie agréable et facile pour les hommes ; amie de Bacchus déesse justement honorée, toi qui fais croître les moissons et te plais à les voir faucher ; déesse qui souris à tous les hommes, mère pleine de tendresse pour ta fille nourricière céleste, qui, joignant des couleuvres sous les rênes de ton char, te promènes par de larges détours dans les champs sacrés ; déesse unigène, vénérée des mortels, à qui s'adressent les prières et les vœux accompagnés d'offrandes et de fruits, me voilà devant toi chargé d'un beau présent d'épis ; accorde-nous la paix et la concorde, qui respecte tous les droits sacrés ; accorde-nous les abondantes richesses de la fertilité et la santé, le plus précieux de tous les dons.

XXXIX.

ENCENS DE MISA.

Le Styrax.

J'invoque Bacchus, porteur d'une férule, Bacchus législateur, illustre divinité à deux sexes, reine pure et sacrée, homme et jeune fille à la fois, femme à doubles formes, soit qu'il s'abandonne à la joie dans le temple odorant d'Éleusis, soit que, dans la Phrygie, il accomplisse des mystères sacrés avec la mère des dieux, soit qu'elle séjourne dans Cypre avec la charmante Cythérée, soit qu'elle se livre à la danse au milieu des champs couverts de moissons avec sa mère sacrée Isis, et qu'elle se trouve au milieu de ses prêtresses sur les bords de l'Égyptus ; sois-nous favorable, grande déesse et accorde-nous des récompenses sacrées.

XL.

PARFUM DES SAISONS.

Les Aromates.

Saisons, filles chéries de Jupiter et de Thémis, paix bienheureuse, la plus féconde des déesses, vous qui nous comblez de biens ; Saisons verdoyantes, fleuries en gazons, pures et délicieuses ; Saisons aux mille couleurs et respirant une charmante haleine ; Saisons toujours vertes, toujours changeantes et bien aimées ; compagnes des jeux de Proserpine, qui portez des fleurs dans vos tuniques ondoyantes de rosée lorsque les parques et les grâces la rappellent des charmants détours des bois afin qu'elle assiste à leurs solennités par l'ordre de Jupiter et de sa mère Cérès, qui produit des fruits, soyez favorables à nos pieux sacrifices, apportez-nous le secours des douces haleines qui font mûrir les fruits.

XLI.

PARFUM DE SÉMÉLÉ.

Le Styrax.

Je t'invoque, fille illustre, née du prince Cadmus, belle Sémélé, beauté au sein ravissant, mère de Bacchus joyeux, qui porte une férule ! Jeune fille, tu conçus de l'éternel Jupiter, et la foudre fit sortir ton fils de tes entrailles. La florissante Proserpine te jugea digne de l'honneur de le faire participer aux Triennales, qui sont instituées pour célébrer ton fils Bacchus Je t'en prie, déesse, née du prince Cadmus, sois favorable à tes prêtres, sois-nous propice.

XLII.

HYMNE DE BACCHUS BASSARÉEN (2) ET TRIENNAL.

Je t'invoque, illustre Bacchus, né par la foudre ; sois-nous favorable, dieu qui portes des cornes, Bacchus Bassaréen, dieu indomptable, toi que charment les épées, les combats et les Ménades sacrées. Bacchus insensé, furieux, qui portes le thyrse, sois favorable aux mortels qui habitent la terre sacrée, accorde-leur des présents qui les rendent heureux.

XLIII.

PARFUM DE LICNITUS (3).

La Manne.

Je vénère et j'adore avec des vœux et des prières Bacchus, dieu sans vêtement, dieu à la poitrine florissante, dieu de la persuasion, dieu bien-aimé des nymphes et de Vénus à la belle chevelure, qui parcourt les bois en frappant la terre du pied en mesure, accompagné de nymphes et de femmes en délire ; toi qui, d'après l'avis de Jupiter, fus élevé par Proserpine et devins la terreur des dieux immortels, sois-nous favorable et regarde d'un oeil propice le présent que nous t'offrons.

XLIV.

PARFUM DE BACCHUS.

Les Aromates.

J'invoque Bacchus, cultivateur de la vigne, lui qui, se promenant autour des maisons des Cadméens, apaisa les incendies de la terre. Lorsque des fleuves de flamme inondaient la terre de leurs flots tourbillonnants, lui seul arrêta leurs progrès. Sois-nous donc favorable, ô Bacchus, et que ta lèvre nous soit souriante.

XLV.

PARFUM DE SALAZIUS.

Les Aromates.

Écoute-moi, Salazius tout-puissant, fils de Kronos (Saturne), toi qui as recélé dans ta cuisse Bacchus, dieu bruyant et inquiet, afin qu'ensuite il pût se retirer sur le mort sacré Tmolus, où se trouvait Ippia sa nourrice aux belles joues. Sois-nous donc favorable, ô roi de Phrygie, le plus puissant des habitants du ciel, et accorde tes faveurs à tes prêtres.

XLVI.

PARFUM D'IPPA.

Le Styrax

J'invoque Ippa, nourrice de Bacchus, déesse qui célèbre les mystères sacrés des Saliens dans des assemblées où brille la flamme et par des chœurs qui se réunissent la nuit. Je t'en supplie, bonne mère, déesse bienveillante, soit que tu parcoures les sommets sacrés du mont Ida en Phrygie, ou le mont Tmolus, bien-aimé des Lydiens, regarde-nous, je t'en conjure, d'un oeil bienveillant.

XLVII.

HYMNE DE BACCHUS LENÉUS, ( DIEU DU PRESSOIR ), QUI DÉLIVRE DE TOUS LES MAUX.

Race illustre de Jupiter, écoute-moi, ô Bacchus, qui as eu deux mères ; semence digne d'honneurs, dieu célèbre, dieu très-saint, germe secret des dieux, joyeux Bacchus, toi qui augmentes et fécondes les fruits et les moissons de la terre ; dieu magnanime, dieu redoutable, dieu aux formes variées, remède des mortels, fleur sacrée, toi qui les délasses de leurs travaux, heureux sujet de joie pour tous les hommes, dieu à la chevelure bien soignée, toi qui délivres de tous les chagrins, ami de tous, soit que tu favorises les dieux où les hommes, je t'en prie, sois-nous propice.

XLVIII.

PARFUM DES NYMPHES.

Les Aromates.

Nymphes, illustres déesses, race de l'illustre océan, qui demeurez sous les profondeurs de la terre dans des habitations liquides ; nourrices secrètes de Bacchus, joyeuses divinités des pénates , divinités fleuries qui errez aux angles des chemins, habitantes des cavernes et des antres, vous qui volez dans les airs, nymphes des fontaines, nymphes errantes qui répandez la rosée, nymphes aux pieds ailés, visibles et invisibles, courant et dansant avec les faunes sur le sommet des montagnes ; nymphes des rochers, des forêts ; nymphes qui animez toutes choses, nymphes à la douce odeur, à la blancheur éclatante et qui respirez de doux zéphyrs, amies des bergers et des chevriers, tendres nourrices qui habitez au fond de toutes choses, amadriades dont la demeure est dans les chênes ; ô vous qui volez dans les airs, amies du printemps, soyez favorables aux mortels avec Cérès et Bacchus, et, nous regardant d'un oeil bienveillant, envoyez-nous les haleines agréables des douces saisons.

XLIX.

PARFUM DE BACCHUS TRIENNAL.

Par andoar - Publié dans : alliés substanciels
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Mercredi 1 juin 2005

Sappho naquit dans l'île de Lesbos vers la quarante-deuxième olympiade. Son père est désigné par les anciens sous huit noms différents, Simon, Eunonimus, Euryguis, Ecritus, Semus, Camon, Etarchus et Scamandronymus ; sa mère se nommait Cléis : toute sa famille appartenait au commerce et lui devait sa fortune. Elle-même épousa un riche citoyen de l'île d'Andros nommé Cercala. Son mari mourut jeune : elle resta veuve avec une jeune fille et se dévoua dès lors au culte des Muses ; elle appela autour d'elle plusieurs femmes illustres de Lesbos ou de l'étranger, Atthis, Androméda, Télésippa, Mégara, Érinna, Cydno, Anactorie, Anagara de Milet, Gongyla de Colophon, Eunica de Salamine, Damaphile de Pamphilie ; elle en fit ses élèves et ses compagnes, elle en fit surtout ses amies ; elle les aima avec la passion d'une âme élevée et sensible. Dans ses poésies, elle leur exprima sa tendresse avec toute la violence du plus tendre amour. Ce sentiment profond et exalté fut traduit d'une façon malveillante par ses détracteurs : on s'en servit pour flétrir sa réputation. Aucun de ses contemporains, il est vrai, ne l'a accusée de ces désordres si graves et si vulgaires dans la société antique ; les écrivains postérieurs ne l'ont pas épargnée dans leurs allégations injurieuses : l'autorité d'Horace et d'Ausone a été invoquée contre elle ; ses défenseurs ont pu hardiment réfuter cette opinion en faisant remarquer qu'aucun document qui pût l'incriminer ne se retrouvait dans les oeuvres de ses contemporains.
Du reste, les suppositions romanesques se sont exercées à l'aise sur les circonstances de sa vie : nous n'avons aucune trace positive, aucune preuve des événements et des actions au milieu desquelles les biographes lui ont fait jouer un rôle. Les uns disent qu'entrainée par l'ascendant du poète Alcée, son ami et son compatriote, elle s'engagea dans une conspiration contre Pittacus, qui régnait alors à Lesbos, que l'entreprise échoua et qu'elle fut obligée de s'enfuir en Sicile. Une inscription trouvée sur un marbre de Paros a servi de premier motif à ce roman ingénieux. L'épithète de phogousa (fugitive, exilée) a fait présumer qu'elle s'était enfuie en Sicile, soit pour suivre Phaon, qu'elle aimait, soit pour se dérober à Pittactus qu'elle avait en vain essayé de renverser du trône. Elle se serait donc réfugiée en Sicile avec quelques habitants mityléniens, et c'est pour conserver le souvenir de son séjour dans cette île que les Siciliens lui érigèrent une statue enlevée depuis du Prytanée de Syracuse par la rapacité de Verrès.
D'autres, d'après un fragment d'Hermésianax, poète cité par Athénée, ont attribué à Sappho un tendre penchant pour Anacréon ; mais ce synchronisme des deux poètes de l'amour est démenti par les faits. Sappho vivait sous Alyatte, père de Crésus, et Anacréon sous Cyrus et Polycrate.
Il en est enfin qui ont voulu que cette liaison ait existé entre elle et son contemporain Alcée. Un fragment de Sappho et un dialogue en vers qui nous a été conservé par Aristote dans sa Rhétorique peuvent seuls appuyer celle opinion. Voici les vers cités par Aristote : 
ALCÉE.
Je voudrais pouvoir m'expliquer, mais la honte m'arrête.
SAPPHO.
Votre front n'aurait pas à rougir si votre coeur n'était pas coupable.

Quoi qu'il en soit, Sappho a fait un grand nombre d'odes, d'épigrammes, d'élégies, d'épithalames ; il ne nous reste d'elle que quelques rares morceaux et des fragments épars dans les oeuvres de Denys d'Halicarnasse et dans l'Anthologie. Les rhéteurs, les grammairiens, les lexicographes nous ont conservé quelques vers épars qui nous font vivement regretter des pertes nombreuses et irréparables. Elle a inventé le rythme appelé de son nom sapphique, un mode de cadence appelé mixalydien employé surtout dans les tragédies, et une sorte de lyre nommée pectis ou mogadis, dont Anacréon fit usage après elle.
Sappho, quoique appelée belle par Socrate, était petite et brune. Après sa mort, les Mityléniens lui rendirent de grands honneurs; ils firent graver son image sur leurs monnaies. 
Nous ne savons rien de plus sur Sappho. Quelque vague que soient ces détails, ils ont encore été obscurcis par une confusion involontaire de la Sappho de Lesbos avec une autre Sappho d'Érèse, courtisane célèbre, née postérieurement et auteur, selon Suidas, de quelques poésies lyriques. Par suite de cette erreur, plusieurs auteurs anciens, et entre autres Ovide, ont attribué à la poétesse de Mitylène plusieurs faits qui appartiennent à la Sappho d'Érèse, et surtout sa passion pour Phaon. Nous comprenons de quel charme poétique cette fiction était revêtue par les circonstances mêmes qui l'environnaient : Phaon de Mitylène était beau comme Adonis ; c'est un don qu'il tenait de Vénus, la mère des Grâces et de l'Amour. Il commandait un vaisseau : une vieille femme se présente à lui, indigente, et n'ayant pas de quoi payer sa traversée ; le jeune homme n'exigea aucun paiement. Vénus, pour reconnaître ce service, se dévoila alors à ses yeux : elle lui fit présent d'un vase d'albâtre rempli d'un parfum précieux. Il le répandit sur son corps et acquit dès ce jour une beauté surnaturelle. Quelques anciens attribuent à une autre cause l'éclat et la réputation de Phaon : il aurait trouvé cette plante mystérieuse dont parle Pline, l'éryngium, qui avait pour vertu de faire adorer de toutes les femmes celui qui pouvait la découvrir. Sappho d'Érèse, éprise d'amour pour Phaon, ne put lui plaire ; victime de Vénus, elle ne voulut pas supporter ce tourment sans espoir : elle se rendit à Leucade, et du haut du rocher se précipita dans la mer. Cette tradition, pleine de poésie et de sentiment, est devenue populaire par le nom de Sappho ; elle a été accueillie et reproduite dans les commentaires de plusieurs critiques : arrivée à ce point où un fait entre dans la science vulgaire, elle n'a trouvé des contradicteurs que parmi les érudits.
Mais il en est un qui a rétabli la vérité, séparé ces deux existences confondues et précisé toute la différence existante entre les deux Sappho, c'est Visconti dans son Iconographie grecque
"Je ne sais pas, dit-il, comment l'opinion contraire à la mienne a pu devenir générale : elle est cependant celle de Fabricius dans sa Bibliothèque grecque, livre II, chap. 15 ; celle de Hardion dans sa dissertation sur le saut de Leucade, Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome VII ; de Bayle, de Barthélemy, etc... L'autorité de Ménandre et celle de Strabon seraient à la vérité d'un grand poids si ces auteurs donnaient à entendre qu'en nommant Sappho, ils ont voulu parler de la célèbre poétesse de Mitylène ; mais ces auteurs ne la désignant point, il ne reste que l'autorité d'Ovide dans sa quinzième Héroïde, autorité suivie par quelques écrivains postérieurs. Or peut-on la mettre en comparaison avec l'opinion contraire, qui non seulement est fondée sur le silence des auteurs les plus anciens, mais encore est appuyée par le témoignage de plusieurs écrivains grecs, tels que Nymphis, Athénée, Elien, Suidas, Apostolius, parmi lesquels les deux premiers sont distingués par leur érudition et paraissent avoir recueilli l'opinion générale adoptée par les gens instruits. Ovide au contraire a pu faire usage, pour embellir son élégie, d'une opinion à laquelle lui-méme n'ajoutait peut-être pas foi, à l'exemple de quelques poètes comiques qui avaient déjà altéré les aventures de cette femme extraordinaire pour donner plus d'intérêt à leurs pièces. Athénée a fait cette remarque à propos de Diphilus. Ce poète comique, né à Sinope, postérieur à Ménandre, avait fait un drame qui portait le nom de Sappho et dans lequel il avait représenté comme ses amants, Archiloque et Hipponax.
Je crois devoir appuyer encore mon opinion de quelques preuves négatives que je ne pense pas avoir jamais été produites et qui me paraissent propres à éclairer ce point de l'ancienne biographie poétique.
1° Hérodote, qui parle de Sappho, en relevant quelques circonstances de sa vie, de sa famille et de ses poésies, se tait sur l'amour de la poétesse pour Phaon et sur la manière dont elle se donna la mort en se précipitant du rocher de Leucade ; cependant cet usage religieux tout à fait bizarre était bien dans le genre de ces faits qu'Hérodote se plaît à recueillir et dont il aime à rechercher l'origine. Il paraît probable que cet usage singulier n'était pas encore introduit ou si l'on veut n'avait pas encore été révélé du temps d'Hérodote, d'autant mieux que Strabon lui-même n'en a pas trouvé un témoignage plus ancien que celui du poète Ménandre, qui a vécu après Alexandre et à la distance de plus de trois siècles de Sappho et d'Hérodote.
2° Le récit même d'Hérodote rend la prétendue catastrophe de Sappho tout à fait invraisemblable. Cet historien avait lu des vers que cette poétesse avait écrits contre Charaxus, son frère, à l'occasion du rachat de la courtisane Rhodope, esclave en Égypte pendant le règne d'Amasis ; or ce roi ne commença à gouverner qu'en l'année 570 avant l'ère chrétienne, et par conséquent, Sappho, née au plus tard, selon Suidas, la première année de la 42e olympiade, c'est-à-dire en 612, devait être âgée au moins de cinquante ans quand elle attaqua dans ses vers Charaxus. J'ai dit que Sappho était née au plus tard en 612 : les marbres d'Oxford qui placent son exil de Mitylène en 596, seize ans seulement après cette date, confirment mon assertion, car on ne peut croire qu'une femme moins âgée et encore dans l'enfance ait pris part aux troubles de sa patrie.
3° Hermésianax, poète plus ancien que Ménandre, a écrit une élégie sur les faiblesses des poètes célèbres. Il allègue l'exemple et les égarements de Sappho, à laquelle il donne aussi du penchant pour Anacréon ; mais il se tait absolument sur Phaon, qu'il aurait dû nommer le premier, cette passion fatale convenant beaucoup mieux au plan et au but de son élégie que tout autre aventure de la poétesse.
4° Antipater de Sidon, qui a composé une épigraphe relative au tombeau de Sappho, non seulement ne parle pas de sa fin tragique, mais il suppose qu'elle a été ensevelie dans sa terre natale, où on lui a érigé un monument, et que sa mort a été naturelle.
5° Pinytus, ancien poète, dans sa seule épigramme, qui est une épitaphe pour Sapho, ne fait non plus aucune mention de cette mort causée par le désespoir, à laquelle du reste on ne trouve aucune allusion dans un grand nombre d'épigrammes de l'Anthologie qui ont pour sujet la poétesse mitylénienne.
6° Ptolémée Ephestion, dans un livre il a fait l'histoire du saut de Leucade et dont Photius nous a conservé un extrait, ne parle point de notre poétesse ; il est vrai qu'il ne parle pas non plus de la mort de Sappho d'Erèse ; mais cette courtisane, n'ayant jamais atteint à la célébrité de la poétesse du même nom, a pu être omise plus vraisemblablement ou dans l'ouvrage ou dans l'extrait. A la vérité Servius parle d'une femme qui fit le saut de Leucade pour l'amour de Phaon, mais il la traite comme un femme obscure et ne la nomme pas."
Cette opinion de Visconti a trouvé des preuves nouvelles dans des portraits des deux Sappho accompagnés de leurs noms et découverts en 1822 ; il ne peut donc nous rester aucun doute à cet égard. Si le sentiment poétique perd à cette explication d'un point controversé de l'Antiquité, du moins, la vérité y aura gagné.
Les poésies de Sappho ont été ordinairement imprimées à la suite de celles d'Anacréon ; elles se trouvent en outre dans les ouvrages suivants :
Édition de Wolff. Hambourg, 1733.
Novem faeminarum graecarum carmina, de Fulvio Orsini. Plantin, 1598, in-8°.
Analecta, de Brunck, t. 1, p. 54.
Mousôn anthê, sive Selecta poetarum carmina et fragmenta de Schneider, 1802, in-8°.
Les traductions de Sappho étant jointes à celles d'Anacréon, nous renvoyons le lecteur aux diverses traductions que nous avons citées à l'article de ce poète.

 

HYMNE A VÉNUS

Ποικιλόθρον᾽ ὰθάνατ᾽ ᾽Αφροδιτα,
παῖ Δίος, δολόπλοκε, λίσσομαί σε
μή μ᾽ ἄσαισι μήτ᾽ ὀνίαισι δάμνα,
πότνια, θῦμον.

ἀλλά τυίδ᾽ ἔλθ᾽, αἴποτα κἀτέρωτα
τᾶς ἔμας αύδως αἴοισα πήλυι
ἔκλυες πάτρος δὲ δόμον λίποισα
χρύσιον ἦλθες

ἄρμ᾽ ὐποζεύξαια, κάλοι δέ σ᾽ ἆγον
ὤκεες στροῦθοι περὶ γᾶς μελαίνας
πύκνα δινεῦντες πτέῤ ἀπ᾽ ὠράνω
αἴθερος διὰ μέσσω.

αῖψα δ᾽ ἐχίκοντο, σὺ δ᾽, ὦ μάσαιρα
μειδιάσαις᾽ ἀθάνατῳ προσώπῳ,
ἤρἐ ὄττι δηὖτε πέπονθα κὤττι
δἦγτε κάλημι

κὤττι μοι μάλιστα θέλω γένεσθαι
μαινόλᾳ θύμῳ, τίνα δηὖτε πείθω
μαῖς ἄγην ἐς σὰν φιλότατα τίς τ, ὦ
Πσάπφ᾽, ἀδίκηει;

καὶ γάρ αἰ φεύγει, ταχέωσ διώξει,
αἰ δὲ δῶρα μὴ δέκετ ἀλλά δώσει,
αἰ δὲ μὴ φίλει ταχέως φιλήσει,
κωὐκ ἐθέλοισα.

ἔλθε μοι καὶ νῦν, χαλεπᾶν δὲ λῦσον
ἐκ μερίμναν ὄσσα δέ μοι τέλεσσαι
θῦμος ἰμμέρρει τέλεσον, σὐ δ᾽ αὔτα
σύμμαχοσ ἔσσο.

Immortelle Vénus, fille de Jupiter, toi qui sièges sur un trône brillant et qui sais habilement disposer les ruses de l'amour, je t'en conjure, n'accable point mon âme sous le poids des chagrins et de la douleur. Mais plutôt viens à ma prière comme tu vins autrefois, quittant le palais de ton père et descendant sur ton char doré. Tes charmants passereaux t'amenaient de l'Olympe à travers les airs qu'ils agitaient de leurs ailes rapides. Dès qu'ils furent arrivés, ô déesse ! tu me souris de ta bouche divine ; tu me demandas pourquoi je t'appelais ; quels tourments ressentait mon cœur, en quels nouveaux désirs il s'égarait ; qui je voulais enchaîner dans les liens d'un nouvel amour : "Qui oserait te faire injure, ô Sappho ! S'il te fuit aujourd'hui, bientôt il te recherchera ; s'il refuse aujourd'hui tes dons, bientôt il t'en offrira lui-même s'il ne t'aime pas aujourd'hui, il t'aimera bientôt lors même que tu ne le voudrais plus."
O viens, viens donc aujourd'hui, déesse, me délivrer de mes cruels tourments ! Rends-toi aux désirs de mon cœur ! Ne me refuse pas ton secours tout-puissant !

à UNE FEMME AIMÉE

φάινεταί μοι κῆνος ἴσοσ τηέοισιν
ἔμμεν ὤνερ ὄστις ἐναντίος τοι
ἰζάνει καὶ πλασίον ἀδυ
φωνεύσασ ὐπακούει

καὶ γαλαίσας ἰμμερόεν τὸ δὴ ᾽μάν
καρδίαν ἐν στήθεσιν ἐπτόασεν,
ὠσ γὰρ εὔιδον βροχέως σε, φώνας
οὐδὲν ἔτ᾽ ἔικει,

ἀλλὰ κάμ μὲν γλῳσσα έαγε, λέπτον
δ᾽ αὔτικα χρῷ πῦρ ὐπαδεδρόμακεν,
ὀππάτεσσι δ᾽ οὐδὲν ορημ᾽,
ἐπιρρόμβεισι δ᾽ ἄκουαι.

ἀ δέ μ᾽ ί᾽δρως κακχέεται, τρόμος δὲ
παῖσαν ἄγρει χλωροτέρα δὲ ποίας
ἔμμι, τεθνάκην δ᾽ ὀλιγω ᾽πιδεύην
φαίνομαι [ἄλλα].

πᾶν τόλματον [......]

Il me paraît égal aux dieux celui qui, assis près de toi, doucement, écoute tes ravissantes paroles et te voit lui sourire ; voilà ce qui me bouleverse jusqu'au fond de l'âme.
Sitôt que je te vois, la voix manque à mes lèvres, ma langue est enchaînée, une flamme subtile court dans toutes mes veines, les oreilles me tintent, une sueur froide m'inonde, tout mon corps frissonne, je deviens plus pâle que l'herbe flétrie, je demeure sans haleine, il semble que je suis près d'expirer.
Mais il faut tout oser puisque dans la nécessité...

ÉPITAPHE DU PÊCHEUR PÉLAGON

Ménisque, père du pêcheur Pélagon, a fait placer sur le tombeau de son fils une nasse et une rame, monuments de sa vie dure et pénible.

ÉPITAPHE DE LA JEUNE TIMAS

Τιμάδος ἄδε κόνισ, τὰν δὴ ρπὸ γάμοιο θανοῦσαν
δέξατο φερσεφόνας κύανεοσ θάλαμο,
ας καὶ ἐποφθιμένας πᾶσαι νεοθᾶγι σιδάρῳ
ἄλικες ιμμερτὰν κρᾶτος ἔθεντο κόμαν.

Les cendres de la charmante Timas reposent dans ce tombeau. Les Parques cruelles tranchèrent le fil de ses beaux jours avant que l'Hyménée eût allumé pour elle ses flambeaux. Toutes ses compagnes ont coupé courageusement sur sa tombe leur belle chevelure.

FRAGMENTS

I

SUR LA ROSE

Si Jupiter voulait donner une reine aux fleurs, la rose serait la reine de toutes les fleurs. Elle est l'ornement de la terre, la plus belle des plantes, l'œil des fleurs, l'émail des prairies, une beauté toujours suave et éclatante ; elle exhale l'amour, attire et fixe Vénus : toutes ses feuilles sont charmantes ; son bouton vermeil s'entrouvre avec une grâce infinie et sourit délicieusement aux zéphyrs amoureux.

II

Κατθάνοισα δὲ κείσεαι πότα, κωὐ μναμοσύνα σέθεν
ἔσσετ᾽ οὔτε τότ᾽ οὔτ᾽ στερον. οὐ γὰρ πεδέχεις βρόδων
τῶν ἐκ Πιερίας ἀλλ᾽ ἀφάνης κἠν᾽ ᾽Αῖδα δόμοις
φοιτάσεις πεδ᾽ ἀμαύρων νέκυων ἐκπεποταμένα. 

Lorsque vous serez dans le tombeau, votre nom ne vous suivra point, il ne parviendra jamais à la postérité. Vous n'avez point cueilli des roses sur le mont Piérius : vous descendrez donc obscure, ignorée dans le sombre palais de Pluton ; on vous oubliera entièrement quand vous serez allée rejoindre les ombres. 

III

... Ἕλθε, Κύπρι,
Χρυσίασιν ἐν κυλίκεσσιν ἄβραις
συμμεμιγμένον θαλίαισι νέκταρ
οἰνοχόεισα.

Viens dans nos repas délicieux, mère de l'Amour, viens remplir d'un nectar agréable nos coupes d'or ; que ta présence fasse naître la joie au milieu de tes convives et des miens. L'amour vainqueur de tous les obstacles me trouble et m'agite. C'est un oiseau doux et cruel ; on ne peut lui résister. Athis, je vous suis maintenant odieuse, tandis que toutes vos pensées sont pour la belle Andromède.  

IV

Δέδυκε μεν ἀ σελάννα
καὶ Πληΐαδες, μέσαι δὲ
νύκτες πάρα δ᾽ ἔρχετ᾽ ὤρα,
ἔγω δὲ μόνα κατεύδω.

La lune et les Pléiades sont déjà couchées : la nuit a fourni la moitié de sa carrière, et moi, malheureuse, je suis seule dans mon lit, accablée sous le chagrin. 

V

Γλύκεια μᾶτερ, οὔ τοι δύναμαι κρέκην τὸν ἴστον,
πόθῳ δάμεισα παῖδο
ς βραδίναν δἰ Ἀφρόδιταν.
O ma tendre mère, je ne puis, hélas ! manier la navette ni l'aiguille : la redoutable Vénus m'a soumise à son joug impérieux, et mon violent amour pour ce jeune homme m'occupe tout entière.

FRAGMENTS DIVERS

Τίς δ᾽ ἀγροιῶτίς τοι θέλγει νόον,
οὐκ ἐπισταμένα τὰ βράκἐ ἔλκην
ἐπί τῶν σφύρων;

Comment cette femme grossière et sans art peut-elle charmer ton esprit et enchaîner ton cœur ? Elle ne sait pas même laisser flotter avec grâce les plis de sa robe.

Le deuil et les larmes ne doivent point régner dans la maison d'un poète : c'est une faiblesse indigne d'un fils d'Apollon.

Ὀ μὲν γὰρ κάλος, ὄσσον ἴδην, πέλεται [ἄγαθος]
ὀ δὲ κἄγαθο
ς αὔτικα καὶ κάλος ἔσσεται.
L'homme qui n'est que beau, l'est seulement pendant qu'on le regarde, mais l'homme sage et bon est toujours beau.

Pour moi, j'aime une vie molle et voluptueuse ; mais cet amour pour les plaisirs présents ne m'empêche pas de faire des actions brillantes et honnêtes.

Ἄλλά τις οὐκ ἔμμι παλιγκότων
ὄργαν, ἀλλ᾽ ἀβάκην τὰν φρέν᾽ ἔχω

Je ne suis point d'un caractère bouillant et emporté, mon esprit au contraire est tranquille et calme.

Les richesses sans la vertu ne sont jamais à l'abri du reproche ; mais renier la vertu et les richesses, voilà le comble du bonheur.

L'or est le fils de Jupiter ; ni la rouille ni les vers ne rongent ce métal, qui agite si merveilleusement l'intelligence des mortels.

Ὄλβιε γάμβρε, σοὶ μὲν δὴ γάμοσ, ὠς ἄραο
ἐκτετέλεστ᾽ ἔχεις δὲ πάρθενον, ἄν ἄραο

Heureux époux : tes noces sont terminées au gré de tes désirs ; tu possèdes la jeune beauté que tu souhaitais.

Architectes, donnez plus d'élévation à ces portes, car l'époux qui s'avance est semblable au dieu Mars : il est beaucoup plus haut qu'un homme d'une grande taille.

Ils tenaient tous ensemble des vases, offraient des libations et faisaient des vœux pour le bonheur du nouvel époux.

Jamais une fille ne fut égale en beauté à celle-ci, ô mon gendre !

έσπερε, πάντα φέρων, ὄσα φαίνολις ἐσκέδασ᾽ αγως,
φέρεις οἴν, φέρεις αἶγα, φέρεις ἄπυ ματέρι παῖδα.

Hespérus, tu apportes avec toi tous les bonheurs : tu nous annonces l'heure de vider les coupes ; tu ramènes les troupeaux à la bergerie et la jeune bergère auprès de sa mère. Hespérus, tu rassembles tous les êtres que l'Aurore avait dispersés par le retour de sa lumière.

A. Παρθενία, παρθενία, ποῖ με λίποισ᾽ ἀποίχῃ;
B. Οὐκέτι ἤξω πρὸ
ς σέ, οὐκέτι ἤξω.
Virginité, virginité, où t'envoles-tu après m'avoir abandonnée ? ... Je ne reviendrai plus vers toi, je ne reviendrai plus.

Venez ici, Muses, abandonnez votre brillant séjour ! ... Venez maintenant, Grâces délicates, et vous Muses à la belle chevelure ; ... Venez chastes Grâces aux bras de rose, venez, filles de Jupiter ! ...

Luth divin, réponds à mes désirs, deviens harmonieux ! ... C'est toi-même, Calliope ...

Les dédains de la tendre et de la délicate Gyrine ont enfin déterminé mon cœur pour la belle Mnaîs... L'amour agite mon cœur comme le vent agita les feuilles des chênes sur les montagnes... Je volerais sur le sommet élevé de vos montagnes et je m'élancerais entre tes bras, toi pour qui je soupire... Tu m'enflammes... tu m'oublies entièrement ou tu en aimes un autre plus que moi... Mets des couronnes de roses sur tes beaux cheveux ; cueille avec tes doigts délicats les branches de l'aneth... La jeune beauté qui cueille des fleurs en paraît encore plus charmante et plus belle... Les victimes ornées de fleurs sont agréables aux dieux, ils dédaignent toutes celles qui ne sont point parées de guirlandes... Je vais chanter maintenant des airs mélodieux qui feront les délices de mes amantes... Le rossignol annonce le printemps par ses doux sons... Plusieurs guirlandes et plusieurs couronnes de fleurs environnaient son cou... L'Amour est fils de la terre et du ciel... La Persuasion est fille de Vénus... Réjouissez-vous, jeune épouse ; réjouissez-vous, époux respectable !... Ami, tenez-vous vis-à-vis de moi ; que vos yeux brillent de tout leur feu et de toute leur grâce... L'eau fraîche d'un ruisseau murmure doucement dans ces vergers sous les branches des pommiers... J'ai dormi délicieusement pendant mon songe dans les bras de la charmante Cythérée...

Le bruit des feuilles agitées a dissipé mon sommeil...

Πόλυ πάκιδος δυμελεστέρα, χρύσω χρυσοτέρα.
Ses chants étaient beaucoup plus doux que le son de la lyre, et elle était bien plus précieuse que l'or le plus pur...

Amour, ministre charmant de Vénus...

Ces colombes timides sentaient leur courage se refroidir ; elles laissaient tomber languissamment leurs ailes fatiguées...

Saluez de ma part la fille de Polyanacte...

ρτίως μ᾽ ἀ χρυσοπέδιλλος Ἀύως
L'Aurore à la chaussure d'or paraît déjà à l'horizon...

Toutes les couleurs se confondaient sur son visage...

La lune dans son plein éclairait les cieux...

στερες μέν ἀμφ κάλαν σελάνναν
ἆιψ ἀπυκρύπτοισι φάεννον εἶδος,
ὄπποτα πλήθοισα μάλιστα λάμπης

ἀργυρια γᾶν.

Les étoiles cachent leurs feux brillants dans le voisinage de la lune, surtout lorsque parfaitement arrondi, ce bel astre éclaire la terre...

Le sommeil était étendu sur ses paupières...

Que les vents emportent ceux qui frappent les autres...

Ceux à qui je rends des services importants me font les plus profondes blessures...

Charmante Vénus, je vous ai envoyé des ornements de couleur de pourpre ; ils sont très précieux : c'est votre Sappho qui vous offre ces agréables présents...

Je ne vous estime pas autant que vous le voudriez...

Vos présents m'ont rendue respectable...

Ne vous occupez pas à des choses aussi minutieuses...

Oui c'est un mal de mourir, car si ce n'eût pas été un malheur, les dieux seraient morts eux-mêmes...

Dans la colère, rien ne convient mieux que le silence ; lorsque ses transports sont calmés, il faut encore enchaîner sa langue et ne point se livrer à des discours futiles et emportés...

Les parents de cette jeune beauté gardée avec tant de soin prétendaient qu'elle détestait plus que la mort les discours sur l'hymen...

Par andoar - Publié dans : alliés substanciels
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Lundi 30 mai 2005
Introduction aux Upanishads

 

De 'upa' :proche de, près de, 'ni' : bas, et 'shad' être assis. C'est le fait d'être assis aux pieds du Guru pour recevoir l'enseignement.

Les upanishads forment ce que l'on appelle le Vedanta, de Veda-anta, la fin des Vedas, non seulement parce qu'elles constituent en la partie finale, mais surtout parce qu'elles en sont l'enseignement ultime, atteignant à la plus haute métaphysique, au-delà de laquelle est le royaume du Silence.

Les plus anciennes font en effet partie des Veda, et font donc partie de la shruti. Aussi forment-elles la base, l'essence de la philosophie hindoue. Elles ont trait à l'intégralité de la connaissance et y sont exposés l'origine de l'univers, la nature du Brahman, du jivatman, la relation entre mental et matière, etc… Il n'en demeure pas moins que le thème principal des upanishad est la connaissance ultime : l'identité du Brahman et du jivatman (" Tat tvam asi : Tu es Cela " (Chandgogya Up), la recherche de l'unité au sein de la diversité, (" ce par la connaissance de quoi tout dans l'Univers est connu " (Mundaka Up.). C'est dans les Upanishads qu'apparaît aussi pour la première fois l'exposition de la loi du karma, telle qu'enseignée par Yajnavalkya (Brihadaranyaka Up.)

Ce qui caractérise donc aussi les Upanishads c'est bien entendu leur universalité et leur absence de tout dogmatisme. Elles constituent la plus haute philosophie jamais conçue par l'esprit humain.

Traditionnellement, il y a 108 upanishads (majeures). Elles ont été classées par la suite :

1) 12 upanishads majeures,

- Aitareya et la Kauhsitaki appartiennent au Rg Veda
- Chandogya et Kena au Samaveda
- Taittiriya, Katha, Shvetashvatara, Brhadaranyaka, Isha au Yajur Veda
- Prashna, Mundaka et Mandukya à l'Atharvaveda.

2) 23 samanayayuvedanta upanishads

3) 20 Yoga upanishads

4) 17 samnuasa upanishads

5) 14 vaishnava upanishads

6) 14 shaiva Upanishads

7) 8 shakta upanishads

 

S'il y a plus de de 200 textes qui ont reçu le titre d'upanishads, il vaut mieux s'en tenir à la tradition et notamment à l'enseignement des upanishads 'védiques'.

Les Upanishads sont, nous l'avons vu, l'œuvre de plusieurs auteurs et on ne peut donc faire d'elles, mise à part les 'grandes upanishads' appartenant à la sruti et qui sont en prose, un système de philosophie proprement dit, certaines upanishads se rattachant à des sectes particulières. (cultes de Shiva, de Vishnu, de Ganesha, de Surya, etc…)

Voici la liste traditionnelle des upanishads, donnée dans la Muktika Upanishad :

 1 Ishavasya (majeure)
2 Kena (majeure)
3 Katha (ou Kathaka) (majeure)
4 Prashna (majeure)
5 Mundaka (majeure)
6 Mandukya (majeure)
7 Taittiriya (majeure)
8 Aitareya (majeure)
9 Chhandogya (majeure)
10 Brihadaranyaka (majeure)
11 Brahma (Samnyasa)
12 Kaivalya (Shaiva)
13 Jabala (Shaiva)
14 Shvetashvatara (majeure)
15 Hamsa (Yoga)
16 Arunika (Samnyasa)
17 Garbha (Samanaya)
18 Narayana (Vaishnava)
19 Paramahamsa (Samnyasa)
20 Amritabindu (Yoga)
21 Amritanada (Yoga)
22 Atharvashiras (Shaiva)
23 Atharvashikha (Shaiva)
24 Maitrayani (Samanaya)
25 Kaushitaki (majeure)
26 Brihajjabala (Shaiva)
27 Narisimhatapaniya (Vaishnava)
28 Kalagnirudra (Shjaiva)
29 Maitreyi (Samnyasa)
30 Subala (Samanaya)
31 Kshurika (Yoga)
32 Mantrika (Samanaya)
33 Sarvasara (Samanaya)
34 Niralamba (Samanaya)
35 Shukarahasya (Samanaya)
36 Vajrasuchika (Samanaya)
37 Tejobindu (Yoga)
38 Nadabindu (Yoga)
39 Dhyanabindu (Yoga)
40 Brahmavidya (Yoga)
41 Yogatattva (Yoga)
42 Atmabodha (Samayana)
43 Naradaparivrajaka (Samnyasa)
44 Trishikhibrahmana (Yoga)
45 Sita (Shakta)
46 Yogachudamani (Yoga)
47 Nirvana (Samnyasa)
48 Mandalabrahmana (Yoga)
49 Dakshinamurti (Shaiva)
50 Sharabha (Shaiva)
51 Skanda (Samanaya)
52 Tripadvibhutimahanarayana (Vaishnava)
53 Advayataraka (Yoga)
54 Ramarahasya (Vaishnava)
55 Ramatapaniya (Vaishnava)
56 Vasudeva (Vaishnava)
57 Mudgala (Samanaya)
58 Shandilya (Yoga)
59 Paingala (Samanaya)
60 Bhikshuka (Samnyasa)
61 Maha (Samanaya)
62 Shariraka (Samanaya)
63 Yogashikha (Yoga)
64 Turiyativadhuta (Samnyasa)
65 Samnyasa (Samnyasa)
66 hamsaparivrajala (Samnyasa)
67 Akshamala (Shaiva)
68 Avyakta (Vaishnava)
69 Ekakshara (Samayana)
70 Annapurna (Samanaya)
71 Surya (Samanaya)
72 Akshi (Samanaya)
73 Adhyatma (Samanaya)
74 Kundika (Samnyasa)
75 Savitri (Samanaya)
76 Atma (Samanaya)
77 Pashupatabrahma (Yoga)
78 Parabrahma (Samnyasa)
79 Avadhuta (Samnyasa)
80 Tripuratapini (Shakta)
81 Devi (Shakta)
82 Tripura (Shakta)
83 Katharudra (Samnyasa)
84 Bhavana (Shakta)
85 Rudrahridaya (Shaiva)
86 Yogakundali (Yoga)
87 Bhasmajabala (Shaiva)
88 Rudrakshajabala (Shaiva)
89 Ganapati (Shaiva)
90 Darshana (Yoga)
91 Tarasara (Vaishnava)
92 Mahakavya (Yoga)
93 Panchabrahma (Shaiva)
94 Pranagnihotra (Samanaya)
95 Gopalatapini (Vaishnava)
96 Krishna (Vaishnava)
97 Yajnavalkya (Samnyasa)
98 Varaha (Yoga)
99 Shatyayana (Samnyasa)
100 Hayagriva (Vaishnava)
101 Dattatreya (Vaishnava)
102 Garuda (Vaishnava)
103 Kalisamtarana (Vaishnava)
104 Jabali (Samnyasa)
105 Saubhagyalakshmi (Shakta)
106 Sarasvatirahasya (Shakta)
107 Bahvricha (Shakta)
108 Muktika (Samanaya)

A côté, on trouve des upanishads dont les textes sont pourtant importants :

(109) Yogasara
(110) Vedantasara
(111) Sivajnanamrita
(112) Advaitamrita
(113) Svarupabodha
(114) Brahmarahasya
(115) Brahmanubhava
(116) Vucharabindu
(117) Jyotirbindu
(118) Anandabindu

Isha Upanishad

L'Isha Upanishad la seule upanishad qui fasse partie intégrante d'un Samhita, d'où son second nom de Samhitopanishad. Elle forme le dernier chapitre du Sukla Yajur Veda Samhita (Yajur Veda blanc). Elle est en vers, appelée comme toutes les upanishads en vers une mantropanishad. Son nom dérive du premier mot du premier mantra qui la compose. Dans toutes les listes ou énumérations d'upanishads, elle figure en première place. L'Isha Upanishad est une des Upanishads qui a été commentée par Adi Shankaracharya. Il expose que l'upanishad présente deux voies pour les aspirants spirituels : la première pour les jnanins (voie de la connaissance) et l'autre pour ceux qui n'ont pas atteint le développement intérieur requis pour renoncer aux désirs et adopter cette voie. Un tel jnanin n'a pas à accomplir de rites. L'upanishad le concerne dans ses huit premiers vers. La seconde partie concerne ceux qui sont encore attachés au monde. Ceux-ci doivent accomplir les rites et leurs devoirs tout en acquérant la connaissance.

L'Isha Upanishad a donné lieu à des interprétations différentes qui peuvent ne pas retenir cette division donnée par Shankara. En français la traduction de Sri Aurobindo se distingue. Nous avons autant que faire se peut suivi le texte au mot à mot pour éviter tout glissement, avec en vue aussi bien l'interprétation de Shri Shankaracharya que celle de Shri Aurobindo.

 

 

Aum. Tout ce qui est changeant dans le monde, tout cela est enveloppé par le Seigneur. Par la renonciation à cela, aide-toi. Ne convoite pas la richesse d'autrui.

Certes, en faisant les oeuvres, on doit désirer vivre cent ans ici (1) . Pour un homme tel que toi, il n'y a pas d'autre moyen que celui-ci, par lequel l'action ne s'attache pas (à l'homme) (2).

Ces mondes asuriques (démoniaques) sont enveloppés d'aveugles ténèbres. Ceux qui tuent le Soi y vont après leur départ.(3)

Cela demeure sans mouvement, un(ique) et plus rapide que la pensée, les dieux (les sens) ne peuvent l'atteindre dans sa progression en avant. Demeurant stable, il distance tous les autres qui courent. Cela étant là, Matarisva (l'air, l'énergie cosmique) supporte toutes les activités.(4)

Cela se meut, Cela ne se meut pas; Cela est loin, Cela est près; Cela est au-dedans de tout; Cela est aussi à l'extérieur de tout.

Celui qui voit tous les êtres dans l'Atman même et l'Atman dans tous les êtres, ne ressent aucune haine du fait de cela (cette réalisation).

Lorsque pour celui qui sait, tous les êtres sont devenus l'Atman même, alors quelle illusion, quelle peine peut-il y avoir, pour lui qui voit l'unité ?

Il est omnipénétrant, pur, sans corps, sans nerfs, sans blessure, sans tâche, non touché par la faute, omniscient, gouverneur du mental, transcendant et existant par lui-même; Il a assigné les devoirs pour les Prajapatis (années éternelles). (5)

Ceux qui rendent culte à avidya (ignorance ou rites) entrent dans des ténèbres aveuglantes. En de plus grandes ténèbres que celles-ci entrent ceux qui sont engagés en vidya (connaissance, philosophie, méditation sur les dieux).

Ils disent que par vidya un résultat différent (est obtenu) et que par avidya un résultat différent (est obtenu); ainsi avons-nous entendu des sages qui nous l'ont expliqué.

Celui qui connaît à la fois vidya et avidya, ayant conquis la mort par avidya, atteint l'immortalité par vidya.

Ceux qui se vouent au non-devenir (prakrti non manifestée) entrent dans des ténèbres aveuglantes. En de plus grandes ténèbres entrent ceux qui se vouent au devenir (hiranyagarbha).

Ils disent qu'un résultat différent est obtenu par le culte du devenir et qu'un résultat différent est obtenu par le culte du non-devenir. Ainsi l'avons-nous entendu des sages qui nous l'ont expliqué.

Celui qui connaît à la fois le non-devenir (prakriti) et la destruction (le devenir) atteint l'immortalité par le non-devenir en conquérant la mort par la destruction.

L'entrée de la Vérité est cachée par un plateau doré. O toi, Soleil, ôte-le pour que je la voie, moi qui suis par nature véridique.

O nourrisseur, voyageur solitaire, contrôleur, acquéreur, fils de Prajapati, retire tes rayons, ramasse ta lumière. Je vois cette forme qui est tienne qui est la plus bénie. Je suis ce purusha (cette personne) qui est là.

Que mon énergie vitale atteigne maintenant l'Air éternel; que ce corps soit réduit en cendres. Aum. Mental, rappelle-toi de ce qui a été fait, rappelle-toi de ce qui a été fait.

O Agni (Feu), connaissant toutes nos actions, conduis-nous par le bon chemin à la jouissance des fruits de nos actions; ôte de nous toutes les fautes malhonnêtes. Nous t'offrons beaucoup de salutations.

 

Aum. Cela (Brahman inconditionné) est infini, ceci (Brahman conditionné) est infini. De l'infini (inconditionné) est apparu l'infini (conditionné). En prenant l'infini de l'infini (conditionné), il demeure comme le seul infini (inconditionné). (L'Infini inconditionné) demeure le même, même si l'infini (conditionné) est apparu à partir de lui.

Amrtabindupanishad
(et Brahmabindupanishad)

Upanishad : goutte (de nectar) d'immortalité

 

L'Amrtabindupanishad est la première Upanishad que nous éditons, considérant que tous les concepts qu'elle contient peuvent maintenant être compris, au moins de manière intellectuelle, par les lecteurs de RAMA NAMA qui ont étudié profondément la partie 'intitulée 'HAMSA' jusqu'à maintenant.

L'Amritabindupanishad est l'une des 5 "Bindu Upanishads", avec la Nadabindupanishad, la Brahmabindupanishad, la Dhyanabindupanishad et la Tejabindupanishad. Le texte de la Brahmabindupanishad est pratiquement identique et nous en donnons les quelques différences. L'Amritabindupanishad est rattachée à l'Atharva Veda. Elle a aussi cinq strophes en commun avec la Maitrayana Upanishad.

Il semble que la mention de 'Vasudeva' à la fin soit relativement tardive, alors que l'Upanishad est elle-même considérée comme très ancienne.

C'est bien entendu à chacun de méditer sur cetteUpanishad, résumé de toute sagesse. Rappelons que le "bindu" est le point de la lettre AUM, symbolisant le quatrième état.

 

(Le texte est paru dans RAMA NAMA avec d'abord le texte en sanscrit et les caractères devanagari ainsi qu'en translitteration, mais il n'est possible de reproduire ici ni l'un ni l'autre. On ne trouvera donc ici que la traduction française, sans même les notes relatives aux différences de texte entre l'Amrtabindupanishad et la Brahmabindupanishad)).

 

Le mental est dit être principalement de deux sortes : pur et impur. Le mental impur est celui qui est possédé de désirs, et le pur est celui qui est dépourvu de désirs.

En vérité le mental est la cause de la servitude et de la libération des hommes. Le mental qui est attaché aux objets des sens conduit à l'esclavage, et celui qui est détaché des objets des sens conduit à la libération. Telle est la smrti.

Puisque la libération est pour le mental dépourvu de désir envers les objets des sens, le mental doit toujours être rendu libre d'un tel désir par celui qui cherche la libération.

Lorsque le mental, son attachement pour les objets des sens étant annihilé, est pleinement contrôlé dans le coeur et qu'il réalise ainsi sa propre essence, alors c'est l'Etat Suprême.

On doit le contrôler jusqu'à ce qu'il s'unisse dans le coeur. Ceci est la Connaissance et c'est Dhyana (méditation) aussi. Tout le reste n'est qu'argumentation et verbiage.

Cela n'est ni concevable ni inconcevable, il est à la fois concevable et inconcevable. Dans cet état ce Brahman libre de toute partialité est atteint.

On doit pratiquer le Yoga sur Om d'abord au moyen de ses lettres, puis méditér sur Om sans ses lettres. Finalement l'idée du non-être est atteinte comme être (on atteint l'Être, pas le non-être).

Cela seul est Brahman, sans parties, sans doute, sans teinte.En réalisant "Je suis ce Brahman", on devient le Brahman immuable.

Sans doute (ou sans distinction), infini, au-delà de la raison et de l'analogie, au-delà de toutes preuves et sans cause, Le connaissant, le sage devient libre.

La plus haute vérité est : il n'y a ni contrôle du mental, ni jeu du mental, je suis pas attaché ni ne suis un adorateur ni ne suis un chercheur de libération ni un être qui a atteint la libération.

En vérité l'atman doit être connu comme étant le même dans ses états de veille, de rêve et de sommeil profond. Pour celui qui a transcendé les trois états il n'y a plus de renaissance.

Etant l'Un, l'Âme universelle est présente en tous les êtres. Quoiqu'unique il est vu comme plusieurs, comme la lune dans l'eau (9b).

Tout comme c'est la jarre qui, lorsqu'elle est enlevée, change de place et non l'akasha contenu dans la jarre, de même c'est le jiva qui ressemble à l'akasha.

Quand les formes diverses comme la jarre se brisent encore et encore, il ne sait pas qu'elles sont cassées, mais Il sait parfaitement.

Etant couvert par Maya, qui est un simple son, au travers de l'obscurité Il ne connaît pas l'Akasha. Lorsque l'Ignorance se déchire, étant alors Lui-même Il voit l'unité.

La Parole impérissable est le Suprême Brahman.. Quand elle s'est évanouie, l'impérissable demeure. Que le sage médite sur l'impérissable, s'il souhaite la paix de son âme.

Deux sciences doivent être connues : la Parole-Brahman (le Verbe-Brahman) et le Suprême Brahman. Celui qui s'est plongé profondément dans le Verbe-Brahman atteint le Brahman Suprême.

Que celui qui souhaite obtenir la connaissance, après avoir étudié les traités de connaissance intérieure et de connaissance extérieure, les abandonne entièrement, comme l'homme qui cherche à obtenir le grain abandonne la paille.

Des vaches qui ont des couleurs diverses le lait est de la même couleur. On doit regarder Jnana (la Connaissance) comme le lait, et les différents traités comme les vaches.

Comme le beurre caché dans le lait, l'intelligence demeure en chaque être. Elle doit être constamment barattée par la tige servant à baratter qu'est le mental.

Prenant la corde de la connaissance, on doit en faire sortir, comme le feu, le suprême Brahman. Je suis ce Brahman invisible, immuable, et calme, ainsi pense-t-on.

Celui en qui tous les êtres résident et Qui réside en tous les êtres par la vertu de Son être répandant la grâce, Ce Vasudeva, je le suis, ce Vasudeva, je le suis.

 

Tejabindu Upanishad
Upanishad du Point de Feu

 

La Tejabindu Upanishad est la dernière des cinq
"bindu" upanishads faisant partie de l'Atharva Veda.

 


1.- Om. Au sujet du Point de Feu (1). Sa méditation suprême est au-delà du monde, située dans le coeur, (atteignable) par l'Anava, le shakta et le Sambhvava (2); (la méditation) est grossière, subtile aussi bien que transcendantale.


2.- Même pour le sage et le penseur, cette méditation est difficile à accomplir, difficile à atteindre, difficile à connaître et difficile à supporter.


3.- (Pour l'atteindre, il faut être) frugal en ce qui concerne la nourriture, maître de la colère, de l'attachement et de ses passions; libre des paires d'opposés, dépourvu du sens de l'ego et libre du sens de la possession.

4.-On doit être quelqu'un qui rend accessible ce qui est inaccessible, quelqu'un dont le seul but est de ne servir que le Guru et sa cause. (Les sages) en atteignent les trois portes. (Aussi) l'Âme Suprême est-elle dite posséder trois accès (3)


5.- Ceci est suprême, caché dans le mystère, lieu de repos et imperceptible; c'est Brahman, sans support, de la nature de l'espace illimité, atomique (indivisible et minuscule) et subtil. C'est la Demeure Suprême de Vishnu (4)


6.- Tryambaka(5), contenant les trois Gunas, support (de tout); les trois mondes sont ses composants élémentaires et essentiels; dépourvu de forme, immuable, inconditionné, qui ne peut être contenu, et sans substratum.


7.- C'est l'état libre de toute condition limitante, au-delà du domaine de la parole et du mental, perceptible par la pensée sur son propre état (d'être), et abandonné par les mots dénotant la pluralité aussi bien que l'unité.


8.- Le Bonheur lui-même, au-delà de la causalité du bonheur, difficile à être vu, sans naissance, immuable, libre de toutes fonctions mentales, éternel, constant et impérissable.


9.- C'est Cela qui est Brahman. Il est Cela qui est adhyatma (spirituel), Il est Cela qui est la limite extrême. Il est Cela qui est le Refuge Suprême; Il est connaissance, indépendant de ce qui est mental, Il est l'Atman, Il est de la nature de l'espace infini, établi (en tout).


10.- Bien qu'Il soit ce qui n'est pas vide, quoique conçu comme vide, Il transcende le vide et Il est fixé fermement. Là il n'y a ni penseur, ni pensée ni pensable. On doit pourtant méditer sur Cela.


11.- Cela est Tout, Suprême, de la nature de l'espace, il n'y a rien qui lui soit supérieur; plus haut que le plus haut, inconcevable et libre des expériences de l'état de veille. Ce n'est pas que les sages qui se dévouent eux-mêmes à la Vérité ne connaissent pas Cela comme Réalité. Ce n'est pas non plus que les dieux ne connaissent pas Le Plus Haut.


12.- Il n'est pas (connu de ceux pourvus d') avarice, d'illusion, de peur, d'égoïsme, de désir, de colère et de péché (ou de maladie) ou qui connaissent froid et chaud, faim et soif ou résolution mentale et indécision, ou qui sont fiers de leur naissance dans une famille brahmane, ou d'avoir lu une masse de livres sur Mukti (la libération).


13.- Il n'est pas (connu de ceux qui connaissent) la peur, ou le plaisir et la peine, ou l'honneur et la disgrâce. A celui qui est libre de ces idées, Brahman se manifeste, à celui dont le plus haut refuge est Brahman, oui, ce Suprême Brahman se manifeste à celui dont le refuge le plus haut est Brahman.


Ici se termine la Tejabindupanishad, contenue dans l'Atharvaveda.

 

(1) Le Point de Feu est bien entendu l'Atman, la Lumière des lumières.
(2) Ce sont les trois modes d'initiation mentionnées dans les écritures : 1) Anava où le Guru communique un mantra à son disciple que ce dernier doit répéter et l'instruit par ailleurs; 2) Shakta : conférée par les siddhas(âmes parfaites) qui peuvent instiller la plus haute conscience spirituelle dans le disciple sans que celui-ci ait à entreprendre une sadhana particulière; 3) Shambhava, où les plus grands instructeurs de l'humanité élèvent le disciple au plus haut stade de réalisation.
(3) Les trois portes, si l'on s'en réfère au vers lui-même et au précédent, sont rle renoncement, l'absence d'ego et le dévotion envers le Guru. Les trois accès : état de veille, de rêve et de sommeil profond.
(4) Dérivé de la racine 'vish", il signifie "ce qui imprègne tout, ce qui réside en tout".
(5) Tryambaka : à trois yeux.

 

Sarvopanishad
(ou Sarvasaropanishad)
(avec notes de C.C. Krishna)

L'un des objets du Bhavan, et, comme écrit dans ses statuts, de l'Ashram tout récemment fondé, est la traduction en français d'oeuvres sanscrites, plus particulièrement vedantiques. Les Upanishads contenant l'essence du Vedanta, il nous a semblé prioritaire d'en traduire et d'en faire paraître certaines, de dimension réduite, dans RAMA NAMA.

Les lecteurs de RAMA NAMA, pour autant qu'ils ont étudié la partie nommée 'HAMSA', sont maintenant à même d'en comprendre les 'concepts' et donc la teneur hautement spirituelle, la plus élevée que l'esprit humain ait jamais atteinte.

Après l'Amrtabindu Upanishad, parue dans le n° 53 d'avril 1998, voici la Sarvopanishad, dont on dit qu'elle est la quintessence des Upanishads. Elle définit d'abord 23 sujets en ordre consécutif, jusqu'au Parabrahman.

Pour cette traduction, nous nous sommes servis de 2 textes sanscrits, ayant entre eux quelques différences véritablement mineures. Les différences très minimes n'ont pas été signalées; celles un tout petit peu plus importantes, dans les mots, mais qui n'altèrent pas le sens, l'ont été en notes ('V2 pour 'version 2''). La différence majeure réside en un sloka qui diffère quelque peu, ainsi qu'en d'autres slokas figurant dans certains textes à la fin de l'upanishad et qui semblent avoir été rajoutés plus tardivement, mais que nous faisons paraître ici, afin d'être complets. Nous avons, comme pour l'Amrtabindu Upanishad, donné la translittération du sanscrit en lettres romaines (avec des signes diacritiques cette fois au complet) selon les règles standardisées en juin 1988 par la Librairie Nationale de Calcutta mais déjà utilisée auparavant.

La seule traduction française de cette upanishad semble être celle de B. Tubini, parue chez Adrien Maisonneuve en 1952 et très certainement disparue de la circulation.

 


Om. Qu'est-ce que le lien (1) ? Qu'est-ce que la libération ? Qu'est-ce que l'Ignorance ? Qu'est-ce que la Connaissance ? Que sont les états de veille, de rêve, de sommeil profond et Turiya (2)?

Que sont annamaya, pranomaya, manomaya, vijnanamaya et Anandamayakoshas ? (3) Qu'est-ce que l'agent, qu'est-ce que le jiva, le connaisseur du champ, le Témoin, le Kutastha (4), l'Antaryamin (5)? Qu'est-ce que l'atman interne, qu'est-ce que le Paramatman, l'Atman, Maya ?

Le seigneur de l'atman voit le corps et autres choses de même nature comme des choses autres que l'atman : cet égoïsme est l'esclavage de l'atman. Sa cessation est la libération. Ce qui cause cet égoïsme est l'Ignorance. Ce par quoi cet égoïsme est complètement repoussé est la Connaissance.

Lorsque l'atman, au moyen de ses quatorze organes des sens (6) commençant avec le manas (mental) et favorablement influencé par le soleil (Aditya) et le reste (7) qui apparaissent à l'extérieur, perçoit les objets grossiers tels que le son etc... (8), alors c'est l'état de veille de l'Atman. Lorsque, même en l'absence de son etc... (7), il n'est pas dénué de pensée envers eux (7), il expérimente le son et le reste sous forme de désir par le moyen des quatre organes (9), c'est l'état de rêve de l'Atman. Lorsque les quatorze organes cessent leur activité et qu'il y a absence de connaissance différenciée (10), c'est l'état de sommeil profond de l'Atman.

Lorsque l'essence de la conscience qui se manifeste sous forme des trois états est un témoin des états, elle-même dépourvue d'état, positif ou négatif, et demeure dans l'état de non-séparation et d'unité, alors on l'appelle Turiya.

L'ensemble des six enveloppes formées par la nourriture (11) est appelé Annamayakosha (enveloppe formée de nourriture). Lorsque les quatorze sortes de Vayu (12), qui commencent avec le Prana, sont dans l'enveloppe formée de nourriture, on l'appelle alors Pranamayakosha (enveloppe formée de prana, enveloppe vitale).

Lorsque l'Atman, uni à ces deux enveloppes, accomplit, au moyen des quatre organes qui commencent avec le manas (6), les fonctions de désir et autres qui ont comme objets le son et les autres, on l'appelle Manomayakosha (enveloppe mentale)

Lorsque l'Atman, uni à ces trois enveloppes et en connaissant les différences et les non-différences, brille, il est alors appelé Vijnanamayakosha (enveloppe de connaissance, enveloppe intellectuelle).

Lorsque ces quatre enveloppes demeurent dans leur propre cause qui est Connaissance, de la même manière que le banyan demeure dans la graine de banyan, on l'appelle alors Anandamayakosha (enveloppe formée de béatitude).

Lorsqu'il demeure dans le corps comme siège de l'idée de plaisir et de peine, il est alors appelé Karta (l'agent). L'idée de plaisir est celle qui appartient à 'celui qui désire les objets' et l'idée de peine aux objets indésirables.Le son, le toucher, la vue, le goût et l'odorat sont les causes du plaisir et de la peine.

Lorsque l'Atman, suivant les actions bonnes et mauvaises, s'est lié au corps actuel et est vu effectuer une union avec le corps non encore reçu, il est alors appelé Jiva (âme individuelle), du fait qu'il est limité par des upadhis (adjonctions limitantes) (13).

Les cinq groupes sont ceux qui commencent avec le mental (6), ceux qui commencent avec le prana (14), ceux qui commencent avec Sattva (15), ceux qui commencent avec la volonté (16), et ceux qui commencent avec le mérite et le démérite (17). L'ego possédant les attributs de ces cinq groupes ne périt pas sans la connaissance de l'Atman toujours atteint.

Ce qui, du fait de sa proximité avec l'Atman, apparaît impérissable et est attribué à l'Atman, est appelé Lingasharira (corps subtil), le noeud du coeur. La Conscience qui s'y manifeste est appelée le Connaisseur du champ (18).

 

Celui qui est le connaisseur de la manifestation et de la disparition du connaisseur, de la connaissance et de l'objet qui peut être connu, mais qui est lui-même dépourvu d'une telle manifestation et d'une telle disparition, est appelé le Témoin.

Quand, étant perçu d'une manière indifférenciée dans la conscience de tous les êtres, à commencer par Brahma jusqu'à la fourmi, il demeure dans la conscience de tous les êtres, il est alors appelé le Kutastha (celui qui réside dans l'irréel).

Quand, se tenant comme moyen de réaliser la nature réelle du Kutastha et autres, qui sont des différenciations du fait qu'ils possèdent des adjonctions limitantes, l'Atman se révèle comme tissé en tous les corps comme le fil dans un collier de perles, il est alors appelé l'Antaryamin (le Seigneur intérieur).

Quand l'Atman brille, libre de toutes les adjonctions limitantes, comme une entièreté homogène de conscience dans son essence de pure Conscience, alors on l'appelle "Toi", et l'Atman intérieur (pratyagatman).

(A la place du shloka précédent, la V2 donne celui-ci :)

Vérité, Connaissance, Béatitude, Infini, libre d'adjonctions limitantes, de la même manière qu'un lingot d'or est libre des adjonctions limitantes que sont bracelets, diadèmes et autres choses, lorsque l'Atman brille ainsi dans son essence, faite entièrement de Connaissance et d'esprit, il est alors appelé 'Toi'.

La Vérité, la Connaissance, l'Infini, la Béatitude, c'est Brahman. La Vérité est impérissable; ce qui, lorsque nom, espace, temps, substance, et cause sont détruit, ne meurt pas, c'est l'Impérissable; et c'est appelé la Vérité.
Et la Connaissance, cette essence de Conscience qui n'a ni commencement ni fin, on l'appelle Connaissance. (3) (V2 : "Ce qui n'a ni naissance, ni déclin, ni différenciation est appelé Connaissance.")

 

Ce qui est nommé Infini est ce qui est, comme l'argile dans les transformations de l'argile, comme l'or dans les transformations de l'or, comme le fil dans les fabrications de fil, permanent; la Conscience omnipénétrante qui est en tous les phénomènes de création à commencer par le Non-Manifesté, est appelée Infini. Ananda (béatitude) est le nom de l'essence de la Conscience, océan de béatitude sans mesure, état de bonheur indifférencié. Cela, dont la nature quadruple est une indication, et qui est permanent en espace, temps, substance et cause, est appelé l'être de Cela , Paramatman, Parabrahman.

Distingué de l'être de "Tu" (tvam) qui est doué d'attributs aussi bien que de l'être de "Cela" (Tat) doué d'attributs, ce qui pénètre tout comme le ciel, subtil, entièreté par lui-même, pure Existence, être de "Es" (Asi) (19). Lumineux par lui-même, on en parle comme de l'Atman; l'être du "pas Cela" est aussi appelé Atman.

Ce qui est sans commencement, fécond, ouvert à la fois à la preuve et à la preuve du contraire, ni réel ni irréel, ni réel-irréel, non existant lorsque, du fait de l'immuabilité de sa propre essence, la cause du changement est constatée , existant lorsqu'elle n'est pas constatée, qui est indéfinissable, est appelée Maya.


Ici se termine la Sarvopanishad, qui fait partie de l'Atharvaveda.

 

(Alors que le premier texte s'arrête ici comme dans beaucoup de textes,
on trouve quelquefois cette partie, qui semble être d'un autre auteur :)

 

L'esprit empirique des profanes, inférieur, ne subsistant pas dans les trois temps, habitant ceux qui sont vulgaires, ne valant pas d'être mentionné, est incapable de parler de cette ignorance. Je ne suis pas ce moi, je suis Dieu et ni les sens ni la buddhi ni le manas, ni l'ahamkara ne sont éternels.

Sans prana, sans manas, sans buddhi et autres, je suis toujours pur. Je suis toujours témoin, je suis , sans nul doute, pure Existence éternelle.

Je ne suis ni l'agent ni sujet qui jouit mais témoin de la Nature (naturante, prakrti); ma proximité fait mouvoir le corps et les autres.

Immuable, éternel, béatitude éternelle, je suis pur, fait de Connaissance, sans tâche. Je suis l'Atman de tous les êtres, omniprésent, témoin, il n'y a pas de doute.

Je suis le Brahman qui doit être connu par tous les vedanta(s). Je ne dois pas être connu sous les formes d'éther (espace), de vent (air) etc. Je n'ai pas de forme ni de nom ni d'action. Je suis Brahman, fait d'Existence-Conscience-Béatitude.

Je ne suis pas le corps, comment naissance et mort m'affecteraient-elles ? Je ne suis pas le prana, comment faim et soif m'affecteraient-elles ? Je ne suis pas intelligence, comment la peine et l'attachement m'affecteraient-ils ? Je ne suis pas agent, comment servitude et libération m'affecteraient-elles ?

 


Quelques notes parmi celles parues dans RAMA NAMA

(a) La V2 précise ici 'kosha' - enveloppes).
(k) En revanche, elle ne porte pas ici le 'iccha' (désir).
(11) A savoir : nerfs, os, moëlle, peau, chair et sang.
(12) 'Vent, air'. Les 14 sont les pranas et les vayu secondaires : prana, apana, vyana, udana, samana, naga, kurma, krkara, devadatta dhananjaya, vairambhana, sthanamukhya, pradyota et prakrta.
(13) Lorsque l'Atman, selon les bonnes et mauvaises actions, est lié avec le corps actuel et qu'il établit une connexion avec le corps futur....
(14) V. 'HAMSA' : udana, prana, vyana, samana, apana.
(15) d° : sattva, rajas, tamas, les trois guna.
(16) Le groupe Iccha, à savoir, volonté, désir, résolution, doute, envie, incrédulité, satisfaction, désir de satisfaction, honte, peur et imagination.
17) Le groupe Punya : mérite, démérite, savoir et samskaras.
(18) Le champ est le corps : les fruits de l'action y sont produits et récoltés comme dans un champ.
(n) La V2 porte, ici, en plus : 'vfoukf'k' (avin¡¿i) : impérissable.
((r) La V2., au lieu de 'param¡tm¡ paraÆ brahmetyucyate', a 'ijekResR;qP;rs' -param¡tmetyucyate) : donc simplement : 'est appelé Paramatma', sans ajouter 'Parabrahman'.
(s) Et c'est ici qu'elle parle de Parabrahman, avec ici une différence sensible entre les 2 upanishads. La V2, au lieu de 'satt¡m¡tro.... atmetyucyate' porte simplement 'lÙkkek=LoHkkoa ija czãsr;qP;ess' - satt¡m¡trasvabh¡vaÆ paraÆ brahmetyucyate' - dont l'essence est réalité, est appelé Parabrahman.
(t) Dans ce shloka encore quelques différences, la première : ici au début du shloka, laV2
ajoute :'ek;k uke' - m¡y¡ n¡ma : "Le nom 'Maya'"
(u) Ici la V2 n'ajoute pas 'anir£pyam¡že sat¢ ', elle porte simplement, après 'nir£pyam¡že' sat¢' le suffixe de comparatif 'rj' - tara'. Différence minime encore.
(19) Cela se rapporte à l'une des Mahavakyas : "Tat tvam asi" : (Toi aussi) "Tu es Cela".

 

Atmopanishad

 

Cette upanishad,, très courte, transmet un enseignement d'Angirasa, l'un des 7 rishis,
un prajapati ou créateur de l'humanité, un des 10 fils nés du mental de Brahma.
Considéré comme le prêtre des dieux, il enseigna Brahmavaidya (la connaissance de Brahman)
et il est l'auteur de nombre d'hymnes du Rigveda. Cette upanishad relève de l'Atharvaveda.

 

1.- Om. Puis Angiras (dit) : Le purusha est triple, à savoir : l'Atman extérieur, l'Atman intérieur et le Paramatman. Les deux couches de la peau (épiderme et derme), les ongles, la chair, les poils, les doigts et les orteils, la colonne vertébrale, les ongles (de pied), les chevilles, le ventre, l'ombilic, les hanches, les cuisses, les joues, et les sourcils, le front et les bras, les flancs, la tête, les petites veines et les nerfs, les yeux, et les oreilles, etc... : celui qui a ces choses, et qui est né et meurt, est appelé l'Atman extérieur.

 

2.- Maintenant, en ce qui concerne l'Atman intérieur : en vérité, Il est le Purusha qui, par sa perception de l'air, de l'eau, du feu, de l'air et de l'éther, du désir et de l'aversion, du plaisir et de la peine, de la luxure, de l'illusion, du doute, etc.; qui, par sa perception de l'aigü et du grave (1), du court, du long et prolongé (2), du crié, de l'interrompu abruptement, et du mélangé (3), et qui par sa sensibilité à la danse, à la musique, au vocal et à l'instrumental, à la perte de conscience, au baillement, etc., est le soi qui entend, sent, goûte, pense, comprend, agit et discrimine, dont le signe est la mémoire, (qui étudie) les Puranas, le Nyaya, les Mimansas et les Dharmashastras, et qui distingue le fait d'entendre, de sentir et d'attirer de la généralité des actions : Il est appelé l'Atman intérieur.

 

3.- Maintenant au sujet du Paramatman : En vérité Il doit être réalisé selon les préceptes des Vedas. Et Il (se révèle) à celui qui, par le yoga du pranayama (1), de pratyahara (2) et de samadhi (3), ou par la discrimination, médite sur l'adhyatma (4). Il est comme la graine du banyan, ou comme la graine du shyamaka (5), conçu comme étant aussi subtil que le cent millième de la pointe d'un cheveu, etc. Il ne peut être appréhendé ni perçu. Il est non né, Il ne meurt pas, Il n'est ni desséché, ni brûlé, ni ébranlé, ni percé, ni rompu; Il est au-delà de toutes les qualités (gunas) le Témoin, éternellement pur, de l'essence de l'indivisible, unique subtil, sans composants, sans souillure, sans égoïsme, dépourvu de son, de toucher, de goût, de vue et d'odeur, dépourvu de doute, sans expectation; Il est présent en tout, impensable, indescriptible, Il purifie le sale et le souillé; Il est sans action; Il n'a pas de samkaras (impressions dans le mental) : Il est le Purusha qui est appelé le Paramatman.

 

(1) Le contrôle du souffle, de la respiration. Une des étapes du yoga (maîtrise de pranomayakosa). Ce sujet sera abordé dans HAMSA.
(2) Le retrait des sens, stade suivant du yoga (maîtrise de manomayakosa) (d°)
(3) Stade suivant du Yoga, quelquefois traduit par 'transe' ou 'extase' : état d'union.
(4) La vérité essentielle, essence de toute chose. Comme dans 'Adhyatma ramayana' : le Ramayana dans son essence.
(5) Quoique très petit, ses pousses donnent de longues tiges.

 

DAKSHINAMURTYUPANISHAD

 

Puisse-t-Il nous protéger !
Puisse-t-il nous donner de la réjouissance !
Puissions-nous atteindre la compétence !
Que notre étude soit efficace !
Que jamais nous ne nous haïssions !
Shanti ! Shanti ! Shanti !

 

Om ! Dans le Brahmavarta, au pied d'un gigantesque figuier bhandira, Sanaka et d'autres grands sages s'étaient assemblés pour un grand sacrifice. Désireux de connaître la vérité, ils s'approchèrent du vieux Markandeya avec une offrande sacrificielle dans la main, et ils demandèrent : "Par quel moyen vis-tu aussi longtemps ? Et par quel moyen jouis-tu d'un tel bonheur ?"

Il dit : "C'est par la connaissance du secret le plus haut, de Shiva, la Réalité."

 

"Qu'est-ce qui constitue la connaissance du plus haut secret, de Shiva, la Réalité ? Qui est la déité là ? Quels sont les mantras ? Quelle est la dévotion ? Quels sont les moyens d'atteindre cette connaissance ? Quelles sont les aides nécessaires ? Quelle est l'offrande ? Quel est le temps ? Quel en est le siège ?"

Il dit : "Ce qui constitue la connaissance du plus haut Secret - de Shiva, la Réalité, par laquelle Shiva, le Dakshinamukha arrive par intuition. Il est la Déité qui, au moment de la dissolution universelle, absorbe tout en Lui-même, et qui brille et se réjouit dans le bonheur de Sa propre Béatitude.

 

Kaivalyopanishad

Cette Upanishad appartient à l'Atharvaveda.

(Le texte original sanscrit ainsi que la translittération se trouvent
dans le numéro original deRAMA NAMA)
(Traduction : Gaura Krishna)

 

 

Alors Ashvalayana s'approcha du Seigneur Paramesthi (Brahma) et dit : Enseigne-moi, Seigneur, la connaissance de Brahman, la plus haute, toujours cultivée par le bon, cachée, et par laquelle un homme sage éloigne instantanément toutes les fautes et atteint le Purusha plus haut que le haut (1).

2.- Et à lui, le Grand Père (Brahma) dit : "Connais la au moyen de la foi, de la dévotion et de la méditation. Non par les actions, ni par la progéniture, ni par la richesse, mais par la renonciation, certains atteignent l'immortalité.

3.- Plus haut que les cieux, siégeant dans la caverne (buddhi), cela brille qu'atteint celui qui s'est contrôlé - celui qui s'est contrôlé, qui étant d'un mental pur s'est bien rendu compte de la réalité, par la connaissance du Vedanta et par le sannyasa ou renonciation. Dans la sphère de Brahma, au temps de la dissolution cosmique, ils deviennent tous libérés de l'immortalité apparente la plus haute de l'univers manifesté. (note : ceux qui ne sont pas parvenus à réaliser Brahman dans cette vie du fait de quelque obstacle, demeurent dans le Brahmaloka et se fondent en Brahman au moment du Pralaya).

4-5.- En un endroit retiré, assis dans une posture aisée, pur, le cou, la tête et le corps droits, vivant dans le dernier ordre de la vie religieuse (note : paramahamsa), ayant contrôlé tous les sens, saluant son propre guru avec vénération, méditant au-dedans du lotus du coeur, sans tâche, pur, clair et sans peine.

6.- Inconcevable, non-manifesté, de formes infinies, le bon, le pacifique, l'immortel, l'origine des mondes, sans commencement, sans milieu, sans fin, le seul, omniprésent, Conscience et Béatitude, le sans forme et le merveilleux.

7.- Méditant sur le seigneur le plus haut (Parameshvara), allié à Uma, puissant, à trois yeux, au cou bleu, tranquille, l'homme saint atteint Celui qui est la source de tout, le témoin de tout et qui est au-delà des Ténèbres (de l'ignorance).

8.- Il est Brahma, Il est Shiva, Il est Indra, Il est l'Immuable, le Suprême, le Lumineux par lui-même, Lui seul est Vishnu, Il est le Prana, Il est le Temps (Kala) et le Feu (Agni), Il est la Lune (Chandrama).

9.- Lui seul est tout ce qui a été et tout ce qui sera, l'Eternel (sanatana); Le connaissant, on transcende la mort; il n'y a pas d'autre voie pour la Liberté.

10.- En voyant l'Atman dans tous les êtres, et tous les êtres dans l'Atman, on obtient le Brahman le plus haut, non par d'autres moyens.

11.- Faisant de l'atman l'arani (1) du dessous et de OM l'arani du dessus, par la friction répétée de la connaissance, un homme sage brûle le lien (de l'esclavage).

12.- L'atman ainsi illusionné par Maya ou ignorance, c'est lui qui s'identifie avec le corps et fait toutes sortes de choses. Dans l'état de veille il est celui qui atteint la satisfaction au moyen des divers objets de plaisir, tels que les femmes, la nourriture, la boisson, etc...

13.- Dans l'état de rêve ce Jiva ressent plaisir et peine dans la sphère de l'existence créée par sa propre Maya ou ignnorance. Pendant l'état de sommeil profond, lorsque tout est dissous, il est maîtrisé par Tamas (ou non-manifestation) et vient à exister sous sa forme de bonheur.

14.- Encore, par sa relation avec les actions faites dans de précédentes naissances, cet Atman même retourne à l'état de rêve ou à l'état de veille. L'être qui joue dans les trois cités (note : état de veille, de rêve, de sommeil profond) a fait apparaître à partir de lui toute diversité. Il est le substratum, la béatitude, la Conscience indivisible dans laquelle les trois cités se dissolvent.

15.- De Ceci apparaissent le Prana, le mental, tous les sens, l'éther,l'air, le feu, l'eau et la terre qui supporte tout.

16.- Cela qui est le Suprême Brahman, l'âme de tout, le grand support de l'univers, plus subtil que le subtil, et éternel, cela est toi-même, et tu es Cela.

17.- Cela qui manifeste le phénomène, tel que les états de veille, de rêve et de sommeil profond, Je suis ce Brahman, en réalisant ainsi on est libéré de tous les liens.

18.- Ce qui constitue le jouissable, le jouisseur et la jouissance, dans les trois demeures, différent d'eux Je suis, le Témoin, la Pure Conscience, l'Eternel Bien.

19.- En moi seul tout est né, en moi toute chose demeure, et en moi tout est dissout. Je suis ce Brahman, le sans second.

20.- Je suis plus minuscule que le minuscule, Je suis aussi le plus grand de tout, Je suis l'univers manifesté. Je suis l'Ancien, le Purusha et le Dirigeant, Je suis l'Effulgent, et le Tout-bon.

21.- Sans pieds ni jambes Je suis, d'une puissance inconcevable; Je suis sans yeux et Je suis sans oreilles. Je connais tout et je suis différent de tout. Nul ne peut Me connaître. Je suis toujours l'Intelligence.

22.- Moi seul suis enseigné dans les différents Vedas, Je suis le Révélateur du Vedanta et Je suis aussi le Connaissant des Vedas. Il n'y a pour Moi ni mérite ni démérite, Je ne souffre aucune destruction, je n'ai pas de naissance et je n'ai aucune identité avec le corps et les sens.

23-24.- Pour moi il n'y a ni terre, ni eau, ni feu, ni air, ni éther. Réalisant ainsi le Paramatman qui demeure dans la cavité du coeur, qui est sans parties et sans second, Témoin de tout, au-delà à la fois de l'existence et de la non-existence, on atteint le pur Paramatman Lui-même.


Ici se termine la Première Partie

Nous pensons, en ce qui nous concerne, qu'ici en fait se termine l'Upanishad. La seconde partie semble être un rajout, premièrement parce qu'elle n'apporte strictement rien de nouveau, ensuite parce que le caractère n'a rien à voir avec la haute métaphysique de la première partie, troisièmement parce qu'elle est teintée de brahmanisme, et enfin parce qu'elle qualifie l'Upanishad même de 'Shatarudriya' et semble donc en être distincte, alors que le Shatarudriya est un ensemble de 100 shlokas en louange à Rudra qui forme une partie du Yajurveda. Nous nous devons cependant de la donner.

1.- Celui qui étudie le Shatarudriya est purifié comme par les Feux, il est purifié du péché de la boisson, purifié du péché du meurtre d'un brahmane, des actions faites consciemment ou inconsciemment. Grâce à ceci il a son refuge en Shiva, le Soi Suprême. Celui qui appartient à l'ordre le plus élevé de la vie doit répéter ceci toujours ou une fois (par jour).

2.- Grâce à ceci, on atteint la Connaissance qui détruit l'océan du samsara. C'est pourquoi l'on atteint ainsi le fruit du Kaivalya, vraiment on atteint le fruit du kaivalya (Libération).


Ici se termine la Kaivalyopanishad faisant partie de l'Atharvaveda.

 

Brahmopanishad
(traduction et notes : Gaura Krishna)

 

La Brahmopanishad appartient à l'Atharva Veda. Cette Upanishad
traite de la nature de l'Atman qui connaît quatre états de conscience.

 

1.- Om ! Shaunaka, maître de maison de renom, demanda un jour à Bhagavan Pippalada de la famille d'Angira : Dans ce corps, la cité divine de Brahman, installés (dedans), comment créent-ils (les devas) ? De qui ceci constitue-t-il la gloire ? Qui est celui qui devient toute cette gloire ?

1.- Il (Pippadala) lui (Shaunaka) transmit la suprême sagesse du Brahman : Cela est prana (1), l'Atman (2). Il constitue la gloire de l'atman (3), la vie des devas. Il représente à la fois la vie et la mort des devas (4). Ce Brahman qui brille dans la divine Brahmapura (5) en tant que pur Un, dépourvu d'effets de la manifestation (6), brillant par Lui-même, Omnipénétrant, contrôle (le jiva) de la même manière qu'une araignée contrôle la reine des abeilles (7). De la même manière que les araignées, au moyen d'un fil, projettent et retirent la toile, de même aussi le prana se retire en retirant sa création. Le prana appartient aux nadis (8) comme leur devata. Dans le sushupti (sommeil profond) on va jusqu'à sa propre demeure, comme un faucon avec le ciel. On dit : de la même manière que ce Devadatta (11) ne s'enfuit pas même lorsqu'il est frappé avec un bâton, même alors il ne s'attache pas aux conséquences bonnes ou mauvaises des activités prescrites pour l'homme; de la même manière qu'un enfant se réjouit sans motif ni fruit désiré, même ainsi ce Devadatta jouit du bonheur dans cet état. (12). Il sait qu'il est la Lumière Suprême. Désirant la Lumière il jouit de la Lumière. De même il retourne par le même chemin à l'état de rêve, comme une sangsue : de la même manière qu'une sangsue se porte sur les autres points en face, en se fixant d'abord sur le prochain point. Et cet état qu'il n'abandonne pas pour un état suivant est appelé l'état de veille. Tout comme une déité porte les huit coupes sacrificielles en même temps (13). C'est de Lui que la source des Vedas et des Devas pend comme des seins. Particulièrement dans cet état de veille, bien et mal s'obtiennent pour l'être brillant (14), comme c'est ordonné. Cet atman est totalement étendu par lui-même, il est le contrôleur interne des choses et des êtres, il est l'Oiseau (15), le Crabe (16), le Lotus (17), il est le Purusha, le Prana, la propension à tuer, la cause et l'effet, le Brahman et l'Atman, il est le Devata qui fait connaître toutes choses. Quiconque sait tout cela atteint le Brahman transcendant, le support sous-jacent, le principe subjectif.

2.- Maintenant ce Purusha a quatre sièges : l'ombilic, le coeur, la gorge et la tête (18). En eux brille le Brahman à quatre aspects : l'état de veille, de rêve, de sommeil profond, et le quatrième état. Dans l'état de veille, Il est Brahma, dans l'état de rêve Il est Vishnu, dans l'état de sommeil profond Il est Rudra (19); et dans le quatrième état (turiya) Il est le Suprême Un Indestructible; et Il est encore Aditya (soleil), Vishnu, Ishvara, Il est Purusha, Prana, le Jiva, Il est le Feu, l'Ishvara et le Resplendissant; ce Brahman qui est transcendant brille en eux tous ! En Soi-même, Il est dépourvu de mental, d'oreilles, de mains et de pieds, de lumière. Il n'y a pas non plus de mondes existants ou non-existants, ni de Vedas ou d'absence de Vedas, ni de Devas qui existent ou n'existent pas, ni de sacrifices qui existent ou non, ni de mère ni de père ni de belle fille existants ou n'existant pas, ni de fils de Chandala ou de Pulkasa qui existent ou n'existent pas, ni de mendiant existant ou non, ni toutes les créatures ou les ascètes existants ou non; seul l'Unique Brahman Suprême y brille. Dans le fond du coeur se trouve cet Akasha de la Conscience, avec de nombreuses ouvertures, le but de la connaissance, à l'intérieur de l'espace du coeur dans lequel tout ceci (l'univers) se développe et se meut, dans lequel tout ceci est voilé et tissé. (Celui qui sait ceci) connaît pleinement toute la création. Là les Devas, les Rishis, les Pitris n'ont aucun contrôle car, étant pleinement éveillé, on devient le connaisseur de toute vérité.

3.- Dans le coeur vivent les Devas, dans le coeur les Pranas sont installés, dans le coeur existent le suprême Prana et la Lumière comme aussi la Cause immanente avec le cordon aux triples sections et le principe Mahat. (20) Cela existe dans le coeur, c'est à dire dans la Conscience. "Mets le cordon sacrificiel qui est extrêmement sacré, qui se manifeste de toute éternité avec Prajapati, qui incarne la longévité, le renom et la pureté, et puisse-t-il être pour toi force et puissance !"

Celui qui est éclairé doit rejeter le cordon extérieur en l'enlevant avec la touffe de cheveux sacrée sur la tête; le Suprême Brahman en tant qu'Omnipénétrant (ou éternel) est le cordon, et il (celui qui est éclairé) doit mettre ceci (le Brahman).

Le Sutra (cordon) est appelé ainsi parce qu'il perce et commence (21). Ce sutra constitue l'Etat Suprême (22). Celui qui connaît ce Sutra est le Vipra (sage), il est parvenu au-delà des Vedas.

Par Cela tout ceci (l'univers) est transfixé, comme une collection de pierres précieuses est enfilée sur un fil. Le Yogi qui est le connaisseur de tous les Yoga et le voyant de la vérité devrait mettre ce cordon.

Etabli dans l'état du Yoga le plus élevé, le sage devrait enlever le cordon extérieur. Celui qui est réellement conscient de soi doit mettre le cordon constitué de la conscience de Brahman.

A cause du port de ce sutra, il ne peuvent ni devenir contaminés ni sales, ceux qui ont ce cordon en eux, ceux qui ont ce cordon sacrificiel de la connaissance.

Eux, parmi les hommes, connaissent le Sutra, ils portent le cordon sacrificiel, ceux qui sont dévoués à Jnana (la Connaissance), qui ont cette Jnana pour touffe de cheveux sacrée, cette Jnana pour cordon sacré.

Pour eux Jnana est le purificateur le plus grand, Jnana est ce qu'il y a de mieux en tant que tel. Ceux qui ont cette Jnana pour touffe de cheveux sont aussi non-différents d'elle que l'est le feu de sa flamme. Le sage est dit être un Shikhi (porteur de la touffe de cheveux), tandis que les autres sont de simples cultivateurs de cheveux. (23)

Mais ceux des classes comme les brahmanes ...qui ont le droit d'accomplir des travaux védiques doivent mettre ce cordon sacré, car surement ce cordon est décrété faire partie de tels travaux.

Celui qui a Jnana comme touffe de cheveux ainsi que pour cordon sacré a tout ce qui caractérise l'état de Brahmane, aussi connais ceux qui connaissent le Brahman !

Ce cordon sacré est, aussi, la purification (même) et ce qui est la fin de tout; et celui qui porte ce cordon sacré est le sage, il est Yajna lui-même aussi bien que celui qui connaît le Yajna.

L'unique Dieu en tous les êtres demeure caché, omnipénétrant et Soi de tous les êtres, contrôlant et surveillant toutes les actions, vivant en toutes les créatures et Témoin, l'Intelligence Suprême, l'Un sans second, sans attributs.

L'unique Être Intelligent parmi les nombreux inactifs, Lui qui fait les nombreux à partir de ce qui est un; les hommes sages qui découvrent cet Atman, la paix éternelle est leur, non aux autres.

Ayant fait de soi-même l'Arani (24) et du Pranava (25) l'arani supérieur, et les frottant ensemble par la pratique de la méditation, vois Le dans sa réalité cachée.

Comme l'araignée tisse sa toile (en dehors d'elle) et la retire, de même le jiva sort de et rentre dans les états de veille et de rêve respectivement.

Le corps ressemble au calice d'un lotus, plein de cavités et la face tournée vers le bas. Sache que cela est la grande demeure de l'univers entier.

Sache que l'état de veille a pour centre les yeux; l'état de rêve doit être assigné à la gorge; l'état de sommeil profond se trouve dans le coeur; et le quatrième état se trouve à la couronne de la tête (26).

Du fait qu'un individu tient son atman dans le Paramatman au moyen de Prajna (compréhension spirituelle), nous avons ce qui est appelé sandhya et dhyana, de même que l'adoration associée au Sandhya (27).

Le Sandhya par méditation est dépourvu de toute offrande de liquide ainsi que de tout effort du corps et de la parole; c'est le principe unificateur pour toutes les créatures, et ceci est réellement le Sandhya pour les Ekadandis (28).

De quoi, sans L'atteindre, la parole retombe avec le mental, cela est la Béatitude (absolue) de cet être incarné, le connaissant le sage est libéré.

(Et la Béatitude est vraiment) l'Atman qui pénètre l'univers entier, comme le beurre dans le lait.

Ceci est la Brahmopanishad, ou la sagesse suprême du Brahman, sous la forme d'une unité de l'Atman de tous, fondée sur la discipline spirituelle (tapas), c'est Vidya ou science de l'Atman.

 

Ici se termine la Brahmopanishad qui appartient à l'Atharvaveda.

 

Paramahamsopanishad

(Traduction :en anglais : Swami Madhavananda
rendue en français avec notes par Gaura Krishna)

(Le texte devanagari ainsi que la translittération ne peuvent être trouvés que dans l'édition imprimée de RAMA NAMA)

 

Aum ! Ô Devas, puissions-nous entendre de nos oreilles ce qui est auspicieux; puissions-nous voir de nos yeux ce qui est auspicieux. Ô vous dignes d'adoration ! Puissions-nous jouir de la durée de la vie attribuée par les Devas, en les louant avec nos corps et nos membres fermes ! Puisse le glorieux Indra nous bénir ! Puisse le soleil omniscient nous bénir ! Puisse Garuda, foudre pour le mal, nous bénir ! Puisse Brihaspati nous accorder le bien-être ! Aum ! Paix ! Paix ! Paix ! Hari Om !

 

1.- "Quelle est la voie des Paramahamsa Yogis (1), et quels sont leurs devoirs ?", fut la question que Narada demanda au Seigneur Brahma en allant le voir. Le Seigneur lui répondit : La voie des Paramahamsas sur laquelle tu questionnes est accessible aux gens avec la difficulté la plus grande; ils n'ont pas beaucoup de protagonistes, et ce serait assez s'il y en avait un de la sorte. En vérité, un tel être demeure dans le Brahman toujours pur; il est vraiment le Brahman indiqué dans les Vedas : c'est ce que maintiennent les connaisseurs de la Vérité; il est le grand, car son mental demeure toujours en Moi; et Moi aussi, pour cette raison, Je demeure en lui. Ayant renoncé à ses enfants, à ses amis, à sa femme et à ses relations etc.; et ayant abandonné la shikha, le cordon sacré, l'étude des Vedas et toutes les oeuvres aussi bien que cet univers (2), il doit utiliser la kaupina, le bâton et juste assez de vêtements, etc. pour la stricte maintenance de son corps et pour le bien de tous (3). Et cela n'est pas la dernière chose. Si on demande quelle est la dernière chose, elle est ce qui suit :

2.- Le Paramahamsa ne porte ni le bâton, ni la shikha, ni le cordon sacré ni de couverture. Il ne ressent ni le froid, ni la chaleur, ni le bonheur ni la misère, ni l'honneur ni le mépris, etc. Il convient qu'il soit au-delà de l'atteinte des six vagues de cet océan du monde (4). Ayant abandonné toute pensée de calomnie, de vanité, de jalousie, d'ostentation, d'arrogance, d'attachement aux ou d'antipathie envers les objets, de joie et de peine, de désir (charnel), de colère, de cupidité, d'illusion de soi, d'exaltation, d'envie, d'égoïsme et autres, il regarde son corps comme un cadavre car il a complètement détruit l'idée de corps. Eternellement libre de la cause du doute, des fausses idées et de la connaissance fausse, réalisant le Brahman Eternel, il vit lui-même en Cela, avec la conscience : "Je suis Lui, je suis Cela qui est toujours calme, immuable, non divisé, de l'essence de la Connaissance-Béatitude, Cela seul est ma nature réelle." Cela (cette connaissance) seul est sa shikha. Cela seul est son cordon sacré. Par la connaissance de l'unité du Jivatman et du Paramatman, la distinction entre eux est elle aussi totalement disparue. Ceci est sa sandhya (5).

3.- Celui qui, renonçant à tous les désirs, a sa demeure suprême dans l'Un sans second,et tient le bâton de la connaissance, est le véritable Ekadandi (6). Celui qui porte un simple bâton de bois, qui prend goût à toutes sortes d'objets des sens et qui est dépourvu de Jnana (connaissance) va vers de terribles enfers connus comme Maharauravas. Connaissant la distinction entre ces deux, il devient un Paramahamsa.

4.- Les points cardinaux sont son vêtement, il ne se prosterne devant personne, il n'offre pas d'oblation aux Pitris (manes), il ne blâme personne, il ne loue personne; le sannyasi est toujours d'une volonté indépendante. Pour lui il n'y a ni invocation ni cérémonie d'adieu; pas de mantra, pas de méditation; pas d'adoration; pour lui le monde phénoménal n'existe pas ni Cela qui est inconnaissable; il ne voit pas la dualité ni ne perçoit l'unité. Il ne voit ni "je" ni "tu" ni tout ceci. (7) Le sannyasi n'a pas de demeure. Il ne doit rien accepter qui soit fait d'or ou autre; il ne doit pas avoir de corporation de disciples ni accepter de richesse. Si on lui demande quel mal il y a à les accepter : oui, il y a du mal en le faisant. Parce que si le sannyasi regarde l'or avec désir, il se fait assassin de Brahman; parce que si le sannyasi touche l'or avec désir, il devient dégradé en Chandala; parce que s'il prend l'or avec désir, il se fait tueur de l'Atman. Aussi le sannyasi ne doit ni regarder ni toucher ni prendre de l'or avec désir. Tous les désirs du mental cessent d'exister, il n'est pas agité par la peine et il n'a aucun désir de bonheur; la renonciation à l'attachement au plaisirs des sens arrive, et il est toujours détaché dans le bien ou le mal; il ne hait point ni n'est exalté. La tendance extériorisante de tous les organes des sens s'affaisse en celui qui demeure dans le seul Atman. Réalisant : "Je suis ce Brahman qui est l'Un Infini, Connaissance-Béatitude", il atteint la fin de ses désirs, en vérité il atteint la fin de ses désirs.

 

Aum ! Ô Devas, puissions-nous entendre de nos oreilles etc ...
Aum Paix ! Paix ! Paix !
Hari Om !

Ici se termine la Paramahamsopanishad.

(1) Les Paramahamsa yogis sont ceux qui ont contrôlé toutes les facultés 'sortantes' du mental et qui ont atteint la concentration par la pratique des huit moyens du Yoga (yama, niyama, asana, pranayama, pratyahara, dharana, dhyana et samadhi (v. Hamsa)). Ils ont atteint l'état de supraconscience dans lequel toute illusion du monde s'est évanouie dans la réalisation directe de la Vérité. Ils appartiennent à l'ordre le plus élevé des sannyasis.
(2) La shikha est la touffe de cheveux maintenue au sommet de la tête. Le paramahamsa a renoncé à tout, à tous les signes, à toutes les études, oeuvres, et a renoncé totalement au monde.
(3) Qui le reconnaîtront à la kaupina, au bâton,etc... et en l'approchant pourront s'élever.
(4) Faim, soif, peine, illusion, décadence et mort.
(5) Sandhya : rite accompli à la sandhya,, c'est à dire au moment intermédiaire du jour et de la nuit et de la nuit et du jour, à savoir à l'aube et au crépuscule.
(6) Ekadandi : à un seul bâton. Ce seul bâton est celui de la connaissance.
(7) Il a atteint le Brahman et est devenu un avec le Brahman sans second. Il n'y a donc rien en dehors de Lui. - "Ceci" : le monde phénoménal.

 

Vajrasucikopanishad

(Traduction :en anglais : Swami Madhavananda
rendue en français avec notes par Gaura Krishna)

(Le texte devanagari ainsi que la translittération ne peuvent être trouvés que dans l'édition imprimée de RAMA NAMA)

 

Traduction en anglais : S. Radhakrishnan
rendue en français avec texte devanagari reconstitué et notes par Gaura Krishna)

Cette Upanishad, qui appartient au Sama Veda, nous semble importante de nos jours, spécifiquement en ce qu'elle montre bien que la croyance en la caste par la naissance est absolument contraire au sanatana dharma (ou hindouisme), mais que la varna, ou couleur, de nos jours la classe, est une division naturelle de la société et que le brahmane se fait lui-même, qu'il est possible de changer de classe de par son évolution ou en retrouvant le niveau d'évolution atteint dans la vie antérieure. On pourrait dire pour résumer que ni la naissance ni une cérémonie ne font l'initié.

1.- Je vais décrire la doctrine Vajrasuchi qui brûle l'ignorance, condamne ceux qui sont dépourvus de connaissance et exhalte ceux qui sont pourvus de l'oeil de la con

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Lundi 30 mai 2005
A la fois guide de sagesse et récit cosmologique, la Bhagavad-Gîta est l'un des principaux textes sacrés de l'Inde, avec les Vedas et les Upanishad.
Ecrit en sanskrit il y a 2500 ans, ce texte offre des recoupements saisissants avec les théories les plus récentes de la physique quantique et de l'astrophysique, au sujet du Big-Bang, de la structure de l'univers, ou la nature énergétique et probabiliste de la matière.
Traduit du sanscrit par Anne-Marie Esnoul et Olivier Lacombe
Editions du Seuil, collection Points-Seuil
Extraits  
 

 

"Tout ce monde vivant est sous-tendu par moi
dans mon état non-manisfesté.

A la fin d'un éon,
tous les êtres vont à cette mienne nature,
puis, au commencement d'un éon,
je les émets à nouveau.

Maîtrisant ma propre nature cosmique,
j'émets encore et encore tout cet ensemble des êtres, malgré eux et par le pouvoir de ma nature.

C'est par moi, son surveillant,
que la nature enfante l'univers.
Et voilà la raison pour laquelle l'univers existe."
(Chant IX, 4-15)

 

"Considère que tous les êtres ont cette double nature comme matrice.
Je suis l'origine mais aussi la dissolution de l'univers entier"
(VII, 6)
 

 

"Enveloppé de ma magie et de mon pouvoir yogique, je ne suis pas visible à tous. Ce monde égaré ne me reconnait pas comme le Non-né, immuable."
(VII, 25)

"C'est par l'activité des qualités constitutives de la nature qu'en toute occasion les actes s'accomplissent. Mais si elle se laisse égarer par le moi factice, l'âme pense qu'elle en est l'agent. Cependant, celui qui connait la double série des qualités constitutives et des actes se rend compte qu'il s'agit simplement d'une action des qualités sur les qualités; en conséquence il ne s'y attache pas.

Egarés par les qualités de la nature, les hommes ordinaires s'attachent aux activités de ces qualités. Faibles, ils n'ont de la vérité qu'une connaissance parcellaire."
(III, 27,28,29)

"Cette mienne magie, divine et constituée par les "qualités naturelles", est inscrutable. Ceux qui s'abandonnent à moi, ceux-là vont au-delà de cette magie."
(VII, 14)


"Ceux qui, s'appuyant sur moi travaillent à se libérer de la vieillesse et de la mort, ceux-là connaissent le Brahman, le domaine entier du Soi, la totalité de l'agir.

"Ceux qui me connaissent dans le domaine des êtres, dans celui des dieux, et au moment de la mort aussi, ceux-là, l'esprit unifié, me connaissent."
(VII, 29-30)

"Celui qui me voit partout et qui voit le Tout en moi, je ne suis jamais perdu pour lui et il n'est jamais perdu pour moi."
(VI, 30)

 

   

"Allons! Je vais maintenant t'exposer mes divines manifestations, en m'en tenant à l'essentiel, ô meilleur des Kuru, car mon expansion est illimitée.

Des créatures je suis le commencement, la fin, et le milieu.

Je suis la mort qui emporte tout, la source des choses à venir.

Je suis le sceptre de ceux qui maîtrisent les peuples, l'art politique des conquérants, le silence des secrets, la connaissance des connaissants.

Et quelle que soit la forme de tout être, je le suis. Il n'est pas d'être, mobile ou immobile, qui existe en dehors de moi."

(X, 19-39)


"Je suis le but, le soutien, le seigneur, le témoin, la demeure, le refuge, l'ami, l'origine, la dissolution, la permanence, le réceptacle, le germe, l'immuable.

C'est moi qui réchauffe, retient, ou laisse aller la pluie; je suis l'immortalité et la mort; c'est moi qui suis l'Etre et le Non-Etre."

(IX, 18-19)

"Jugement, connaissance, savoir exempt d'engagement, patience, vérité, maîtrise de soi, plaisir et douleur, existence et non-existence, crainte et sécurité, non-nuisance, équanimité, contentement, austérité, libéralité, honneur et déshonneur, toutes ces manières d'être, dans leur diversité comme dans leur singularité, viennent de moi.


Quand on connaît réellement cette procession et ce pouvoir yogique qui sont miens, on est unifié par un yoga inébranlable; sur ce point il n'y a pas de doute."

(X, 4-7)

 

 

 

 

"Je vais maintenant énoncer ce connaissable par la connaissance de quoi on obtient ce qui est immortel: le Brahman sans commencement, suprême; on le dit ni être, ni non-être.

Les propriétés de tous les sens le manifestent, mais il est dépourvu de tout sens, sans attachement, il porte tout et, sans qualité, il expérimente les qualités.

Extérieur et intérieur aux êtres, immobile et mobile, à cause de sa subtilité il est incompréhensible; il est loin et il est tout proche.

Indivisible, il se présente comme divisé entre les êtres. (...)

On le dit lumière des lumières, par-delà les ténèbres; il est la connaissance, l'objet de la connaissance, et le but de la connaissance. Il demeure dans le coeur de chacun en particulier."

(XIII, 12-25)

 

 

"Chaque fois qu'il naît un être,
animé ou inanimé,
sache que c'est par l'union du champ
et du connaisseur du champ."
(XIII, 12-26)
 

"Les êtres qui ont une forme, ô fils de Kuntî,
en quelque matrice qu'ils se produisent,
le grand Brahman est leur matrice commune."

(XIV, 4)


"Tout l'univers que voila, d'êtres mobiles ou immobiles,
est égaré par tous ces modes d'existence et ces comportements.
(VII, 15)
 
"Celui qui voit vraiment, voit le Souverain Seigneur
résidant également dans tous les êtres périssables
alors qu'il est, lui, impérissable.

Voyant le seigneur établi partout de la même manière, (...)
il atteint le but suprême.

Quand il vient à découvrir que la distinction entre les êtres se fonde sur l'unité et n'est qu'une simple expansion de celle-ci, alors il accède au Brahman."

(XIII, 27-30)

 

"L'homme qui, abandonnant tous ses désirs, va et vient, libre d'attachement, ne dit plus: "C'est à moi", ni "Je"; celui-là accède à la paix."
(II, 39)
 
"C'est par l'attachement à l'acte que les ignorants agissent. Le sage doit agir tout pareillement, mais sans attachement, ne visant que l'intégrité de l'univers."
(III, 25)
 
"Celui dont toutes les entreprises sont affranchies du désir et d'attentes intéressées, c'est lui que les gens avisés noment un sage, lui dont l'agir est brulé par le feu de la connaissance.
Abandonnant tout attachement au fruit de l'acte (...), ne demandant et n'attendant rien, le Sage a beau agir, il n'est pas lié."
(III, 39-43)


"Celui dont le bonheur, la joie, la lumière, résident en lui-même et non plus en des choses extérieures, cet ascète accède à l'apaisement en Brahman."
(V,24)

"Satisfait de ce qu'il reçoit par hasard, ayant surmonté les couples des contraires, exempt d'égoisme, toujours le même dans le succès comme dans l'insuccès, il a beau agir, il n'est pas lié."
(IV, 22)

"L'ascète en qui tout mal a disparu, qui se discipline et s'unifie lui-même sans cesse, atteint aisément le bonheur infini: se confondre en Brahman."
(VI, 28)

Le coeur libre d'attachements extérieurs, ce qui est son vrai bonheur, il le trouve en son intérieur. L'âme unifiée dans l'union au Brahman, il jouit d'un bonheur impérissable."

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