"Pars en guerre contre le monde" (René Char)
" Les fleurs sont immortelles, le ciel dun seul tenant
Et ce qui adviendra : simple promesse "
O. Mandelstam
Quand lHistoire montre son visage insupportable de violence, de souffrance et de martyre, lhomme décriture se prend parfois à détester la cage dorée où, croirait-on, il se replie et senferme; pas facile de parler juste en ces temps-là ; mieux vaudrait se taire. Cest peut-être la fin du monde qui sannonce derrière toutes ces fins individuelles ; accumulées de la sorte, elles font une espèce dhorrible barrage devant lavenir. Il ny a plus davenir, non ; plus de partage à inventer, à désirer ; il ny a peut-être quune nécessité de désespoir, celle, par exemple, qui bâillonne pour toujours Paul Celan.
Ou alors, " Cosi gridaï colla faccia levata " (2), il y a cette énergie susceptible de maintenir sans cesse ouverte la bouche pour un cri que rien ni personne ne sauraient étouffer ; il y a cette face levée devant les bassesses, les tortures, les anathèmes ; il y a cette ferme demeurance devant lHistoire, cette force intérieure qui ne cherche pas même à se justifier tant elle est sûre delle-même et qui, simplement, continue dinspirer la parole.
Et cest Mandelstam, dont la " voix durcie "(3) nous parvient à nouveau ce printemps, avec ces Poèmes de Moscou, comme si le dernier fragment traduit venait à peine dêtre proféré ; poésie chaude, vibrante, à laquelle le fait davoir été sauvée en partie par lamour dune femme, par leffort de mémoire auquel celle-ci a consacré son exis-tence, confère en quelque sorte ce vibrato, ce tremblé de la voix, cette ferveur de la déclamation qui donnent vie à toute parole.
Voilà pourquoi, me semble-t-il, au-delà des appréciations esthé-tiques, au-delà des considérations dhistoire littéraire, la poésie de Mandelstam est exemplaire : il y a en elle une confiance, une certitude calme, imperturbable, le sentiment dêtre dans le juste, qui, indépendamment des circonstances douloureuses et tragiques qui lont vu naître, ne cessent de rayonner pour nous et de témoigner que la poésie est, de toutes nos entreprises, la plus légitime et la plus fondée qui soit.
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* *
Il est vrai que toute la tradition russe va dans ce sens, et que la poésie y a toujours été considérée sous son rapport oraculaire et prophétique ; le poète rameute les foules, les exalte, exerce un pouvoir " religieux".
Mandelstam avait conscience de ce rôle : on le voit par exemple dans un essai de 1924 (4) où sa ferveur rassemble dans une même louange des poètes qui lui sont proches, comme Akhmatova et Pasternak, et dautres qui appartiennent à des écoles très éloignées de lui, les futuristes Maïakovski et Khlebnikov. Or ce rassemble-ment se justifie par le fait que, bien quil les reconnaisse " tirés dargiles variées ", il les considère tous comme des poètes " russes ", cest-à-dire comme des poètes " de tous les temps ", " vrais dons de Dieu à la terre et au peuple ", ce peuple qui ne sait plus les honorer parce quon néglige maintenant de lui apprendre à " lire ", et qui, au mieux, se contente de suivre les modes littéraires.
Mais que serait donc savoir " lire les poètes " ? Ce serait accé-der au génie de la langue russe, dont ils sont à la fois les gardiens et les inventeurs. Car lécriture poétique maintient ouvert un rapport mystique avec une essence ; elle ne peut se satisfaire dexercer un simple pouvoir dexpression et de communication ; par son tra-vail patient et amoureux, elle garde la langue de toute récupération mercantile, instrumentale, parce que laudace et la calme détermi-nation du travail poétique mènent le poète jusquà ce fond-là, jusquà ce sol premier doù surgissent les " éléments déchaînés ", irréductibles à quelque forme " institutionnelle " que ce soit.
En ce sens, toute écriture est de résistance ; et se dresse contre toute entreprise de captation, quelle soit idéologique ou religieuse. Et lon voit bien comment la résistance politique de Mandelstam fut, à lorigine, et par nécessité intérieure, de nature poétique : cest quelle prenait sa source et sa confiance dans la langue elle-même, et sa force de refus dans la menace quil sentait peser sur elle ; atteindre cette capacité de résistance, la réduire à néant par la violence, cétait de la part du pouvoir exercer la plus grave de toutes les violences, celle qui se dresse contre lesprit, et dont la logique, si elle réussissait à entraîner " le mutisme de deux ou trois générations ", pourrait bien entraîner " la Russie à une mort historique ".
Mais Mandelstam assigne à la poésie russe un autre rôle enco-re, la mission de porter un témoignage unique, face à un Occident dévoyé par ses soucis defficacité économique, cet Occident cartésien, programmateur, juriste, héritier de Rome, ges-tionnaire en toutes ses activités, le témoignage dune " conception hellénistique du monde " dont elle conserve dans ses racines le secret : interroger la langue russe et, peut-être comme le fit Nietzsche, adopter à son égard cette attitude de respect " philologique ", cest retrouver le fonds dionysiaque, irrationnel qui la constitue, et lui donner un être de parole ; cest saisir cet être dans une forme qui accomplisse la synthèse idéale de toute oeuvre dart : faire rayonner les forces de la terre, leur surgissement " aorgique ", tout en les captant dans une forme, tout en leur donnant la cohésion dun système et dune organisation qui les rendent communicables, et belles.
Et le corps participe à lentreprise Car la poésie nest pas une affaire de cabinet, une frileuse activité intellectuelle ; au contraire, elle exige que la voix clame le mot, le fasse vibrer, le lance vers lautre ; cet autre que lon ne rencontre pas seulement dans les salons littéraires ou dans les salles de rédaction, mais dans les cafés, les théâtres, sur les places publiques, aux carrefours, et quil faut atteindre, convaincre, envelopper dans le manteau du poème et entraîner dans sa vigilance. Voyez comment Mandelstam recommande de lire Pasternak :
" Pour lire les vers de Pasternak primo, se racler la gorge, reprendre son souffle, gonfler les poumons (...) Voici des vers qui devraient être du meilleur usage contre la tuberculose (...) Le livre de Pasternak Ma soeur la vie constitue à mon sens un excellent manuel dexercices respiratoires ; il oblige à poser la voix de manière chaque fois différente, à réajuster à chaque instant ce puissant appareil qui est le nôtre. (...) Cest ainsi, grommelant, battant les bras, que se tisse une poésie titubante, hébétée, pâmée de béatitude, et néanmoins la seule sobre, la seule en éveil de tout ce qui existe au monde ". (5)
Est-ce le geste qui donne corps au poème, ou linverse?
Car la chair du poème, cette parole de vie, innerve la chair du poète et pourrait bien être aussi la seule nourriture convenable pour le corps social, ce verbe-là étant parole de vérité et de vie en effet, à limage de cet autre Verbe auquel Mandelstam fait souvent référence dans des pages à laccent prophétique et messianique (6).
Quoiquil en soit, la fonction du poète est déveiller le peuple à la conscience de sa vie profonde, de lui rendre ce sol originaire que la folie de lhistoire moderne lui dérobe, cette musique secrète encore enfouie au coeur de la langue. Et cela, il le fait à laide dobjets et dustensiles proches des hommes, ceux de leur vie quotidienne et pratique. Cest le seul moyen de sauver ce peuple. Et jusquau dernier moment, jusque dans la plus grande détresse morale et physique, cest encore cette confiance dans le pouvoir purificateur et baptismal du poème que clamera la voix irréductible de Mandelstam, comme le prouvent ces vers de 1937 :
"Au peuple il faut un vers secrètement natal
Pour quindifféremment il secoue sa torpeur
Et quavec la vague de châtaigniers aux boucles de lin
Il se lave dans le souffle du vers ".
Cest comme cela, cest-à-dire dans le souci constant de retrouver lessence dune nature, quil faut comprendre le fameux " je ne suis le contemporain de personne ". Car le lien privilégié quentretient Mandelstam avec la poésie ce lien qui nous émeut toujours, et plus encore que nous ne saurions le dire, lorsque nous percevons sa présence chez des hommes comme lui, comme Rilke, comme Trakl ou Celan et comme combien dautres encore ce lien donc peut sembler effectivement fonder une différence, une originalité, une singularité précaires et fragiles et comme fragile en effet fut Mandelstam, et proche du désespoir en ce printemps de 1934 où il tenta de se suicider. Et pourtant cest ce lien, et la différence quil fonde, qui sont exemplaires : à travers eux sexprime cette évidence que la poésie est la condition de lexistence, et quil y a lieu de risquer sa vie pour elle lorsque les temps le commandent.
Dès lors, on ne peut être " le contemporain " daucune mode, daucune école ; de rien de ce qui passe avec le temps.
Ni futuriste parce que les futuristes refusent toute valeur à la tradition ; mais futuriste par son amour du mot, par son respect des pouvoirs du signe ; acméiste sans doute pour le culte de la forme, pour la croyance en une culture universelle, mais refusant, en 1923, de participer à la reconstruction du mouvement, tel fut Mandelstam, habité par une exigence et par une présence autres, qui lui imposaient de se soumettre à un ordre intérieur hors duquel il nétait pas possible dêtre disponible pour lessentiel et de soffrir à la parole. Sans doute faut-il lutter et accepter de paraître traître à beaucoup, pour atteindre ces hauteurs, du moins naura-t-on jamais triché avec la terre : ni avec celle dArménie qui bouleverse Mandelstam tant il admire "la familiarité " quentretiennent les Arméniens " avec le monde des choses réelles " ; ni avec la terre russe quil retrouve, dans ses derniers poèmes de Voronèje, comme une promesse toujours offerte, comme un visage confiant tourné vers les hommes :
" Sons et larmes et travaux
empreintes fraîchement ouvertes
à leau chantante qui les comble,
dés à coudre martelés :
traces dune fuite concise.
Ce levain précieux du monde
est offert à tout venant
pleinement et pour les siècles ".
*
* *
On comprend que, pour Mandelstam, la création littéraire ne puisse exister en dehors de cette liberté intérieure quil oppose superbement à loppression politique, et dont il fait, avec autant de fermeté que Rilke, par exemple, la condition de tout progrès en art : " ne jamais rien écrire qui ne soit pas le reflet dun état desprit intérieur ". Il sagit là dune forme dattention que je rapprocherais volontiers de celle que décrit Simone Weil, et quon pourrait définir avant tout comme une écoute. Le poète nécrit pas ; non, il écoute. En lui, qui soffre au silence, une présence se manifeste :
" Louïe fine tend la voile
le regard dilaté se vide
Et le coeur inaudible des oiseaux
nocturnes plane à travers le silence ".
Il faut, oui, se taire, retourner au " mutisme premier ". Rendre aveugles et muets les autres sens, à lexception de louïe dont le lexique chez Mandelstam est très riche, dès quil évoque le processus de la création ; car ce qui se donne là, au coeur de cette écoute, cest une voix, lécho dun rythme ; ce qui est premier est musique. Et les premiers mots du poème sont donnés comme un chant ; le commencement du poème réalise ce miracle toujours espéré que le " verbe " rendu à son origine soit " redevenu musique ".
Cependant, comme sont lointaines encore, à cette étape de la création, la forme achevée, loeuvre, en quoi ce chant initial trouvera son lieu et sa destination. Tout se passe comme si " le coup darchet dans les profondeurs ", pour reprendre le mot de Rimbaud, avait ébranlé le sol fondamental du poème, ému un rythme essen-tiel ; mais le drame de la création va se nouer autour de leffort pour combler lécart pressenti entre ce qui fut donné, qui porte en soi le chiffre secret de ce qui doit être, dune part, et, dautre part, la forme, que Mandelstam évoque souvent à travers la métaphore de larchitecture, et qui risque de figer à jamais dans sa clôture le frémissement impatient de lorigine. Comment faire pour que le " désir demeure désir ", pour que la pierre sculptée ou dressée ne nie pas la musique qui lanime, et que lune et lautre soient au contraire aussi liées que le sont le temps et lespace dont lune et lautre sont issues, afin que leurs rapports demeurent féconds (6)? Comment atteindre la perfection quévoque ce poème de 1933 ?
" Maintenant, le brouillon détruit,
attentif, tu gardes en toi
la phrase (
)
étayée de son propre poids,
toute seule, paupières closes,
qui pèse sur le papier nu
comme un dôme sur le ciel vide ".
Personne ne répondra jamais exhaustivement au " comment faire ", le travail de la création ne pouvant se réduire à lexposé dune série de recettes que Mandelstam du reste na jamais énoncées. Mais ce quil dit en revanche des oeuvres quil aime et aux-quelles son regard donne vie est sans doute plus révéla-teur que tout discours théorique de la nature profonde du poème.
En particulier cette définition que je tire de lEntretien sur Dante.
" La Divine Comédie, loin daccaparer le temps du lecteur, le fait foisonner, comme un morceau de musique à linterprétation. En sétirant, le poème séloigne de sa fin qui survient, abrupte, et sonne comme un commencement ".
Loeuvre provoque cette dilatation du temps de la lecture, qui déborde de toutes parts la forme, qui nous plonge dans un temps autre, vertical, où, comme dans la musique, ce sont des harmoniques qui donnent sens à la trame mélodique ; les tropes, les écarts, décuplant le pouvoir des signes, interrompent le cours normal des heures, au point que la fin " abrupte " du poème, du récit, ce qui pourrait apparaître comme le terme du temps, au contraire, " sonne " comme un commencement : le temps sabolit dans luvre, et non pas au sens de la croyance naïve selon laquelle elle nous plongerait dans léternité, mais bien selon cette loi interne de loeuvre, loi musicale, qui fait que le désir de parcourir à nouveau lespace et le temps créés est sans cesse réactivé. Loeuvre réalise le désir de léternel retour du même. Son essence est dêtre ouverte, même si son apparence extérieure est dachèvement. Car il y a ceci de mystérieux dans le poème, comme dans la musique, que lextrême régularité du rythme et de la mélodie, ce que lon appelle la mesure, se construit comme une sorte de conquête sans cesse remise en question sur la syncope ; de même que le poème tout à la fois simpose au silence et le rend pourtant nécessaire.
Cest pourquoi le poème est encore parole : parce que, comme toute parole authentique, sa faim secrète est lépiphanie de ce qui se tient en réserve dans le silence et qui est offert en partage comme le lieu dune rencontre. Il est par essence tourné vers lautre, ce lecteur que Mandelstam nomme " linterprète ", au sens rigoureux que prend ce mot dans la musique. Poème-partition, il est " tissé comme un tapis dont les trames multiples ne se distin-guent que par la couleur que leur confère linterprétation " ; il est un organisme vivant, traversé d" impulsions ", d" intentions ", d" oscillations " ; il dit la vie, il veut la vie ; et sans doute est-il la plus sûre victoire à partager, sur la solitude et la mort.
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* *
" Non, tu nes ni mort, ni seul", dit un poème de Voronèje écrit moins dun an avant que Mandelstam ne meure dans un camp de transit, à Vladivostok.
Pourquoi donc a-t-il écrit, pour qui a-t-il parlé ? Nous savons bien, nous avons compris que ce nétait pas par pure bravade, par souci de se montrer en héros, quil sen est pris au siècle, " colosse cruel et hurleur ", quil a fustigé tel ou tel, et Staline avant tout, quand certains parmi les plus grands de ceux qui viendraient après lui sabaisseraient à écrire des odes à la louange du " montagnard du Kremlin " ; non, il ne sagissait pas de défendre une cause politique, ni de se défendre, ni dattaquer, ni dentrer en dissidence ; il ne sagissait pas non plus dune poésie pour la forme, pour le jeu, pour la parade; non ; cétait une poésie pour rien, si lon veut ; pour rien dautre que pour elle-même. Etant à elle-même sa propre fin. Mais il se trouve que ce rien-là est un tout pour lequel, quand on sappelle Mandelstam, on accepte de mourir, car il est des choses avec quoi cet homme ne transige pas, et en premier lieu ce qui fonde la poé-sie, la possibilité, la liberté, le droit absolus de faire rayonner et vibrer la parole:
"En me privant des mers et de lélan et de laile, en donnant à mon pied lassise dune terre violente quavez-vous obtenu ? Piètre calcul!
Vous ne mavez pas pris ces lèvres qui remuent ".
Non, tu nes pas mort, Ossip Mandelstam !
Paraphrasant René Char, qui sut de son côté remercier en toi " lIncliné nageant, le bras bleu, sa joue appuyée sur lépouvante et la merveille ", mais le paraphrasant dans une de ses adresses à Rimbaud, jaimerais pouvoir te dire, afin que ton visage supplicié nait pas glissé en vain sous la neige de Vladivostok, cette neige abominable des camps et de lexil où tu réclamais simplement sans doute de quoi te protéger du froid, jaimerais pouvoir dire en signe dhumble gratitude, et comme un visage sourit à travers ses larmes : " nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi ".
Ahmadou Kourouma est né en 1927 à Togobola, dans le nord de la Côte d'Ivoire dans le pays mandingue islamisé depuis le XIème siècle. Ivoirien de l'ethnie malinké, il grandit sous la domination française. Il entame ses études à Boundiali et les poursuit à Bamako puis en France. En raison de son esprit contestataire, on l'oblige à servir trois ans comme tirailleur sénégalais en Indochine. Il ne revient dans son pays qu'en 1960 où il travaille dans les assurances. En 1963, après avoir été impliqué dans un pseudo-complot contre le président Houphouët-Boigny, il se retrouve sans travail.
Suite à de nombreuses arrestations d'amis, il décide de prendre la plume pour défendre ses concitoyens opprimés par le régime d'Houphouët-Boigny. Mais un écrivain ne peut se permettre d'attaquer ouvertement un dictateur, c'est pourquoi il choisit le roman plutôt que l'essai en prenant le soin de transposer ses histoires dans un cadre géographique fictif. Si l'action de son premier roman, Les soleils des indépendances (1968), se déroule dans un pays appelé la République de la Côte des Ebènes, personne n'est dupe, la réalité suggérée est bien celle de la Côte d'Ivoire.
La dimension politique des ouvrages d'Ahmadou Kourouma est relayée par un remarquable travail sur la langue, " l'aboutissement de toute une recherche sociologique, d'une imprégnation dans la culture et la langue de mon pays " ( Le magazine littéraire n°390 , septembre 2000). En cherchant à " malinkiser " le français pour traduire la façon d'agir et de penser des Africains, il construit une ouvre à l'écriture réellement originale dont l'humour n'est jamais absent, rendant " supportables les horreurs " qu'il est amené à relater.
1936 1953 1957 1958 1960 1961 1962 1964 1965 1966 1968 1971 1973 1982 1983 1993 2000 2001 2002
Philippe Joyaux naît à Bordeaux dans une famille d’industriels.
Il passe un an dans une école de jésuites à Versailles, d’où il est renvoyé pour indiscipline chronique et lecture de livres interdits (Lautréamont notamment).
Il publie un texte, Le défi, dans la revue de Jean Cayrol Ecrire. Philippe Joyaux, prend le pseudonyme de Sollers, inspiré du latin et qui signifie «tout en art».
Le défi reçoit le prix Fénelon.
Encouragé par Francis Ponge, Philippe Sollers signe Une curieuse solitude. L’ouvrage est salué par François Mauriac et Louis Aragon et connaît un grand succès critique et public. On parle de son auteur comme le chef de file de sa génération.
En pleine guerre d’Algérie, il fonde la revue Tel Quel aux éditions du Seuil. Elle devient le refuge des protestataires et des anticonformistes qui s’insurgent contre la sclérose en France.
Le prix Médicis lui est décerné pour Le Parc.
Il simule la schizophrénie afin de ne pas être mobilisé pour l’Algérie. André Malraux le fait réformer trois mois plus tard et le sort de l’hôpital militaire de Belfort.
Alors que Tel Quel était une des revues qui soutenaient le plus le «Nouveau Roman», Philippe Sollers décide de modifier sa perspective estétique et romp avec ce mouvement. Autour de Tel Quel se rassemblent des personnalités telles que Roland Barthes, Roman Jakobson, Jacques Derrida ou encore Jacques Lacan.
Philippe Sollers signe Drame, qui marque le début de sa réflexion sur la problématique du sujet : il entend l’assouplir, le libérer de sa tradition monolithique. Nombres (1968) et Lois (1972) prolongeront cette problématique.
Il rencontre Julia Kristeva qu’il épouse l’année suivante. Leur fils, David, naît en 1975.
Juste avant les événements de mai paraissent simultanément Logiques, Théorie d'ensemble et Nombres.
Le pemier colloque de Cluny réunit la rédaction de Tel Quel et de la Nouvelle Critique, la revue des intellectuels communistes. Philippe Sollers se rapproche du marxisme, mais saura toujours se ménager une certaine indépendance.
L’interdiction à la fête de L’Humanité du livre de Maria Antonietta Macciocchi, De la Chine, provoque la rupture de Philippe Sollers avec le P.C.F. Il devient maoïste.
Avec Paradis, Philippe Sollers poursuit sa recherche littéraire sur le sujet, qu’il veut pouvoir rendre mobile : le livre se présente sous la forme d’une seule phrase sans signes de ponctuation.
Il quitte les éditions du Seuil pour Gallimard. Tel Quel disparaît mais Philippe Sollers fonde dans la continuité la revue L’Infini chez Denoël, puis chez Gallimard.
Il revient au roman avec Femmes, qui fait scandale notamment à cause du portrait qu’il fait de certains membres défunts de la scène intellectuelle parisienne. Philippe Sollers devient directeur de la collection L’Infini chez Gallimard.
Le Secret paraît et rencontre un grand succès en librairie. Une fois de plus, Philippe Sollers surprend en se posant en défenseur du pape, à qui il fait parvenir son livre.
Avec La divine comédie, Philippe Sollers fait une relecture de Dante et le situe dans la grande bibliothèque européenne en montrant sa modernité.
Passion fixe paraît également. Outre la critique sociale virulente, Philippe Sollers y lève le voile sur son idylle avec la romancière Dominique Rolin.
Son ami Jean-Jacques Schuhl obtient le prix Goncourt pour Ingrid Caven, publié chez Gallimard et dans la collection de Philippe Sollers. Ce dernier est alors dénoncé comme «le grand manipulateur» du milieu littéraire, ayant la haute main sur ce prix, mais aussi sur un organe de presse comme Le monde des livres, par exemple.
Éloge de l’infini est un recueil de textes et d’articles reprenant les thématiques transversales à son œuvre : la création qui transcende l’existence humaine et la mise en péril du mouvement de l’intelligence et des corps. Il y poursuit enfin sa réflexion sur la lecture : « Lire, c’est se réveiller. » note-t-il dans un article sur Saint-Augustin.
Philippe Sollers reste l’homme des réseaux littéraires, et son livre L’étoile des amants fait parler de lui avant même sa parution.
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Ses livres:
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> Dictionnaire amoureux de Venise |
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Q - C'est avec votre premier texte publié dans la revue « Ecrire, Le Défi » que vous avez été découvert et consacré par un article célèbre de Mauriac. Vous aviez vingt ans.
Par andoar
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Mardi 24 mai 2005
Michel Houellebecq naît le 26 février 1958 à La Réunion. Son père, guide de haute montagne, et sa mère, médecin anesthésiste, se désintéressent très vite de son existence. Une demi-soeur naît quatre ans après lui. A six ans, il est confié à sa grand'mère paternelle, qui est communiste et dont il a adopté le nom comme pseudonyme. Il vit à Dicy (Yonne), puis à Crécy-la-Chapelle. Interne au lycée Henri Moissan de Meaux ;déjà ses camarades sentaient qu'il avait une capacité de réflexion et une puissance d'analyse, un recul sur les évènements tout à fait exceptionnels pour un garçon de son âge. On le surnommait " Einstein.A seize ans, il découvre Lovecraft, se retrouve sans doute dans cette phrase "Je ne participe jamais à ce qui m'entoure, je ne suis nulle part à ma place.» Pendant sept ans, il suit les classes préparatoires aux grandes écoles. En 1975, il s'inscrit à l'école supérieure d'agronomie. Sa grand'mère meurt en 1978. En 1980, il obtient son diplôme d'ingénieur agronome; il épouse la même année la soeur d'un camarade. Commence alors pour lui une période de chômage. Son fils étienne naît en 1981. A la suite de son divorce, une dépression le conduit à faire plusieurs séjours en milieu psychiatrique. Sa carrière littéraire commence dès l'âge de vingt ans, âge auquel il commence à fréquenter différents cercles poétiques. En 1985, il rencontre Michel Bulteau, directeur de la Nouvelle Revue de Paris, qui, le premier, publie ses poèmes; c'est le début d'une amitié indéfectible. Ce dernier lui propose également de participer à la collection des Infréquentables qu'il a créée aux éditions du Rocher. C'est ainsi que Michel Houellebecq publie en 1991 la biographie de Howard P. Lovecraft, "Contre le monde, contre la vie". Il intègre l'Assemblée Nationale en tant que secrétaire administratif. La même année paraît "Rester vivant" aux éditions de la Différence, puis chez le même éditeur, en 1992, le premier recueil de poèmes : "La Poursuite du bonheur", qui obtient le prix Tristan Tzara. Il fait la connaissance de Marie-Pierre Gauthier. En 1994, Maurice Nadeau édite "Extension du domaine de la lutte", son premier roman, actuellement traduit en plusieurs langues, qui le fait connaître à un public plus large. Il collabore à de nombreuses revues (L'Atelier du roman, Perpendiculaires, dont il est ensuite exclu, Les Inrockuptibles). Depuis 1996, Michel Houellebecq est publié par Flammarion, où Raphaël Sorin est son éditeur. Son deuxième recueil de poèmes, "Le Sens du combat", obtient le prix de Flore 1996. "Rester vivant" et "La Poursuite du bonheur", remaniée pour l'occasion, sont réédités en un seul volume en 1997. En 1998, il reçoit le Grand Prix national des Lettres Jeunes Talents pour l'ensemble de son oeuvre. "Interventions", recueil de textes critiques et de chroniques, et "Les Particules élémentaires", son second roman traduit en plus de 25 langues et lauréat du prix Novembre, paraissent simultanément. Il épouse Marie-Pierre la même année. En 1999, il co-adapte avec Philippe Harel "Extension du domaine de la lutte" au cinéma, que ce dernier met en scène. Il publie un nouveau recueil de poèmes, "Renaissance". Au printemps 2000 sort sous le label Tricatel un disque, "Présence humaine", où ses poèmes, lus par lui-même, sont mis en musique par Bertrand Burgalat. Lanzarote, un recueil-coffret de textes et de photographies, paraît chez Flammarion au printemps 2000. Michel Houellebecq réside pendant quelques années en Irlande,dans une maison baptisée " The White House", dans le comté de Cork, où il a écrit en grande partie son troisième roman, "Plateforme".Il s'installe ensuite en Espagne.
Plateforme
Par andoar
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Mardi 24 mai 2005
Héraclite naquit à Éphèse dans la seconde moitié du VIe siècle av. J.-C., vers 544 - 541 (il avait quarante ans dans la 69ème Olympiade, 504 - 501 av. J.C., selon Diogène Laërce, IX, 1). D'après Aristote, il serait mort à l'âge de 60 ans, donc vers 480 (selon D.L., VIII, 52, à condition, toutefois, de ne pas admettre la substitution de « Héraclite » par « Héraclide »). Des lettres apocryphes (D.L. IX, 13) le désignent comme un contemporain de Darius Ier ; ce dernier aurait invité Héraclite à sa cours, mais le philosophe refusa l'invitation. D'autres sources situent sa floraison dans la 80è ou la 81è olympiade (Strabon, XIV, 1, 25) ; en effet, selon Strabon, Hermodore, un éphésien qui avait aidé les décemvirs romains pour la confection des XII tables, était un ami d'Héraclite. Héraclite serait donc né après 510, et mort autour de 450. Mais cette dernière datation n'est pas généralement retenue, car la différence d'âge suffirait à résoudre cette contradiction. Il y a en revanche unanimité des anciens sur son lieu de naissance, Éphèse (par exemple, Aristote, Métaphysique, I, 3, 984 a, 7). Il était fils de Bloson (ou Blyson) ou, selon d'autres traditions, d'Hérakôn (D.L., IX, 1). Ce dernier nom était peut-être en fait celui de son grand-père. Héraclite était issu d'une famille illustre et sacerdotale. Il renonça en faveur de son frère aux privilèges que lui donnait le statut de descendant de Codros, roi d'Athènes, dont le fils, Androclès, fonda d'Éphèse, telle que la fonction honorifique de roi ou la présidence des cérémonies de Déméter (selon Antisthène dans ses Successions, in Diogène Laërce, IX, 6). Il lutta contre les démocrates de sa ville, et n'était guère apprécié de ses concitoyens. Son ami Hermodore fut banni de la ville :
Lui-même semble avoir été persécuté pour athéisme (mais cette assertation est tardive et on la trouve chez des auteurs chrétiens, Justin et Athénagore). C'est l'un des rares Présocratiques dont nous connaissions un peu le caractère, mais sans pouvoir distinguer la légende de la vérité : d'humeur mélancolique (selon Théophraste, in D.L., VI, 6), méprisant et irritable, la foule des hommes le dégoûtait : Héraclite appelait jeux d'enfant les pensées des hommes (fragment 70). Sa misanthropie est devenue légendaire : selon plusieurs auteurs, (par exemple Sénèque, De la colère, II, 10, 5), il pleurait de tout quand Démocrite riait de tout. Lucien de Samosate en a fait un portait dans Les Sectes à l'encan (14) :
Héraclite méprisait également l'érudition :
Son orgueil semble avoir également été très grand : jeune, il déclarait ne rien savoir, mais, plus tard, il affirmait tout savoir. Il aurait tout appris par lui-même, car, disait-il, il faut s'étudier soi-même et tout apprendre par soi-même (Diogène Laërce]], IX, 5). Nous ne savons d'ailleurs rien de ses maîtres ; les anciens ne savaient pas où le situer dans la série des philosophes. Il semble donc avoir été un autodidacte. Néanmoins, certains en font un disciple de Xénophane (selon Sotion, in D.L., IX, 5), ou de Hippase, et Hippolyte, à tort manifestement, le range parmi les pythagoriciens. Les anecdotes sur sa mort sont contradictoires. Misanthrope, il partit vivre dans les montagnes, vivants de plantes ; mais, étant tombé malade (hydropisie), il revint dans sa ville où il chercha en vain à se soigner : s'étant recouvert de bouse pour assécher son corps, il mourut et fut, selon Diogène Laërce, mangé par les chiens. D'autres disent qu'il mourut plus tard d'une autre maladie. [modifier]
De la natureOn admet généralement qu'Héraclite n'écrivit qu'un seul et unique livre dont il ne nous reste que quelques fragments (plus d'une centaine), bien que selon la Souda, « il écrivit beaucoup d'ouvrages, en un style poétique. » Mais cette dernière indication renvoie peut-être aux différents livres de l'ouvrage d'Héraclite. Ce livre a été écrit en ionien, et avait pour titre : Peri phuseos (en grec, Περὶ φύσεως). On le connait également sous le titre de Mousai, Les Muses (titre qui semble venir de Platon, Le Sophiste, 242 d). Nous avons également des lettres apocryphes d'Héraclite. [modifier]
Caractères de cette uvreHéraclite aurait déposée son uvre sur l'autel d'Artémis (D.L., IX, 6), afin que ses pensées ne soient pas divulguées. L'obscurité et les difficultés de son style seraient l'expression de la même intention. Ce livre lui valut en effet le surnom d'Héraclite l'Obscur, car on jugeait la compréhension de sa pensée difficile en raison d'une écriture poétique, de l'abondance des formules paradoxales, à quoi s'ajoutait (selon Démétrios de Phalère, De l'interprétation, 192) l'absence de toute ponctuation, un style haché et détaché. Socrate en aurait comparé la lecture aux dangereux travail des plongeurs de Delos (Diogène Laërce, II, 22), et Aristote se plaint ainsi :
Pour Théophraste, il écrivait des phrases contradictoires et inachevées parce qu'il était tourmenté par sa bile. On a pu penser également qu'il voulait ne pas courir le risque d'être accusé d'athéisme, mais les fragments qu'il nous reste expriment clairement des idées religieuses susceptibles d'être jugées scandaleuses. Une autre interprétation est que ce style lui semblait mieux convenir à la profondeur de sa pensée ; et, en effet, il compare ses discours aux propos graves et inspirés de la Sybille et aux oracles profonds du dieu de Delphes. Ainsi l'écriture d'Héraclite est-elle à l'image même de sa pensée de la nature. Mais ce ton oraculaire a été bien souvent mal perçu ; ainsi, pour Aristote, Héraclite avait-il autant de confiance en ses propres opinions que d'autres en ont en la science. Et il faut dire en effet que ce style lapidaire, qui ne recourt pas à l'argumentation, ne permet d'exprimer aucune certitude scientifique. [modifier]
Composition du "De la nature"D'après Diogène Laërce (IX, 5), l'ouvrage d'Héraclite était composé de trois parties : sur le tout (Peri tou pantos), sur la politique et sur la théologie. Les fragments qu'il nous reste ne semblent pas provenir essentiellement des deux dernières parties, et il semble impossible de les ordonner suivant un plan quelconque. Ce livre eut beaucoup de succès et lui valut des disciples que l'on nomme Héraclitiens. [modifier]
DoctrineLa pensée d'Héraclite est l'extrême opposé de l'éléatisme. En effet, pour Parménide l'unité de l'être rend impossible la déduction du devenir et de la multiplicité ; pour Héraclite, au contraire, l'être est éternellement en devenir. Héraclite nie ainsi l'être parménidien. Les choses n'ont pas de consistance, et tout se meut sans cesse : nulle chose ne demeure ce qu'elle est, et tout passe en son contraire.
Tout devient tout, tout est tout. Ce qui vit meurt, ce qui est mort devient vivant : le courant de la génération et de la mort ne s'arrête jamais. Ce qui est visible devient invisible, ce qui est invisible devient visible ; le jour et la nuit sont une seule et même chose ; il n'y a pas de différence entre ce qui est utile et ce qui est nuisible (« θάλασσα ὕδωρ καθαρώτατον καὶ μιαρώτατον, ἰχθύσι μὲν πότιμον καὶ σωτήριον, ἀνθρώποις δὲ ἄποτον καὶ ὀλέθριον. » ; « La mer est leau la plus pure et la plus souillée ; potable et salutaire aux poissons, elle est non potable et funeste pour les hommes. » Fragment 61, Hippolyte, Réfutation de toutes les hérésies, IX, 10, 5.) ; le haut ne diffère pas du bas, le commencement ne diffère pas de la fin :
Rien n'est donc plutôt ceci que cela, mais tout le devient. Les choses ne sont jamais achevées, mais sont continuellement crées par les forces qui s'écoulent dans les phénomènes. Les choses sont des assemblages de forces contraires, et le monde est un mélange qui doit sans cesse être remué pour qu'elles y apparaissent :
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Le logos
Cette connaissance est la sagesse, et elle consiste à suivre l'un :
Mais, bien que le logos soit commun à tous les hommes, ils l'ignorent comme s'ils avaient chacun une intelligence propre (fragment 2) :
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CosmologieLe feu est le principe de toutes choses : il est la réalité du mouvement, et l'état permier et dernier du cosmos à travers ses cycles :
Ce feu est une loi à laquelle on ne peut échapper : « Qui se cachera du feu qui ne se couche pas ? » (Fragment 16, Clément, Le Pédagogue, 99) Ce feu se transforme en se raréfiant ou en devenant plus dense, suivant des fluctuations périodiques qui suivent le destin. Ainsi le monde est-il éternel, mais crée et détruit selon un retour éternel. Cette partie de sa cosmogonie se retrouvera chez les Stoïciens. Ce feu est aussi le logos universel, la raison commune à tous dont l'harmonie est le résultat des tensions et des oppositions qui constituent la réalité. Le devenir lui-même s'explique ainsi pour lui par la transformation des choses en leur contraire et par la lutte des éléments opposés. Cette connaissance du logos est pour lui toute la sagesse. L'ensemble de ces thèses seront combattues par presque tous les philosophes dogmatiques, car elles nient le principe d'identité et abolissent le raisonnement purement logique. Platon reprend par exemple la thèse héraclitéenne d'un flux perpétuel, mais y ajoute sa théorie des Idées.
Par andoar
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Publié dans : alliés substanciels
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