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Jeudi 22 septembre 2005

Apollonius de Tyane

 

 

 


SOMMAIRE


 

PROFIL DU PHILOSOPHE

 

Naissance Un ou deux ans avant le début de l'ère chrétienne, à Tyane.
Parents

 

Commerçants aisés qui lui donnent une solide éducation, Euthydème est son premier Maître.
Vocation

 

 

Révélation ressentie comme un choc, grâce à son second Maître, Euxène. Il lui inculque la doctrine de Pythagore et, c'est à la suite de son enseignement, que le jeune Apollonius décide de vivre en pythagoricien.
Ses textes

 

 

 

 

 

 

Différents commentaires nous font connaître d'Apollonius, les textes suivants :
  • Apologie
  • Traité sur l'astrologie
  • Livre sur les sacrifices
  • Hymne à la mémoire
  • Doctrine de Pythagore
  • Testament
  • 95 lettres
Sa mort 

 

Survient à l'âge de 98 ou 99 ans. Il disparaît sans laisser de traces, sans témoin, ce qui ajoute encore au surnaturel de sa vie.
Biographie

 

 

Cent ans après sa mort, Philostrate rédige le récit de sa vie à la demande de Julie, l'Impératrice philosophe. A notre connaissance, c'est le seul document complet que l'on puisse trouver sur Apollonius de Tyane.

 

 


 

APOLLONIUS, ADEPTE DE PYTHAGORE

 

"Je ne suis qu'un homme, mais tout homme peut, par la contemplation et la philosophie, s'élever jusqu'aux dieux."

Placée en exergue, cette phrase résume et exprime la quintessence des Vers d'Or. Nul autre philosophe, qu'Apollonius, ne suivit d'aussi près la pensée pythagoricienne.

Apollonius illustre de manière vivante la doctrine du Sage de Samos. Vêtu de lin, ne consommant pas de viande, il applique pour lui-même toutes les règles de vie constituant l'Enseignement Philosophique.

Non content d'instaurer la réforme de la morale, de corriger les erreurs et les abus du clergé, Apollonius paye de sa personne en offrant à ses contemporains l'image même de la sagesse. Il veut se donner en exemple dont chacun puisse s'inspirer.

L'impression produite sur ses contemporains les marque profondément. De son vivant, il est vénéré à l'égal d'un Dieu, craint pour ses pouvoirs surnaturels et admiré pour ses qualités généreuses.

Il lutte pour maintenir la doctrine pythagoricienne dans le culte consacré aux dieux antiques. Sa parole est souvent opposée à celle du Christ et, il n'est pas exagéré de dire que deux religions s'affrontèrent à travers leur personnalité.

Les foules, toujours avides de démonstrations, jugèrent souvent la qualité de leur enseignement à la lumière de leurs prodiges respectifs. La liste de ses miracles est telle, que pendant plusieurs années il fut impossible de départager les mérites d'Apollonius et du Christ.

L'influence d'Apollonius fut durable. Quatre siècles après sa mort, les honneurs continuèrent à lui être rendus.

 


 

APOLLONIUS DE TYANE

Dossiers publics, Périodique de documentation genevoise

 

Né un ou deux ans avant le début de 1'ère chrétienne, Apollonius de Tyane est l’un des grands tenants de la doctrine pythagoricienne. Sa parole est souvent opposée à celle du Christ et il n’est pas exagéré de dire que deux religions s'af­frontèrent à travers leurs personnalités. Ne disait-il pas: « Je ne suis qu'un homme » et « tout homme par la contemplation et la philosophie peut s'élever jusqu'aux dieux ». Les foules, avides de démonstrations, jugèrent souvent la qualité de leurs enseignements à la lumière de leurs prodiges respectifs, et pen­dant plusieurs années, il fut impossible de départager les mérites du Christ de ceux d'Apollonius de Tyane, tant les miracles furent nombreux de part et d'autre. Or, Apollonius, venu à Genève, ville alors consacrée au culte celtique, inspira une dédicace gravée sur une dalle proche du temple solaire, à la place de la cathédrale actuelle. Il est donc passionnant de savoir qu'Apollonius de Tyane est sans doute le plus ancien philosophe et le premier ésotériste qui ait fréquenté notre ville.

 

29 mars 1977


 

APOLLONIUS DE TYANE, vie et oeuvres

 

A 1'occasion du trentième anniversaire de la loge Apollonius de Tyane, je vais tenter de résumer ce que l'on connaît de ce personnage historique. Mon approche se fonde sur deux ouvrages; le premier est intitulé: Apollonius de Tyane ou le séjour d'un Dieu parmi les hommes. II a été écrit par Mario Meunier et a été publié à Paris aux Éditions Bernard Grasset en 1936, réédité ensuite par le procédé offset en 1978, aux Éditions d'Aujourd'hui. Je ne sais s'il est encore disponible en librairie.

Le second ouvrage s'intitule: Apollonius de Tyane, le philosophe réformateur du pre­mier siècle de notre ère. 11 a été écrit en anglais par G.R.S. Mead, traduit en français et publié à Paris par les Publications Théosophiques de la Bibliothèque Théosophique en 1906. J'ignore s'il a été réédité depuis et je doute qu'on puisse encore le trouver en librairie.

 

Ces deux ouvrages sont empreints d'une partialité évidente en faveur du personnage d'Apollonius de Tyane, dont on ne sait, en réalité, que peu de choses. Leurs auteurs respectifs ne font (et comment pourrait-il en être autrement à près de deux mille ans de distance!) que compiler des ouvrages antérieurs, qu'ils accommodent à leur sauce pour présenter Apollonius de Tyane de la façon qu'il sied le mieux à leurs convictions.

Mario Meunier a "essayé de rendre accessible et de faire revivre dans I'esprit même de sa légende, la curieuse et attrayante figure d'un des derniers représentants de la sagesse antique...". Son avant-propos de 14 pages résume consciencieusement la vie d'Apollonius, mais on ne peut affirmer que tout s’est déroulé de la manière dont il le rapporte, car il se fie à la biographie d'Apollonius de Tyane écrite par Philostrate plus d'un siècle après la mort du tyanéen.

G.R.S. Mead est plus prudent dans son approche, i1 tente de séparer la légende de la réalité et, en sous-titre, il nous précise le but de sa démarche: Étude critique des seuls documents qui existent sur la vie d'Apollonius de Tyane; Exposé des diverses opinions concernant ce philosophe; Aperçus sur les associations religieuses et sur les communautés du 1er siècle de notre ère; Influence possible de la pensée hindoue sur la pensée grecque. Nous entrevoyons déjà dans quelle direction l'auteur anglais, théosophe, souhaite nous orienter... Mead, comme Meunier, souhaite réhabiliter I'image d'Apollonius de Tyane, quelque peu ternie au cours de l'histoire par 1'emprise croissante du Christianisme. Ces deux auteurs ont en commun la même vénération de Pythagore, vénération qu'ils attribuent également à Apollonius. 

L'époque d'Apollonius de Tyane

Nous disposons de peu d'informations sur les conditions de la vie religieuse au premier siècle de notre ère. Non seulement le temps historique, bientôt deux millénaires nous séparent de cette époque, mais l'avènement du Christianisme d'une part et 1'éclosion de la pensée rationnelle de 1'autre, ont considérablement transformé le mode de pensée et de vie des êtres humains depuis lors. II existait à cette époque beaucoup de cultes divers, nécessitant souvent un parcours initiatique, mystères phrygiens, bachiques, mystères d'Isis, de Mithra, d'Éleusis. Ces derniers se trouvaient sous l'égide de l'État, et les respectables citoyens d'Athènes se devaient d'être initiés à ces mystères.

 Dans son traité De la vie contemplative, Philon signale 1'existence de nombreux groupes d'hommes abandonnant leurs biens pour se retirer du monde et se dévouer à la recherche de la sagesse et à la pratique de la vertu. La vie religieuse se confondait souvent avec la recherche de la vérité, généralement attribuée à la pratique de la vie philosophique. La confusion des "genres" entre philosophie et religion, mythe et réalité objective, apparaît jusque dans la biographie d'Apollonius écrite par Philostrate, qui mélange les faits historiques et la poésie sophiste... Notre rationalité nous a accoutumé depuis deux siècles à ne plus mélanger les faits et les commentaires, le récit mythique du fait historique...

Comment Apollonius de Tyane est parvenu jusqu'à nous

 

La biographie d'Apollonius de Tyane fut commandée à Philostrate par Julie Domna, mère de Caracalla, impératrice de Rome sous le règne de Septime Sévère, en 1'an 216 après J.-C., soit plus de cent ans après la mort du sage. Philostrate est un homme de lettres qui vécut de 175 à 245 après J.-C. Il est 1'auteur de la seule biographie d'Apollonius, qui fut écrite en grec(1). Cet ouvrage est fondé d'une part, sur des récits obtenus dans les villes ou Apollonius a vécu, et d'autre part, sur des notes de Damis, un disciple d'Apollonius qui 1'accompagna au cours de plusieurs de ses voyages. Julie Domna aurait aussi remis à Philostrate des lettres d'Apollonius de Tyane que 1'Empereur Hadrien possédait. 

Le second document connu sur Apollonius de Tyane fut écrit vers l'an 305 de notre ère par Hiéroclès, philosophe grec, gouverneur de Palmyre. Dans son ouvrage intitulé : L'ami de la vérité, Hiéroclès oppose aux miracles du Christ les miracles qu'auraient accompli Apollonius de Tyane, selon la biographie de Philostrate. Eusèbe de Césarée répondit à Hiéroclès dans un traité intitulé : Contra Hieroclem, dans lequel il nie 1'existence des miracles attribués à Apollonius de Tyane. "Si ceux-ci ont réellement existé, ils ne peuvent être que l’œuvre du démon", selon Eusèbe. 

La controverse ouverte par Hiéroclès et Eusèbe fut reprise au XVIème siècle, lors des rééditions de la biographie de Philostrate, pour perdurer jusqu'au XIXème siècle. Pour les chrétiens, au cours de l'histoire, Apollonius est tantôt un magicien, tantôt un sage. Jean Chrysostome qualifie Apollonius de menteur et d'être malfaisant. Saint-Jérôme dit de lui qu'il trouve toujours matière à s'instruire et à s'améliorer. Au Vème siècle, Saint-Augustin pense qu'on ne peut le comparer à Jésus, mais qu'il est un homme vertueux. 

Plus tard, au XIème siècle, le moine Xiphilin qualifie Apollonius de magicien et d'adroit escamoteur. Selon Nicetas, il existait encore à Byzance au XIIème siècle, certaines portes de bronze consacrées jadis par Apollonius, qui durent être fondues car elles étaient devenues, même pour les chrétiens, un objet de superstition. Signalons encore qu'à Rome, un temple fut élevé à la mémoire d'Apollonius, aux frais du trésor de 1'Empire, sur la décision de Caracalla. 

 

Quelques aperçus sur la vie d'Apollonius de Tyane

 

Apollonius est né à Tyane, au sud de la Cappadoce, de parents fortunés, au début de 1'ère chrétienne. A 1'age de quatorze ans, il fut envoyé à Tarse pour étudier. Il alla ensuite à Égée, il fut admis dans le temple d'Esculape, vers 1'âge de vingt ans. II hérita alors des biens familiaux qu'il partagea avec son frère qui menait une vie dissolue. Il distribua une part de sa fortune à ses proches parents, car il estimait qu'il avait peu de besoins personnels et qu'il n'allait pas se marier.

 

Il mangeait seulement les produits de la terre : fruits et légumes, afin, disait-il, de se purger 1'esprit. Il ne buvait pas de vin "qui trouble 1'esprit". Il fit vœu de silence pour cinq ans durant lesquels il voyagea et étudia. Puis, il y a un trou dans sa biographie d'une durée de quinze à vingt ans. On le signale ensuite, à Antioche où il consacre ses matinées aux "choses" divines et les après-midi aux enseignements de la vie éthique et pratique. 

Grand voyageur, il alla jusqu'en Inde, dans la vallée du Gange, il rencontra des bouddhistes. Selon les commentaires, i1 serait parti pour l'Inde à la recherche d'une communauté particulière et il revint chargé d'une mission. On signale sa présence à Babylone, Ninive, à Chypre, puis en Ione, en Asie Mineure, dans les villes de Smyrne, Pergame, Troie, et en Crète, avant d'être à Rome en 66, sous le règne de Néron. Ce dernier promulgua cette année-là, un édit proscrivant les philosophes et Apollonius partit alors pour l'Espagne, à Cadix. Il rencontra l'apôtre Paul à Rome, ce dernier fut décapité. Apollonius quitta ensuite 1'Espagne pour la Sicile, et de là il repartit en Grèce, avant de s'embarquer pour I'Égypte et de remonter le Nil jusqu'en Éthiopie. II revint à Rome, attira la suspicion de l'Empereur Domitien qui le fit emprisonner, puis jugé et acquitté en 1'an 81. On signale encore que Vespasien, Titus et Néron furent des admirateurs d'Apollonius qu'ils connurent avant leur arrivée au pouvoir à Rome. Apollonius repartit pour la Grèce après l’issue heureuse de son procès, renvoya son disciple Damis à Rome, et il mourut à l'âge de quatre-vingt ans environ.

Quelques aspects sur les oeuvres d'Apollonius de Tyane.

 

Apollonius passe pour un prophète, un thaumaturge. Il semble être un disciple de Pythagore pour qui le vrai philosophe est celui qui connaît les secrets de la nature, non de la lecture et des discours d'autrui. Le sentier de la philosophie est la vie du philosophe.

Apollonius passa beaucoup de temps à rétablir les rites dans les temples de diverses divinités. Il condamnait les combats de gladiateurs, mais approuvait les jeux olympiques. Il aurait fréquenté, en Éthiopie notamment, ceux que l'on a appelé les "gymnosophistes", les philosophes nus, c'est-à-dire les membres de communauté composés de ceux qui avaient abandonné tous biens matériels et pratiquaient des mortifications. 

Comme je 1'ai signalé précédemment, on lui attribue des miracles. Les cas relatés se rapportent surtout à la guérison de malades. II lisait dans les pensées et avait un don de prophétie. II faut cependant rappeler que la notion théologique du miracle est postérieure à la vie d'Apollonius. II semblait écouter la voix intérieure de son daïmon comme Platon. 

On signale également à son propos un don de prescience. II refusa une fois de s'embarquer sur un bateau qui fit naufrage. Il eut une vision à distance d'un temple incendié à Rome. Alors qu'il était à Alexandrie, on raconte qu'il eut la vision de l'assassinat de l'Empereur Domitien à Rome. Il interprétait les songes. II eut de nombreux disciples imitant son mode de vie, mais n'a jamais fondé d'École. Il était végétarien, menant une vie ascétique. Parmi ses disciples, on peut citer Musonius et Démétrius à Rome.

Des paroles et sermons attribués à Apollonius, on peut extraire les recommandations suivantes :

"De ne rien posséder et cependant posséder toutes choses."

"Accordez-moi, O dieux, de posséder peu et de ne désirer rien."

"Je prie pour que la justice règne, et les lois soient respectées; pour que les sages soient pauvres et les autres riches par des moyens honnêtes." 

Sur la notion d'entraide entre les hommes, Apollonius un jour montra en exemple un moineau gazouillant, entraînant tous les autres à sa suite. II était venu annoncer aux autres moineaux la présence de grains de blé renversés sur une route, plus loin. 

Parmi les conseils qu'il donna à Vespasien sur la manière d'être un bon roi, on peut relever celui-ci : "Ne comptez pour rien 1'argent amassé, en quoi vaut-il plus que le sable amoncelé par le hasard ? Ne comptez pour rien non plus l'argent prélevé par les lourds impôts qui écrasent le peuple : l’or qui vient des larmes est vil et maudit. Mieux qu'aucun roi vous emploierez vos richesses, si vous secourez ceux qui sont dans le besoin, et si vous laissez les riches jouir en paix de leurs biens." 

Apollonius glorifiait la sagesse : "Le sage doit être capable de mourir pour ses idées et la vérité doit lui être plus chère que la vie". Il répondit un jour qu'on lui demanda ce qu'il pensait du fameux dicton : "Connais-toi toi ­même !" - "Je crois que l'homme sage qui se connaît lui-même, et qui vit en constante communion avec son esprit véritable, qui combat avec cet esprit à sa droite, ne s'abaissera jamais aux craintes qui effraient le commun des mortels; et qu'il n'osera plus commettre ce que la plupart des hommes commettent sans honte aucune."

Apollonius a écrit de courtes lettres d'après le mode du scytale lacédémonien(2) dont j'extrais les suivantes :

"Il n’est pas possible à l'homme de ne pas commettre d'erreurs, seul un caractère noble reconnaît en avoir commis."(3)

"Pythagore dit que 1'art le plus divin est celui de guérir. Si l’art de guérir est si divin, il doit s'occuper de l'âme autant que du corps, car nul être n’est sain, lorsque ce qu'il y a de supérieur en lui est malade."(4)

"Héraclite fut un sage, mais il ne conseilla jamais au peuple d'Éphèse d'effacer la boue par de la boue !"(5)

"Si quelqu'un se dit mon disciple, qu'il ne fréquente pas les lieux publics, qu'il ne tue aucun être vivant; qu'il ne mange pas de viande, qu'il soit délivré de 1'envie, de la malignité, de la haine, de la calomnie, du ressentiment, et qu'il ait son nom inscrit parmi les noms de ceux qui ont obtenu la libération."(6)

Cette dernière lettre résume la pratique de la sagesse conseillée par Apollonius. On est plus proche du sage, au sens traditionnel, à la recherche d'une vérité intégrant 1'ensemble du mode de vie de 1'être, que du philosophe grec orateur, même si les grecs anciens, à 1'exception des sophistes peut-être, tentaient de vivre selon les préceptes qu'ils enseignaient. 

Pour Apollonius de Tyane, je ne suis pas sûr qu'il faille lui attribuer le qualificatif de philosophe, comme 1'a fait G.R.S. Mead dans son ouvrage, car Apollonius n'a pas écrit une oeuvre philosophique à 1'exemple de Platon ou d'Aristote. Je crains que le sous-titre de Mario Meunier : Le séjour d'un Dieu parmi les hommes, emprunté à la biographie d'Apollonius par Philostrate ne convienne guère mieux au personnage. Eugène de Faye, dans : Origène, sa vie, son oeuvre, sa pensée, décrit ainsi 1'Apollonius de Philostrate : "Apollonius représente le philosophe parfait tel que le rêvaient la plupart des contemporains d'Origène. Il est tour à tour directeur de conscience comme Sénèque, éducateur comme Épictète, prédicateur et orateur populaire à la manière de Dion de Pruse, ascète et mystique comme 1'a été selon toute vraisemblance, l'Apollonius véritable"(7). De mon analyse, il semble que ces deux qualificatifs d'ascète et de mystique peuvent être retenus au sujet d'Apollonius de Tyane, auxquels on peut ajouter celui de sage.

P.-P. R.

________________________________________

1 Flavius Philostrate : De Vita Apollonii Tyanei. Elle fut rééditée en 1501 à Venise, suivie du texte d'Eusèbe : "l'antidote accompagne le poison", puis traduite en français par Blaise de Vignières et publiée à Paris en 1596, 1599 et 1611.

2 Le scytale était une baguette ou bâton dont on se servait pour écrire les lettres chiffrées. "Autour de ce bâton on enroulait en spirale une bande de parchemin sur laquelle on écrivait le message dans le sens de la longueur. Lorsque la bande était déroulée, le message était inintelligible. Celui qui recevait le message, pour le lire, enroulait la bande sur un bâton exactement de la même grosseur que celui dont on s'était servi pour écrire." (Lexique de Liddel et Scott) De vient que le nom de scytale fut donné aux messages spartiates, d'un laconisme proverbial. 

3 Lettre adressée aux Éphores (magistrats de Sparte). 

4 Lettre adressée à Criton.

5 Lettre adressée aux prêtres de Delphes.

6 Lettre adressée à Criton.

 


 

APOLLONIUS RENCONTRA LES HOMMES QUI SAVAIENT TOUT

 

Au premier siècle de notre ère, à la frontière de Babylone, un garde questionna un voyageur grec de belle apparence

- « Quels présents apportes-tu à notre souverain? demanda-t-il.

- Toutes les vertus, répliqua le Grec.

- Penses-tu que notre roi ne les a pas? s'enquit l'officier.

- Il peut les avoir, mais il ne sait pas s'en servir », répondit hardiment le voyageur qui s'appelait Apollonius de Tyane.

Malgré 1'insolence de ses propos, le voyageur fut autorisé à passer la frontière babylonienne, le garde estimant que le roi pourrait trouver quelque intérêt à rencontrer 1'excentrique visiteur.

Apollonius était né en Cappadoce vers l’an 4 av. J.-C. Ses maîtres cessèrent de l'instruire lorsqu'il eut quatorze ans, à cause de son intelligence innée. Le jeune garçon, à seize ans, prononça les vœux qui le liaient à 1'école de Pythagore et s'attacha au temple d'Aegae. Sa sagesse et ses réussites médicales étendirent si vite sa réputation que l’on disait en Cappadoce aux gens pressés: « Pourquoi tant de hâte? Courez-vous voir le jeune Apollonius? »

Un prêtre d'Apollon lui apporta un jour une carte gravée sur cuivre, lui disant qu'elle indiquait le chemin de la Cité des Dieux. Apollonius fut bientôt en route vers l’est. A Mespila (Ninive), un certain Damis lui offrit ses services comme guide. La biographie du philosophe grec fut écrite, plus tard, par Philostrate à la demande de l'impératrice byzantine Domna.

Après de dures étapes qui les menèrent en Inde, les deux voyageurs, panant des bords du Gange, tournèrent au nord en direction de 1'Himalaya. Il est à présumer qu'ils allèrent au Tibet, car le voyage prit dix-huit jours. Comme le sage grec et son dévoué compagnon approchaient de 1'Olympe asiatique, d'étranges phénomènes commencèrent à se produire. Le chemin qu'ils empruntaient s'effaçait derrière eux. Le paysage était mouvant et il semblait aux voyageurs qu'ils avançaient dans un site enchanté. Aux limites de cette région merveilleuse, un jeune garçon vint à leur rencontre et s'adressa, en grec, au philosophe, comme si la venue de celui-ci était attendue. Apollonius de Tyane fut alors présenté au maître du pays que Philostrate appelle Iarchas.

La fabuleuse contrée regorgeait de merveilles scientifiques. Il y avait des puits d'où sortaient des colonnes de lumière qui s'élevaient dans l’air comme celles des projecteurs. Des pierres phosphorescentes illuminaient la ville d'une clarté comparable à

Par andoar - Publié dans : alliés substanciels
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