Bukowski
meilleur était le temps où nous roulions après un moment sans nous être vus.
tu avais demandé à me voir, tu voulais être conduite quelque part. ta voiture avait été volée. non, c'était pas ça : c'était le carburateur ou bien tu avais besoin d'un réglage. de toute façon nous roulions et nous nous sommes arrêtés au feu sur Los Feliz, et tes cheveux étaient démêlés et longs et tu disais " je sors avec Paul en ce moment ". j'ai ri. je n'avais pas ri autant depuis des mois, des années. puis je me suis retenu : est-ce que je riais pour te faire croire que je m'en foutais ? ou bien n'était-ce que de contentement ou de soulagement ?
alors je me suis radiographié et j'ai vu que ça n'avait pas été défensif : simplement ça faisait du bien d'en finir.
alors nous avons fait ta course et nous sommes allés manger quelque part, et j'ai proposé que l'apéro soit bu à la santé de Paul qui n'avait aucune idée de ce qui l'attendait, mais tu as suggéré qu'il n'avait aucune idée de ce à quoi tu allais échapper, et j'ai proposé que nous buvions à ça. puis nous avons bu encore un verre sans porter de toast.
j'ai toujours aimé ta chevelure brossée comme ça et tu as toujours su exactement où placer le ruban.
se rencontrer est plus excitant que se séparer mais se séparer est plus important si on veut continuer de vivre à sa façon. un jour je verrai tout de ta beauté bouffie, tes jambes avachies, insensible à moi : on s'est tous fait avoir.
En 1980, à l'âge de 60 ans, Buk s'attaque à un roman sur ses premières années, les Souvenirs d'un pas grand chose (Ham on Rye). Sous le nom de Chinaski, c'est bien le jeune Charles, ou Henry Jr comme on l'appelle encore qui raconte son enfance puis sa jeunesse. Parallèlement il produit les nouvelles qui formeront je t'aime, Albert (Hot water music).
Au fil de sa correspondance et de ses écrits, Buk mentionne régulièrement John Fante. John Martin prend d'abord Fante pour un personnage imaginaire, mais finit par découvrir cet auteur. Probablement sur une étagère poussiéreuse, dans un recoin de bibliothèque publique : les romans de Fante ne sont plus édités depuis près de quarante ans - pur scandale. Enthousiasme de Martin. Black Sparrow publie donc Demande à la poussière (Ask the Dust), écrit en 1939. D'autres volumes suivront. Buk signe la préface :
J'étais jeune, affamé, ivrogne, essayant d'être un écrivain. J'ai passé le plus clair de mon temps à lire downtown à la bibliothèque municipale de Los Angeles et rien de ce que je lisais n'avait de rapport avec moi ou avec les rues ou les gens autour de moi. [...] Je tirais livre après livre des étagères. Pourquoi est-ce que personne ne disaitrien ? Pourquoi est-ce que personne ne criait ? [...] Un jour j'ai sorti un livre, je l'ai ouvert et c'était ça. Je restai planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l'or à la décharge publique. J'ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d'une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait sa forme à la page, une sensation de quelque chose sculptée dans le texte. Voilà enfin un homme qui n'avait pas peur de l'émotion. [...] Le livre était Ask the Dust et l'auteur, John Fante. Il allait toute ma vie m'influencer dans mon travail.
Après tant d'années d'oubli, les tirages de Fante atteindront les 100.000 exemplaire aux États-Unis. En France l'intégrale se lit en poches et on parle de 500.000 exemplaires. Bukowski rencontrera finalement John Fante, peu avant sa mort. Diminué par le diabète, aveugle et amputé des deux jambes.
En 1981 le réalisateur italien Marco Ferreri signe le film Contes de la Folie Ordinaire, inspiré de nouvelles de Buk. Le scénario est co-signé Ferreri et Sergio Amidei, Ben Gazzara y joue un avatar de Chinaski. La divinissime Ornella Muti partage l'affiche dans le rôle de Cass, putain superbe et autodestructrice de la nouvelle La plus jolie fille de la ville. Michel Piccoli prête sa voix à Gazzara dans la v.f. La musique est de Philippe Sarde. Et malgré tout ça ce film est une catastrophe. Un immonde et pathétique navet. Bukowski n'a aucune responsabilité dans cette affaire, sauf celle d'avoir cédé ses droits. Il est atterré. Sachez toutefois que c'est encore l'affiche de ce film qui sert de couverture aux Contes dans leur édition française. Cette rose posée sur un sexe de femme, derrière une porte bleue ouverte, est devenu depuis près de vingt ans un logo Bukowskiesque.
Cette même année parait le recueil de poèmes Dangling in the Tournefortia, dédié à John Fante, et Ham on Rye (Souvenirs d'un pas grand-chose).
Buk a laissé tomber sa vieille WV bleue pour rouler en Mercedes. Plus pratique pour se rendre aux courses. Dans sa maison, entouré de l'affection des siens (Linda, leurs six chats), il boit du vin de qualité et écrit dans son bureau. Peinard. D'aucun lui reprocheront cette vie de bourgeois. Après cinquante années de galère, quand même.
En 1983 Robert Crumb, pape de la BD underground US des 60s (Fritz the cat) illustre la nouvelle Bring Me Your Love. Pas de BD non, mais quelques planches de Crumb en regard du texte. Parution également du recueil de nouvelles Hot Water Music (Je t'aime, Albert).
En 1984 sort un moyen métrage The killers, de Patrick Roth. Le scénario est co-signé Roth et Bukowski, et ce dernier y fait même une apparition. L'expérience Crumb-Buk se renouvelle avec la sortie de There's No Business.
Le 18 août 85, après neuf ans de vie commune, Buk et Linda se marient.
Barfly, le film. Huit ans depuis que Buk et Schroeder se sont rencontrés, six ans que Buk a signé un contrat sur le scénario, toujours pas de film. L'intégrité de Schroeder y est sans doute pour beaucoup. Pas de happy end, pas de final cut de producteur gestionnaire, pas de concessions. Buk a peu de respect et d'intérêt pour le cinéma, c'est bien l'honnêteté de Schroeder qui a su le convaincre. Outre le désastre du film de Ferreri, peut être pense-t-il à son vieux maître John Fante. Buk écrit par exemple, à propos d'un des innombrables briefings Barfly :
C'était la première des nombreuses réunions qui devaient se noyer dans l'alcool, surtout en ce qui me concernait. J'avais besoin de ce soutien car, de fait, je ne m'intéressais qu'à la poésie et aux nouvelles. Écrire un scénario me paraissait le comble de la stupidité. Mais des hommes plus valables que moi s'étaient fait prendre à ce jeu ridicule.
Après avoir bouffé moult vache enragée, Fante finit en effet par s'enrôler comme scénariste dans l'une des majors de Hollywood. Il en gardera toute sa vie le sentiment d'avoir gâché son talent - contre de confortables paquets de pognon il est vrai.
1986 - l'acteur Sean Penn se propose de jouer le rôle de Henry Chinaski et de produire Barfly, à condition que Dennis Hopper réalise. Schroeder deviendrait le producteur. L'accord ne se fera pas, Schroeder tenant à réaliser et Buk restant confiant envers lui dans sa volonté de rester fidèle à son scénario. Ce sera finalement Mickey Rourke, alors au faîte de sa carrière d'acteur, qui jouera Chinaski. Schroeder parvient à faire produire le film par Canon. Péniblement. Accompagné de Buk, il devra investir les bureaux de la Canon muni d'une scie électrique et menacer de se couper les doigts un à un si le projet est annulé comme ce fut envisagé un moment.
Buk publie You get so alone at times that it just makes sense.
Février 87 - le tournage de Barfly commence. Budget oblige, il est bouclé en 34 jours. Entre l'écriture et les après-midi rituels sur les champs de courses, Buk passe de temps à autre sur le plateau pour des ajustements de dernière minute de son scénario. Une copie zéro est envoyée à Cannes: le film est sélectionné. Buk commence à écrire un roman, Hollywood, inspiré de la genèse de Barfly.
La première projection à lieu cet automne à L.A. Buk aime, il s'y retrouve. Le film connaîtra un certain succès - les noms de Rourke et Dunaway y sont sans doute pour beaucoup. Bukowski acquiert donc une certaine connaissance, sinon reconnaissance, dans le grand public. Beaucoup de ses lecteurs l'ont découvert à travers cette adaptation. Black Sparrow publie le scénario du film, accompagné de photos du tournage, The Movie: "Barfly".
Cette même année sort un autre film, Crazy love, du belge Dominique Deruderre, inspiré de L'amour est un chien de l'enfer. Tout aussi peu hollywoodien que Barfly.
1988 - Publication d'un recueil d'anciens poèmes, The roominghouse Madrigals: Early selected poems 1946-1966.
En décembre Buk est atteint de tuberculose. Il arrête de boire avec une facilité surprenante le temps du traitement qui durera près d'un an, mais de son propre aveu il ne parvient alors plus à écrire.
1989 - Parution de Hollywood, roman sur l'histoire de Barfly. C'est bien sûr du pur Chinaski, et Buk nous prévient que "ce roman est une uvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait pure coïncidence, etc." Le etc. est d'origine. Outre Linda Lee (Sarah), et Schroeder (Pinchot), on y croise Dennis Hopper (Mack Austin), Sean Penn (Tom Pell), Madona (Ramona), Mickey Rourke (Jack Beldsoe), Faye Dunaway (Francine Bowers), Helmutt Newton, Isabella Rosselini, David Lynch, Jean-Luc Godard et probablement quelques autres personnalités que je n'ai pas su identifier.
En octobre sa fille Marina, devenue ingénieur (Cal Tech), se marie.
1990 - Sortie du Septuagenerian Stew (Le ragoût du septuagénaire).
Chris Innis signe le court-métrage Love Pig (également connus sous le titre Bring me your love), sur une musique rap de
- En 1991 le français Patrick Bouchitey réalise le film Lune froide. On y croise, outre Bouchitey lui-même, Jean-François Stevenin, le regretté Jean-François Bisson, Jackie Berroyer. Scénario co-signé Bouchitey et Berroyer, musique de Didier Lockwood. Produit par Luc Besson, le film sera nominé aux Césars la même année. Il rencontre cependant un accueil assez hostile. Il est vrai que l'adaptation sur grand écran de scènes telles que celles de La sirène baiseuse de Venice, Californie peut être dure à avaler. Note perso : j'ai une affection toute particulière pour ce film superbe. C'est par lui que j'ai découvert Bukowski. Patrick Bouchitey en soit remercié ici.
Neeli Cherkovski publie Hank : the life of Charles Bukowski (Hank : La Vie de Charles Bukowski), la bio officielle. Buk rédige un journal, qui s'étale jusqu'en 93 : The Captain is out to Lunch (and the sailors have taken over the ship), et qui sera illustré par Robert Crumb. Il a laissé tombé sa machine à écrire pour un Macintosh (ultime trahison à l'imagerie traditionnelle du poète maudit) et produit plus que jamais.
1992 - The Last Night of the Earth Poems
1993 - Run with the Hunted : A Charles Bukowski Reader, et Screams from the Balcony: Selected Letters 1960-1970, premier volume de sa correspondance annotée par Seamus Cooney. En hommage à la littérature de gare, Buk pond un polar intitulé Pulp, où Chinaski cède la place à Nick Belane, privé minable (évidement).
Et, puisqu'il faut bien l'écrire ici :
Le 9 mars 1994, Charles Bukowski s'éteint à San Pedro, Californie, à l'âge de 73 ans. Leucémie.
Son épitaphe : Don't try (n'essaie pas).
1970-1979
Extraits de comment se fait-il que vous soyez dans l'annuaire (L'amour est un chien de l'enfer) :
quand les femmes téléphonent, je réponds :
oh ! oui, j'écris, je suis écrivain
[...]
je me sens toute sotte de vous téléphoner,
poursuivent-elles, et j'ai été surprise
de vous trouver dans l'annuaire.
[...]
et elles arrivent
[...]
pour un homme de 55 ans qui n'a pas couché
avant 23 ans et pas
très souvent jusqu'à ce qu'il en ait 50
je pense que je resterai dans l'annuaire
du Pacific Telephone
jusqu'à ce que j'aie atteint
un score convenable pour un homme
de mon âge.
Pour l'instant Buk a cinquante ans. Mais il entre en effet dans ce dont il parlera plus tard comme l'une des périodes les plus dingues de sa vie. Celle, entre autres, du vieux bandard fou.
Janvier 1971 - un an après sa démission, Le postier parait chez Black Sparrow Press. Les 2.000 premiers exemplaires sont vite épuisés, un second tirage est lancé.
Buk vient de rencontrer Linda King, trente cinq ans, déjà mère de deux enfants. Artiste à ses heures, forte personnalité.
Linda ne sait trop quoi penser de ce type, de près de vingt ans son aîné. Elle sera le personnage de Lydia Vance dans Women. Elle sculpte un buste de Buk : les séances de pose deviennent prétexte à une étrange cour amoureuse. Elle cédera sur le carrelage de sa cuisine, juste avant que les enfants ne rentrent de l'école.
Leur longue histoire commence : des années durant, ils rompront et se rabibocheront environ une fois par semaine, toujours pour la dernière fois. Fracas maximum. Vaisselle brisée. Hurlements. Les voisins appellent les flics. Bref : ils s'adorent. L'un comme l'autre, mais surtout l'un, ne se priveront pas d'autres aventures.
Les groupies affluent, et Buk n'hésite pas à user de sa renommée pour lever tout ce qui bouge. Tanya, Iris, Cecelia, Hilda et Gertrude, Cassie, Tessie... A un quidam qui lui demande comment une vieille mocheté comme lui fait pour sortir ces superbes créatures :
Mon dieu, comment faites-vous ?
- Je tape, j'ai dit.
- Vous tapez ?
- Oui, dix-huit mots à la minute en moyenne.
En février parait le dernier numéro de Laugh literary, édité par Cherkovski et Buk. Vivant maintenant de sa seule plume, il ne peut se permettre de maintenir le journal à flot. En outre la lecture des courriers de candidats contributeurs lui prend beaucoup de temps.
Buk avait écris à propos de Jon Edgar et Louise Webb : "ces gens sont des géants dans un monde de fourmis". En juin Jon, ami et premier éditeur de Buk, meurt à l'âge de soixante six ans.
Buk est publié chez Penguin, dans la collection Modern Poets, dans un recueil lui est consacré ainsi qu'à Harold Norse et Philip Lamantia. Penguin est une énorme maison d'édition, dont les publications sont largement diffusées.
Frances Smith et Marina reviennent s'établir dans la région de L.A. : Marina, alors âgée de six ans, rend désormais visite à son père chaque semaine.
Le poète Beat Lawrence Ferlinghetti dirige à San Francisco City Lights Books, autre maison établie. Il prépare la publication des nouvelles de Tales of ordinary madness (Contes de la folie ordinaire).
Le jeu des lectures publiques le dégoûte toujours autant, mais c'est lucratif. C'est sans doute aussi l'occasion de rencontrer ses admiratrices. Bukowski en donne beaucoup, et il reste un show man exceptionnel. Ce ne sont plus seulement les boites de nuit de L.A. qui l'invitent, mais aussi les facs : université de Bellingham (Washington), du Nouveau-Mexique. A l'occasion d'une lecture à San Francisco début 1972, il retrouve Douglas Blazek. A Frisco Buk et Linda logent dans le trois pièces de Ferlinghetti. Le voyage, ainsi que la lecture sont filmés par un jeune type du nom de Hackford : on va en reparler.
En juin John Martin publie Mockingbird wish me luck (Oiseau moqueur, souhaite-moi bonne chance).
Hiver 1972 - pendant une mauvaise période avec Linda, Buk se met à voir Liza Williams (Dee Dee dans Women), qu'il a connu dans les années 60. Issue de l'underground, rédactrice elle aussi au Los Angeles Free Press (le journal parallèle le plus important de la ville), elle travaille pour une grosse société de production de disques et connaît tous ceux qui comptent dans le milieu artistique de L.A.. Elle a quarante deux ans. Buk vit une histoire avec elle mais ne souhaite plus s'accrocher. Ils sont sur deux planètes très différentes. Liza est pourtant amoureuse, elle, et va en baver.
C'est Liza qui lui a présenté Taylor Hackford, tout jeune réalisateur. Il propose un projet de documentaire sur Buk à une chaîne T.V. publique de L.A.. Accepté. Il suit Buk partout. Aux courses, au magasin de vins et spiritueux, dans son appartement.
Buk rompt avec Liza (et retrouve Linda).
En Allemagne le Journal d'un vieux dégueulasse est paru en poche, mais ça ne marche pas terrible. Weissner se lance dans la traduction du Postier. Là encore les ventes seront décevantes. Il reçoit de Ferlinghetti un exemplaire des Contes de la folie ordinaire, mais ne trouve pas d'éditeur.
Weissner tente le coup avec de la poésie: il conçoit un recueil sous le titre Poems written before jumping out of an 8 story window (Poèmes écrits avant de sauter d'une fenêtre du 8e étage) et les propose à un jeune éditeur déjà amateur de Bukowski. La couverture est ornée de photos (très inhabituel). Weissner et l'éditeur parviennent à le faire diffuser dans une chaîne de librairies. Bingo! Le livre se vendra finalement à 50.000 exemplaires, ce qui est vraiment un chiffre énorme pour de la poésie. Buk a trouvé un public en Allemagne.
La relation de Buk et Linda est toujours aussi orageuse.
25 novembre 1973 - Bukowski, le documentaire de Hackford, est diffusé pour la première fois sur la chaîne publique KCET à L.A.. De vingt minutes prévues, il dure en fait une heure. Le lendemain, la F.C.C. (Federal Communications Commission, sorte de C.S.A. version US) reçoit plusieurs plaintes déposées en bonne et due formes pour obscénité. Hackford saisit là l'occasion de faire de la pub au film. Au bout du compte, il recevra le prix de la meilleure émission culturelle de l'année. Bukowski récoltera plusieurs autres prix et trône aujourd'hui parmi les films du MOMA (Museum Of Modern Art de N.Y.).
Hackford envisage de porter à l'écran Le postier, avec John Cassavetes. Finalement Playboy achète les droits cinéma du Postier et il ne sortira rien de tout ça.
Faut-il le préciser ? Buk et Linda se battent toujours.
Pendant que les troupes américaines se retirent du Viêt-nam, John Martin publie South of no North : Stories of the buried life (Au Sud de nulle part).
En juin 1974 - parution de Burning in water drowing in flame (Brûler dans l'eau, se noyer dans les flammes). Mix de poèmes anciens et d'autres plus récents de la période 1972-73, lorsque Buk se balance entre Linda et Liza.
Entre les poèmes, les lectures, ses luttes avec Linda il termine son second roman, Factotum. L'accouchement aura été un peu plus difficile que pour Le postier : l'écriture s'est étalée sur deux ans.
Son orageuse et épuisante relation avec Linda King prend fin.
Barbet Schroeder, jeune réalisateur souhaite réaliser un film avec Bukowski pour scénariste. En 1977 il se rend à L.A. et parvient à entrer en contact avec lui. Ayant peu de respect pour le cinéma en général, Buk est d'abord très réticent.
Il s'écoulera dix ans avant que ce projet n'aboutisse.
En juin 1977 parait la première traduction de Buk en français. Les mémoires d'un vieux dégueulasse aux Humanoïdes Associés dans une traduction de Philippe Garnier. Ils publieront aussi Le Postier. Plus tard l'éditeur Grasset rachètera les droits et Gérard Guégan retraduira les Notes... qui deviendront Le journal d'un vieux dégueulasse.
29 septembre 1976 - Lors d'une lecture dans une boite de L.A., Buk fait l'une des rencontres les plus importantes de sa vie. Linda Lee Beighle (Sara dans Women), de vingt cinq ans sa cadette, deviendra bien plus tard Madame Bukowski.
Linda Lee tient un restaurant salon diététique, le Dewdrop Inn, sur un faubourg côtier de L.A.: un arc-en-ciel peint au-dessus de la porte, quelques hippies assis par terre, des coussins, des livres, Linda y sert des salades et sandwichs végétariens sous le portrait bienveillant du guru Meher Baba. Linda est une jolie blonde, mince. Tranquille et forte.
C'est d'abord une amitié qui se cimente au fil des mois. Buk lui rend de plus en plus souvent visite. Linda est une femme stable et équilibrée : c'est totalement nouveau pour lui et très apaisant.
Love is a dog from hell (L'amour est un chien de l'enfer) présentera les poèmes qu'il écrit à l'époque.
Buk ressent le besoin de clore cette période de, disons de "recherches" autour des femmes qu'il a mené en vue de l'écriture de son troisième roman : Women. Il continue pourtant à voir d'autres femmes, dont la Scarlet de L'amour est un chien de l'enfer (Tammie dans Women), rousse diabolique que l'on croise dans de nombreux poèmes.
Buk boit toujours autant, mais Linda le convainc de passer de la bière au vin. Elle boit avec lui, aussi surprenant que cela puisse sembler pour une végétarienne suivant les préceptes d'un guru indien. Ils ne vivent pas ensemble mais se consacrent beaucoup de temps. Elle lui fait changer ses habitudes alimentaires. Plus de viandes rouges. Volaille, poisson, moins d'épices. Buk perd du poids - il a dépassé les cent kilos. Il se sent mieux.
Octobre 77 - Alors que parait L'amour est un chien de l'enfer, Buk achève Women : 99 épisodes. Chapitre I : "J'avais cinquante ans et je n'avais pas couché avec une femme depuis quatre ans". Suit une bombe de 433 pages.
Il écrit alors vingt à trente poèmes par semaine. Il vit maintenant avec Linda. Il a trouvé un équilibre.
1978 - parution de Women, douze milles exemplaires vendus dans l'année. Sortie simultanée d'une édition australienne.
Black Sparrow Press sortira cette même année Jouer du piano ivre comme d'un instrument à percussion jusqu'à ce que les doigts saignent un peu (Play the piano drunk...), recueil de poèmes écrits durant les années 70, et dédiés à Linda Lee.
Le 8 mai Buk et Linda prennent l'avion pour l'Allemagne. De longue date, Buk souhaite y visiter son oncle Heinrich Fet. Le voyage doit en outre lui permettre de rencontrer Carl Weissner, et donner lieu à une lecture à Hambourg. Michael Monfort, photographe d'origine allemande vivant à L.A., les accompagne. Il deviendra le photographe "officiel" de Buk.
Les revenus de Buk sont devenus tels qu'on lui conseille de devenir propriétaire pour des raisons fiscales. Il devient donc propriétaire à San Pedro, Californie. Cette retraite lui permettra de se préserver des visiteurs. Dans la journée, Linda continuera pendant plusieurs années de tenir le Dew Drop Inn. Buk va au courses et travaille dans son bureau, seul avec ses six chats et ses bouteilles de vin. Linda respecte sa façon de vivre.
En octobre, poussé par ses éditeurs français, il fait un second voyage en Europe. En France cette fois, essentiellement pour passer dans l'émission Apostrophes de Bernard Pivot. Écoeuré par l'attitude de Pivot et le coté salon littéraire de la chose, Bukowski déclenche un scandale télévisuel sans précédent en plein direct.
En 1979 Buk signe un contrat avec le réalisateur Schroeder : il sera l'auteur d'un scénario. Celui-ci sera un mix des années passées à Philadelphie et de la période ou il rencontra Jane à L.A. Très intelligemment, Schroeder situera ce film dans un présent intemporel. Une première version du scénario est écrite. Ils n'ont toujours pas de commanditaire et Schroeder, à la recherche de financement, présente le manuscrit à des tiers. Tous lui prédisent l'échec.