Sappho

Publié le par andoar

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Sappho naquit dans l'île de Lesbos vers la quarante-deuxième olympiade. Son père est désigné par les anciens sous huit noms différents, Simon, Eunonimus, Euryguis, Ecritus, Semus, Camon, Etarchus et Scamandronymus ; sa mère se nommait Cléis : toute sa famille appartenait au commerce et lui devait sa fortune. Elle-même épousa un riche citoyen de l'île d'Andros nommé Cercala. Son mari mourut jeune : elle resta veuve avec une jeune fille et se dévoua dès lors au culte des Muses ; elle appela autour d'elle plusieurs femmes illustres de Lesbos ou de l'étranger, Atthis, Androméda, Télésippa, Mégara, Érinna, Cydno, Anactorie, Anagara de Milet, Gongyla de Colophon, Eunica de Salamine, Damaphile de Pamphilie ; elle en fit ses élèves et ses compagnes, elle en fit surtout ses amies ; elle les aima avec la passion d'une âme élevée et sensible. Dans ses poésies, elle leur exprima sa tendresse avec toute la violence du plus tendre amour. Ce sentiment profond et exalté fut traduit d'une façon malveillante par ses détracteurs : on s'en servit pour flétrir sa réputation. Aucun de ses contemporains, il est vrai, ne l'a accusée de ces désordres si graves et si vulgaires dans la société antique ; les écrivains postérieurs ne l'ont pas épargnée dans leurs allégations injurieuses : l'autorité d'Horace et d'Ausone a été invoquée contre elle ; ses défenseurs ont pu hardiment réfuter cette opinion en faisant remarquer qu'aucun document qui pût l'incriminer ne se retrouvait dans les oeuvres de ses contemporains.
Du reste, les suppositions romanesques se sont exercées à l'aise sur les circonstances de sa vie : nous n'avons aucune trace positive, aucune preuve des événements et des actions au milieu desquelles les biographes lui ont fait jouer un rôle. Les uns disent qu'entrainée par l'ascendant du poète Alcée, son ami et son compatriote, elle s'engagea dans une conspiration contre Pittacus, qui régnait alors à Lesbos, que l'entreprise échoua et qu'elle fut obligée de s'enfuir en Sicile. Une inscription trouvée sur un marbre de Paros a servi de premier motif à ce roman ingénieux. L'épithète de phogousa (fugitive, exilée) a fait présumer qu'elle s'était enfuie en Sicile, soit pour suivre Phaon, qu'elle aimait, soit pour se dérober à Pittactus qu'elle avait en vain essayé de renverser du trône. Elle se serait donc réfugiée en Sicile avec quelques habitants mityléniens, et c'est pour conserver le souvenir de son séjour dans cette île que les Siciliens lui érigèrent une statue enlevée depuis du Prytanée de Syracuse par la rapacité de Verrès.
D'autres, d'après un fragment d'Hermésianax, poète cité par Athénée, ont attribué à Sappho un tendre penchant pour Anacréon ; mais ce synchronisme des deux poètes de l'amour est démenti par les faits. Sappho vivait sous Alyatte, père de Crésus, et Anacréon sous Cyrus et Polycrate.
Il en est enfin qui ont voulu que cette liaison ait existé entre elle et son contemporain Alcée. Un fragment de Sappho et un dialogue en vers qui nous a été conservé par Aristote dans sa Rhétorique peuvent seuls appuyer celle opinion. Voici les vers cités par Aristote : 
ALCÉE.
Je voudrais pouvoir m'expliquer, mais la honte m'arrête.
SAPPHO.
Votre front n'aurait pas à rougir si votre coeur n'était pas coupable.
Quoi qu'il en soit, Sappho a fait un grand nombre d'odes, d'épigrammes, d'élégies, d'épithalames ; il ne nous reste d'elle que quelques rares morceaux et des fragments épars dans les oeuvres de Denys d'Halicarnasse et dans l'Anthologie. Les rhéteurs, les grammairiens, les lexicographes nous ont conservé quelques vers épars qui nous font vivement regretter des pertes nombreuses et irréparables. Elle a inventé le rythme appelé de son nom sapphique, un mode de cadence appelé mixalydien employé surtout dans les tragédies, et une sorte de lyre nommée pectis ou mogadis, dont Anacréon fit usage après elle.
Sappho, quoique appelée belle par Socrate, était petite et brune. Après sa mort, les Mityléniens lui rendirent de grands honneurs; ils firent graver son image sur leurs monnaies. 
Nous ne savons rien de plus sur Sappho. Quelque vague que soient ces détails, ils ont encore été obscurcis par une confusion involontaire de la Sappho de Lesbos avec une autre Sappho d'Érèse, courtisane célèbre, née postérieurement et auteur, selon Suidas, de quelques poésies lyriques. Par suite de cette erreur, plusieurs auteurs anciens, et entre autres Ovide, ont attribué à la poétesse de Mitylène plusieurs faits qui appartiennent à la Sappho d'Érèse, et surtout sa passion pour Phaon. Nous comprenons de quel charme poétique cette fiction était revêtue par les circonstances mêmes qui l'environnaient : Phaon de Mitylène était beau comme Adonis ; c'est un don qu'il tenait de Vénus, la mère des Grâces et de l'Amour. Il commandait un vaisseau : une vieille femme se présente à lui, indigente, et n'ayant pas de quoi payer sa traversée ; le jeune homme n'exigea aucun paiement. Vénus, pour reconnaître ce service, se dévoila alors à ses yeux : elle lui fit présent d'un vase d'albâtre rempli d'un parfum précieux. Il le répandit sur son corps et acquit dès ce jour une beauté surnaturelle. Quelques anciens attribuent à une autre cause l'éclat et la réputation de Phaon : il aurait trouvé cette plante mystérieuse dont parle Pline, l'éryngium, qui avait pour vertu de faire adorer de toutes les femmes celui qui pouvait la découvrir. Sappho d'Érèse, éprise d'amour pour Phaon, ne put lui plaire ; victime de Vénus, elle ne voulut pas supporter ce tourment sans espoir : elle se rendit à Leucade, et du haut du rocher se précipita dans la mer. Cette tradition, pleine de poésie et de sentiment, est devenue populaire par le nom de Sappho ; elle a été accueillie et reproduite dans les commentaires de plusieurs critiques : arrivée à ce point où un fait entre dans la science vulgaire, elle n'a trouvé des contradicteurs que parmi les érudits.
Mais il en est un qui a rétabli la vérité, séparé ces deux existences confondues et précisé toute la différence existante entre les deux Sappho, c'est Visconti dans son Iconographie grecque : 
"Je ne sais pas, dit-il, comment l'opinion contraire à la mienne a pu devenir générale : elle est cependant celle de Fabricius dans sa Bibliothèque grecque, livre II, chap. 15 ; celle de Hardion dans sa dissertation sur le saut de Leucade, Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome VII ; de Bayle, de Barthélemy, etc... L'autorité de Ménandre et celle de Strabon seraient à la vérité d'un grand poids si ces auteurs donnaient à entendre qu'en nommant Sappho, ils ont voulu parler de la célèbre poétesse de Mitylène ; mais ces auteurs ne la désignant point, il ne reste que l'autorité d'Ovide dans sa quinzième Héroïde, autorité suivie par quelques écrivains postérieurs. Or peut-on la mettre en comparaison avec l'opinion contraire, qui non seulement est fondée sur le silence des auteurs les plus anciens, mais encore est appuyée par le témoignage de plusieurs écrivains grecs, tels que Nymphis, Athénée, Elien, Suidas, Apostolius, parmi lesquels les deux premiers sont distingués par leur érudition et paraissent avoir recueilli l'opinion générale adoptée par les gens instruits. Ovide au contraire a pu faire usage, pour embellir son élégie, d'une opinion à laquelle lui-méme n'ajoutait peut-être pas foi, à l'exemple de quelques poètes comiques qui avaient déjà altéré les aventures de cette femme extraordinaire pour donner plus d'intérêt à leurs pièces. Athénée a fait cette remarque à propos de Diphilus. Ce poète comique, né à Sinope, postérieur à Ménandre, avait fait un drame qui portait le nom de Sappho et dans lequel il avait représenté comme ses amants, Archiloque et Hipponax.
Je crois devoir appuyer encore mon opinion de quelques preuves négatives que je ne pense pas avoir jamais été produites et qui me paraissent propres à éclairer ce point de l'ancienne biographie poétique.
1° Hérodote, qui parle de Sappho, en relevant quelques circonstances de sa vie, de sa famille et de ses poésies, se tait sur l'amour de la poétesse pour Phaon et sur la manière dont elle se donna la mort en se précipitant du rocher de Leucade ; cependant cet usage religieux tout à fait bizarre était bien dans le genre de ces faits qu'Hérodote se plaît à recueillir et dont il aime à rechercher l'origine. Il paraît probable que cet usage singulier n'était pas encore introduit ou si l'on veut n'avait pas encore été révélé du temps d'Hérodote, d'autant mieux que Strabon lui-même n'en a pas trouvé un témoignage plus ancien que celui du poète Ménandre, qui a vécu après Alexandre et à la distance de plus de trois siècles de Sappho et d'Hérodote.
2° Le récit même d'Hérodote rend la prétendue catastrophe de Sappho tout à fait invraisemblable. Cet historien avait lu des vers que cette poétesse avait écrits contre Charaxus, son frère, à l'occasion du rachat de la courtisane Rhodope, esclave en Égypte pendant le règne d'Amasis ; or ce roi ne commença à gouverner qu'en l'année 570 avant l'ère chrétienne, et par conséquent, Sappho, née au plus tard, selon Suidas, la première année de la 42e olympiade, c'est-à-dire en 612, devait être âgée au moins de cinquante ans quand elle attaqua dans ses vers Charaxus. J'ai dit que Sappho était née au plus tard en 612 : les marbres d'Oxford qui placent son exil de Mitylène en 596, seize ans seulement après cette date, confirment mon assertion, car on ne peut croire qu'une femme moins âgée et encore dans l'enfance ait pris part aux troubles de sa patrie.
3° Hermésianax, poète plus ancien que Ménandre, a écrit une élégie sur les faiblesses des poètes célèbres. Il allègue l'exemple et les égarements de Sappho, à laquelle il donne aussi du penchant pour Anacréon ; mais il se tait absolument sur Phaon, qu'il aurait dû nommer le premier, cette passion fatale convenant beaucoup mieux au plan et au but de son élégie que tout autre aventure de la poétesse.
4° Antipater de Sidon, qui a composé une épigraphe relative au tombeau de Sappho, non seulement ne parle pas de sa fin tragique, mais il suppose qu'elle a été ensevelie dans sa terre natale, où on lui a érigé un monument, et que sa mort a été naturelle.
5° Pinytus, ancien poète, dans sa seule épigramme, qui est une épitaphe pour Sapho, ne fait non plus aucune mention de cette mort causée par le désespoir, à laquelle du reste on ne trouve aucune allusion dans un grand nombre d'épigrammes de l'Anthologie qui ont pour sujet la poétesse mitylénienne.
6° Ptolémée Ephestion, dans un livre il a fait l'histoire du saut de Leucade et dont Photius nous a conservé un extrait, ne parle point de notre poétesse ; il est vrai qu'il ne parle pas non plus de la mort de Sappho d'Erèse ; mais cette courtisane, n'ayant jamais atteint à la célébrité de la poétesse du même nom, a pu être omise plus vraisemblablement ou dans l'ouvrage ou dans l'extrait. A la vérité Servius parle d'une femme qui fit le saut de Leucade pour l'amour de Phaon, mais il la traite comme un femme obscure et ne la nomme pas."
Cette opinion de Visconti a trouvé des preuves nouvelles dans des portraits des deux Sappho accompagnés de leurs noms et découverts en 1822 ; il ne peut donc nous rester aucun doute à cet égard. Si le sentiment poétique perd à cette explication d'un point controversé de l'Antiquité, du moins, la vérité y aura gagné.
Les poésies de Sappho ont été ordinairement imprimées à la suite de celles d'Anacréon ; elles se trouvent en outre dans les ouvrages suivants :
Édition de Wolff. Hambourg, 1733.
Novem faeminarum graecarum carmina, de Fulvio Orsini. Plantin, 1598, in-8°.
Analecta, de Brunck, t. 1, p. 54.
Mousôn anthê, sive Selecta poetarum carmina et fragmenta de Schneider, 1802, in-8°.
Les traductions de Sappho étant jointes à celles d'Anacréon, nous renvoyons le lecteur aux diverses traductions que nous avons citées à l'article de ce poète.

 

HYMNE A VÉNUS<?XML:NAMESPACE PREFIX = O />

Ποικιλόθρον᾽ ὰθάνατ᾽ ᾽Αφροδιτα,
παῖ Δίος, δολόπλοκε, λίσσομαί σε
μή μ᾽ ἄσαισι μήτ᾽ ὀνίαισι δάμνα,
πότνια, θῦμον.

ἀλλά τυίδ᾽ ἔλθ᾽, αἴποτα κἀτέρωτα
τᾶς ἔμας αύδως αἴοισα πήλυι
ἔκλυες πάτρος δὲ δόμον λίποισα
χρύσιον ἦλθες

ἄρμ᾽ ὐποζεύξαια, κάλοι δέ σ᾽ ἆγον
ὤκεες στροῦθοι περὶ γᾶς μελαίνας
πύκνα δινεῦντες πτέῤ ἀπ᾽ ὠράνω
αἴθερος διὰ μέσσω.

αῖψα δ᾽ ἐχίκοντο, σὺ δ᾽, ὦ μάσαιρα
μειδιάσαις᾽ ἀθάνατῳ προσώπῳ,
ἤρἐ ὄττι δηὖτε πέπονθα κὤττι
δἦγτε κάλημι

κὤττι μοι μάλιστα θέλω γένεσθαι
μαινόλᾳ θύμῳ, τίνα δηὖτε πείθω
μαῖς ἄγην ἐς σὰν φιλότατα τίς τ, ὦ
Πσάπφ᾽, ἀδίκηει;

καὶ γάρ αἰ φεύγει, ταχέωσ διώξει,
αἰ δὲ δῶρα μὴ δέκετ ἀλλά δώσει,
αἰ δὲ μὴ φίλει ταχέως φιλήσει,
κωὐκ ἐθέλοισα.

ἔλθε μοι καὶ νῦν, χαλεπᾶν δὲ λῦσον
ἐκ μερίμναν ὄσσα δέ μοι τέλεσσαι
θῦμος ἰμμέρρει τέλεσον, σὐ δ᾽ αὔτα
σύμμαχοσ ἔσσο.

Immortelle Vénus, fille de Jupiter, toi qui sièges sur un trône brillant et qui sais habilement disposer les ruses de l'amour, je t'en conjure, n'accable point mon âme sous le poids des chagrins et de la douleur. Mais plutôt viens à ma prière comme tu vins autrefois, quittant le palais de ton père et descendant sur ton char doré. Tes charmants passereaux t'amenaient de l'Olympe à travers les airs qu'ils agitaient de leurs ailes rapides. Dès qu'ils furent arrivés, ô déesse ! tu me souris de ta bouche divine ; tu me demandas pourquoi je t'appelais ; quels tourments ressentait mon cur, en quels nouveaux désirs il s'égarait ; qui je voulais enchaîner dans les liens d'un nouvel amour : "Qui oserait te faire injure, ô Sappho ! S'il te fuit aujourd'hui, bientôt il te recherchera ; s'il refuse aujourd'hui tes dons, bientôt il t'en offrira lui-même s'il ne t'aime pas aujourd'hui, il t'aimera bientôt lors même que tu ne le voudrais plus."
O viens, viens donc aujourd'hui, déesse, me délivrer de mes cruels tourments ! Rends-toi aux désirs de mon cur ! Ne me refuse pas ton secours tout-puissant !

à UNE FEMME AIMÉE

φάινεταί μοι κῆνος ἴσοσ τηέοισιν
ἔμμεν ὤνερ ὄστις ἐναντίος τοι
ἰζάνει καὶ πλασίον ἀδυ
φωνεύσασ ὐπακούει

καὶ γαλαίσας ἰμμερόεν τὸ δὴ ᾽μάν
καρδίαν ἐν στήθεσιν ἐπτόασεν,
ὠσ γὰρ εὔιδον βροχέως σε, φώνας
οὐδὲν ἔτ᾽ ἔικει,

ἀλλὰ κάμ μὲν γλῳσσα έαγε, λέπτον
δ᾽ αὔτικα χρῷ πῦρ ὐπαδεδρόμακεν,
ὀππάτεσσι δ᾽ οὐδὲν ορημ᾽,
ἐπιρρόμβεισι δ᾽ ἄκουαι.

ἀ δέ μ᾽ ί᾽δρως κακχέεται, τρόμος δὲ
παῖσαν ἄγρει χλωροτέρα δὲ ποίας
ἔμμι, τεθνάκην δ᾽ ὀλιγω ᾽πιδεύην
φαίνομαι [ἄλλα].

πᾶν τόλματον [......]

Il me paraît égal aux dieux celui qui, assis près de toi, doucement, écoute tes ravissantes paroles et te voit lui sourire ; voilà ce qui me bouleverse jusqu'au fond de l'âme.
Sitôt que je te vois, la voix manque à mes lèvres, ma langue est enchaînée, une flamme subtile court dans toutes mes veines, les oreilles me tintent, une sueur froide m'inonde, tout mon corps frissonne, je deviens plus pâle que l'herbe flétrie, je demeure sans haleine, il semble que je suis près d'expirer.
Mais il faut tout oser puisque dans la nécessité...

ÉPITAPHE DU PÊCHEUR PÉLAGON

Ménisque, père du pêcheur Pélagon, a fait placer sur le tombeau de son fils une nasse et une rame, monuments de sa vie dure et pénible.

ÉPITAPHE DE LA JEUNE TIMAS

Τιμάδος ἄδε κόνισ, τὰν δὴ ρπὸ γάμοιο θανοῦσαν
δέξατο φερσεφόνας κύανεοσ θάλαμο,
ας καὶ ἐποφθιμένας πᾶσαι νεοθᾶγι σιδάρῳ
ἄλικες ιμμερτὰν κρᾶτος ἔθεντο κόμαν.

Les cendres de la charmante Timas reposent dans ce tombeau. Les Parques cruelles tranchèrent le fil de ses beaux jours avant que l'Hyménée eût allumé pour elle ses flambeaux. Toutes ses compagnes ont coupé courageusement sur sa tombe leur belle chevelure.

FRAGMENTS

I

SUR LA ROSE

Si Jupiter voulait donner une reine aux fleurs, la rose serait la reine de toutes les fleurs. Elle est l'ornement de la terre, la plus belle des plantes, l'il des fleurs, l'émail des prairies, une beauté toujours suave et éclatante ; elle exhale l'amour, attire et fixe Vénus : toutes ses feuilles sont charmantes ; son bouton vermeil s'entrouvre avec une grâce infinie et sourit délicieusement aux zéphyrs amoureux.

II

Κατθάνοισα δὲ κείσεαι πότα, κωὐ μναμοσύνα σέθεν
ἔσσετ᾽ οὔτε τότ᾽ οὔτ᾽ ὕστερον. οὐ γὰρ πεδέχεις βρόδων
τῶν ἐκ Πιερίας ἀλλ᾽ ἀφάνης κἠν᾽ ᾽Αῖδα δόμοις
φοιτάσεις πεδ᾽ ἀμαύρων νέκυων ἐκπεποταμένα. 

Lorsque vous serez dans le tombeau, votre nom ne vous suivra point, il ne parviendra jamais à la postérité. Vous n'avez point cueilli des roses sur le mont Piérius : vous descendrez donc obscure, ignorée dans le sombre palais de Pluton ; on vous oubliera entièrement quand vous serez allée rejoindre les ombres. 

III

... Ἕλθε, Κύπρι,
Χρυσίασιν ἐν κυλίκεσσιν ἄβραις
συμμεμιγμένον θαλίαισι νέκταρ
οἰνοχόεισα.

Viens dans nos repas délicieux, mère de l'Amour, viens remplir d'un nectar agréable nos coupes d'or ; que ta présence fasse naître la joie au milieu de tes convives et des miens. L'amour vainqueur de tous les obstacles me trouble et m'agite. C'est un oiseau doux et cruel ; on ne peut lui résister. Athis, je vous suis maintenant odieuse, tandis que toutes vos pensées sont pour la belle Andromède.  

IV

Δέδυκε μεν ἀ σελάννα
καὶ Πληΐαδες, μέσαι δὲ
νύκτες πάρα δ᾽ ἔρχετ᾽ ὤρα,
ἔγω δὲ μόνα κατεύδω.

La lune et les Pléiades sont déjà couchées : la nuit a fourni la moitié de sa carrière, et moi, malheureuse, je suis seule dans mon lit, accablée sous le chagrin. 

V

Γλύκεια μᾶτερ, οὔ τοι δύναμαι κρέκην τὸν ἴστον,
πόθῳ δάμεισα παῖδο
ς βραδίναν δἰ Ἀφρόδιταν.
O ma tendre mère, je ne puis, hélas ! manier la navette ni l'aiguille : la redoutable Vénus m'a soumise à son joug impérieux, et mon violent amour pour ce jeune homme m'occupe tout entière.

FRAGMENTS DIVERS

Τίς δ᾽ ἀγροιῶτίς τοι θέλγει νόον,
οὐκ ἐπισταμένα τὰ βράκἐ ἔλκην
ἐπί τῶν σφύρων;

Comment cette femme grossière et sans art peut-elle charmer ton esprit et enchaîner ton cur ? Elle ne sait pas même laisser flotter avec grâce les plis de sa robe.

Le deuil et les larmes ne doivent point régner dans la maison d'un poète : c'est une faiblesse indigne d'un fils d'Apollon.

Ὀ μὲν γὰρ κάλος, ὄσσον ἴδην, πέλεται [ἄγαθος]
ὀ δὲ κἄγαθο
ς αὔτικα καὶ κάλος ἔσσεται.
L'homme qui n'est que beau, l'est seulement pendant qu'on le regarde, mais l'homme sage et bon est toujours beau.

Pour moi, j'aime une vie molle et voluptueuse ; mais cet amour pour les plaisirs présents ne m'empêche pas de faire des actions brillantes et honnêtes.

Ἄλλά τις οὐκ ἔμμι παλιγκότων
ὄργαν, ἀλλ᾽ ἀβάκην τὰν φρέν᾽ ἔχω

Je ne suis point d'un caractère bouillant et emporté, mon esprit au contraire est tranquille et calme.

Les richesses sans la vertu ne sont jamais à l'abri du reproche ; mais renier la vertu et les richesses, voilà le comble du bonheur.

L'or est le fils de Jupiter ; ni la rouille ni les vers ne rongent ce métal, qui agite si merveilleusement l'intelligence des mortels.

Ὄλβιε γάμβρε, σοὶ μὲν δὴ γάμοσ, ὠς ἄραο
ἐκτετέλεστ᾽ ἔχεις δὲ πάρθενον, ἄν ἄραο

Heureux époux : tes noces sont terminées au gré de tes désirs ; tu possèdes la jeune beauté que tu souhaitais.

Architectes, donnez plus d'élévation à ces portes, car l'époux qui s'avance est semblable au dieu Mars : il est beaucoup plus haut qu'un homme d'une grande taille.

Ils tenaient tous ensemble des vases, offraient des libations et faisaient des vux pour le bonheur du nouvel époux.

Jamais une fille ne fut égale en beauté à celle-ci, ô mon gendre !

έσπερε, πάντα φέρων, ὄσα φαίνολις ἐσκέδασ᾽ αγως,
φέρεις οἴν, φέρεις αἶγα, φέρεις ἄπυ ματέρι παῖδα.

Hespérus, tu apportes avec toi tous les bonheurs : tu nous annonces l'heure de vider les coupes ; tu ramènes les troupeaux à la bergerie et la jeune bergère auprès de sa mère. Hespérus, tu rassembles tous les êtres que l'Aurore avait dispersés par le retour de sa lumière.

A. Παρθενία, παρθενία, ποῖ με λίποισ᾽ ἀποίχῃ;
B. Οὐκέτι ἤξω πρὸ
ς σέ, οὐκέτι ἤξω.
Virginité, virginité, où t'envoles-tu après m'avoir abandonnée ? ... Je ne reviendrai plus vers toi, je ne reviendrai plus.

Venez ici, Muses, abandonnez votre brillant séjour ! ... Venez maintenant, Grâces délicates, et vous Muses à la belle chevelure ; ... Venez chastes Grâces aux bras de rose, venez, filles de Jupiter ! ...

Luth divin, réponds à mes désirs, deviens harmonieux ! ... C'est toi-même, Calliope ...

Les dédains de la tendre et de la délicate Gyrine ont enfin déterminé mon cur pour la belle Mnaîs... L'amour agite mon cur comme le vent agita les feuilles des chênes sur les montagnes... Je volerais sur le sommet élevé de vos montagnes et je m'élancerais entre tes bras, toi pour qui je soupire... Tu m'enflammes... tu m'oublies entièrement ou tu en aimes un autre plus que moi... Mets des couronnes de roses sur tes beaux cheveux ; cueille avec tes doigts délicats les branches de l'aneth... La jeune beauté qui cueille des fleurs en paraît encore plus charmante et plus belle... Les victimes ornées de fleurs sont agréables aux dieux, ils dédaignent toutes celles qui ne sont point parées de guirlandes... Je vais chanter maintenant des airs mélodieux qui feront les délices de mes amantes... Le rossignol annonce le printemps par ses doux sons... Plusieurs guirlandes et plusieurs couronnes de fleurs environnaient son cou... L'Amour est fils de la terre et du ciel... La Persuasion est fille de Vénus... Réjouissez-vous, jeune épouse ; réjouissez-vous, époux respectable !... Ami, tenez-vous vis-à-vis de moi ; que vos yeux brillent de tout leur feu et de toute leur grâce... L'eau fraîche d'un ruisseau murmure doucement dans ces vergers sous les branches des pommiers... J'ai dormi délicieusement pendant mon songe dans les bras de la charmante Cythérée...

Le bruit des feuilles agitées a dissipé mon sommeil...

Πόλυ πάκιδος ἀδυμελεστέρα, χρύσω χρυσοτέρα.
Ses chants étaient beaucoup plus doux que le son de la lyre, et elle était bien plus précieuse que l'or le plus pur...

Amour, ministre charmant de Vénus...

Ces colombes timides sentaient leur courage se refroidir ; elles laissaient tomber languissamment leurs ailes fatiguées...

Saluez de ma part la fille de Polyanacte...

Ἀρτίως μ᾽ ἀ χρυσοπέδιλλος Ἀύως
L'Aurore à la chaussure d'or paraît déjà à l'horizon...

Toutes les couleurs se confondaient sur son visage...

La lune dans son plein éclairait les cieux...

Ἀστερες μέν ἀμφὶ κάλαν σελάνναν
ἆιψ ἀπυκρύπτοισι φάεννον εἶδος,
ὄπποτα πλήθοισα μάλιστα λάμπης

ἀργυρια γᾶν.

Les étoiles cachent leurs feux brillants dans le voisinage de la lune, surtout lorsque parfaitement arrondi, ce bel astre éclaire la terre...

Le sommeil était étendu sur ses paupières...

Que les vents emportent ceux qui frappent les autres...

Ceux à qui je rends des services importants me font les plus profondes blessures...

Charmante Vénus, je vous ai envoyé des ornements de couleur de pourpre ; ils sont très précieux : c'est votre Sappho qui vous offre ces agréables présents...

Je ne vous estime pas autant que vous le voudriez...

Vos présents m'ont rendue respectable...

Ne vous occupez pas à des choses aussi minutieuses...

Oui c'est un mal de mourir, car si ce n'eût pas été un malheur, les dieux seraient morts eux-mêmes...

Dans la colère, rien ne convient mieux que le silence ; lorsque ses transports sont calmés, il faut encore enchaîner sa langue et ne point se livrer à des discours futiles et emportés...

Les parents de cette jeune beauté gardée avec tant de soin prétendaient qu'elle détestait plus que la mort les discours sur l'hymen...

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Publié dans alliés substanciels

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